Cercle Frédéric Bastiat

2016-09-30 10:00:09

Dictature de la statistique

, par Lucien SA Oulahbib

Dictature de la statistique
Par Lucien SA Oulahbib

Qu’il s’agisse de Piketty, des voitures incendiées avant ou après le 31, dudit réchauffement climatique, de la spéculation boursière, tous utilisent la statistique en insérant dans les données ce qu’ils veulent y trouver.

Si l’on prend comme exemple Piketty (moins sa bouderie d’enfant gâté en refusant la légion d’honneur) il est loisible d’observer une augmentation des courbes de profit pour les plus riches en oubliant de soustraire qu’à partir d’un certain montant et du fait de la connexion financière généralisée, mécaniquement toute grande somme placée fait le tour du monde et grossit donc à chaque fois. Certes Piketty semble prendre en compte ce phénomène technique en parlant d’une taxe mondiale sur ce type de transaction ; sauf qu’il la pense dans le cadre d’un impôt progressif qui serait fusionné en France avec la CSG, ce qui fait que la charge devient bien plus lourde et spoliatrice pour un bien plus grand nombre qui au fond serait "puni" de bien gagner leur vie.
Comme s’il fallait qu’ils payent pratiquement cette injustice morale alors qu’ils y sont pour rien : le fait qu’un bon dentiste, un bon boulanger soient mieux payés que les mauvais d’une part, et que leurs produits soient plus chers que d’autres ayant une valeur ajoutée moindre parce que abondante d’autre part, ne peuvent pas être comptabilisés de la même façon et surtout servir de prétexte pour "lutter contre les inégalités" car cela n’a rien à y voir.

Le fait que 10% et parmi eux 1% ("we are the 99%" disent les partisans de Occupy Wall Street) gagnent bien plus que le reste de la population ne signifie pas que ce qu’ils possèdent provient d’une spoliation, même s’il peut avoir des exceptions liées aux rapports de force sur lesquels d’ailleurs Marx a établi sa théorie du profit qui s’avère en fait locale et non pas générale : en effet, lorsque l’on double la charge de travail sans augmentation de salaire, sauf que ce n’est pas la règle générale, surtout aujourd’hui.

Pour justifier politiquement son utilisation politique arbitraire de la statistique Piketty s’appuie sur le taux d’imposition imposé par Roosevelt (80%, et en UK jusqu’à 83%) avec le résultat contreproductif que l’on a connu avant les années Reagan et Thatcher : l’argent imposé a bien plus ralenti l’économie en envoyant de faux signaux comme des subventions à des industries surclassées alors qu’il aurait mieux valu investir dans l’innovation et la formation ; observons les primes à la casse en France, dès qu’elles cessent l’automobile va mal. Observons aussi qu’en 1980 en choisissant le plan câble plutôt que le plan fibre en France sous Mitterrand on a certes bénéficié du Minitel mais raté Internet, et surtout la montée en puissance des géants du Net ; s’il n’y avait pas eu Free comme stimulant, la France serait un pays sous-développé dans ce secteur également, les bons résultats d’Orange aujourd’hui montrent bien qu’après une période d’adaptation la concurrence non faussée atteint de biens meilleurs résultats que la production auto-centrée.

Plus généralement encore, certains se plaignent que l’on choisisse de privilégier cette politique de l’offre qui a réussi dans la téléphonie mobile au détriment du soutien à la demande ; sauf que celle-ci ne marche pas concernant l’innovation et la stimulation de la concurrence comme on l’a vu, ensuite même un soutien à la demande par une augmentation de la redistribution ou des salaires ne se transformera pas automatiquement en consommation quand le système de retraites est à l’abandon et que le taux de chômage est si haut, bref, le taux d’épargne s’accroit.

Lorsque Roosevelt a soutenu massivement la demande l’argent taxé a servi en réalité au clientélisme en assistant des familles qui se divisaient exprès pour toucher plus d’allocations, ce qui a exacerbé les violences, et généralisé les inégalités injustifiées puisque pendant ce temps l’instruction et le travail ont été dénigrés par des pans entiers de la population qui ne voyaient pas l’intérêt de se scolariser et de travailler puisque les allocations tombaient. Sauf que cette fausse aide en réalité les a exclue du marché et aujourd’hui les jette en pâture aux "déséquilibres" divers et variées :-)

Quant aux autres manipulations statistiques, si l’on pose par exemple que tout le monde doit faire Polytechnique ou gagner 200.000 euros par mois, il sera loisible d’observer que ce n’est pas le cas, ou plus prosaïquement encore si dans une rue de bons commerçants s’installent alors que dans la rue parallèle les commerçants sont moins bons, à terme les bénéfices de la 1ère rue seront bien meilleures que ceux de la seconde, d’aucuns parleront alors d’augmentation des inégalités en comparant dans le temps la 1ère à la seconde rue, en ne cherchant évidemment pas pourquoi la 1ère rue a de meilleurs résultats que la seconde alors que le pâtissier de la 1ère rue peut juste avoir un CAP tandis que celui de la seconde rue a un BTS… Tout dépend au fond de l’échantillon, du protocole, des comparatifs historiques, etc.etc.

Idem pour le climat, la spéculation : la probabilité N+X ne peut prévoir epsilon qui fait basculer N+X’ en N+Y et ensuite fait bifurquer le système à la façon du grain de sable qui fait dérailler le mécanisme, l’unité supplémentaire de neige qui fait avalanche, qui enclenche la baisse de rentabilité, la saturation, etc ; rien ne dit que d’ici 50 ans le plateau actuel de stabilisation des température qui dure depuis 15 ans (malgré 2014 donc) ne se prolonge pas, s’accélère, repart à la hausse, l’augmentation de température étant de 0,6° depuis 150 ans tout dépend de l’étalon de référence, de l’échelle qui en matière de climat ne prend du relief que sur des centaines d’années voire des milliers. Si la Terre ne s’était pas considérablement réchauffée après le Quaternaire nous ne serions peut-être pas là pour en parler, et le fait que les spécialistes de la terre parlent de période interglaciaire en ce qui nous concerne en dit long sur le fait que c’est la glaciation qui devrait nous guetter et pas le contraire…

Quant à la spéculation boursière la crise des subprimes, ou les calculs prédisant un baril de pétrole à 200 dollars, toutes ces fabulations dûment chiffrées pourtant, se sont complètement trompées tant les facteurs exogènes ont été bien peu pris en compte à commencer par le fait qu’une pyramide de crédit reposant sur une base exiguë (le prêt sans garantie initié par…Roosevelt) ne peut que déboucher sur le phénomène boule de neige, effet papillon, donc chaos lorsqu’il se corrèle avec d’autres facteurs comme un ralentissement de l’économie, goulots d’étranglement, courbe en S, charges sociales reposant sur le monopole de la SS, le tout accéléré à partir de 2010 aux tentatives de révolution démocratique au Proche et Moyen Orient qui se sont avérées désastreuses, le tout couplé à l’accroissement de la dette, l’absence d’un marché intérieur fort au sein des pays émergents, l’inadéquation entre offre demande et formation etc.

Le pompon en matière de manipulation de statistiques étant de découper en tranche le temps d’observation : ainsi les voitures brûlées après le 31 ne seront comptabilisées que sur 2015…
Le 4/1/2015