Cercle Frédéric Bastiat

2017-04-25 13:00:43

Les véritables enjeux des migrations

Migrations : demandez le programme !

, par Jean-Paul Gourévitch

Migrations : le programme des candidats

Sur les perspectives actuelles des migrations, nous avons récemment interrogé les candidats à la présidentielle et leurs partis, ainsi que les associations de défense des migrants et ceux qui s’opposent à leur installation, pour que soient clarifiées leurs positions et connues leurs solutions. Les uns nous ont répondu directement. D’autres nous ont renvoyés à leur site ou à leurs déclarations. Pour ceux qui ont fait la sourde oreille, nous avons essayé de reconstituer leur point de vue à partir des éléments que nous avions collectés. Enfin pour Emmanuel Macron, qui venait juste de se déclarer candidat, nous disposons maintenant de son programme du 2 mars qui complète ses déclarations antérieures.

Un double débat

Les migrations comportent un recto-verso.
Le premier aspect est celui de l’immigration : peut-on accueillir et comment tous ceux qui souhaitent s’installer en France et leur fournir du travail ? Quelle politique conduire vis-à-vis de l’immigration irrégulière ? Comment éviter que s’installent des attitudes de rejet de la population d’accueil vis-à-vis des immigrés ou de leurs descendants ?
Le second est celui de l’expatriation. Comment convaincre ceux qui veulent partir de rester et ceux qui sont partis de revenir ?
Au terme de cette enquête, le constat est quelque peu alarmant. Certains comme le Parti Socialiste, les Verts, ou le Front National ont essayé de nous proposer une synthèse Qu’ils en soient remerciés ici ! Mais chez eux comme chez les autres, on ne peut que constater une troublante absence d’expertise.

Une expatriation qu’on sous-estime

Cette carence n’est pas totalement la faute des politiques. La plupart des avis se fondent sur les statistiques du Registre Mondial des Français établis hors de France (RMFE) qui ne comptabilise que ceux qui ont choisi de bénéficier de la protection consulaire et d’une assistance et d’un rapatriement en cas de crise. L’écart est manifeste entre ce registre et les statistiques produites par les pays d’accueil. A titre d’exemple , en 2016, le RMFE décomptait environ 120.000 inscrits en Belgique alors qu’Eurostat les chiffre à 160.000, l’OCDE à 175.000, et les autorités belges à une fourchette entre 230.000 et 250.000.
Plus grave est l’analyse incomplète des motivations des expatriés. Les uns ne mentionnent que l’évasion fiscale, d’autres que l’émigration économique de ceux qui vont chercher du travail à l’étranger ou délocalisent leur entreprise, d’autres imaginent que les étudiants partis compléter leur formation ou achever leurs études à l’étranger vont tous revenir en France. L’expatriation sécuritaire, retraitée et immobilière est occultée.
Quant au coût annuel pour les contribuables français qui ont financé leur éducation, leur santé, leur qualité de vie, il n’est pas approché, alors qu’il dépasse les 10 milliards d’euros.

Une immigration qu’on refuse de regarder en face

Les réponses sont plus prolixes sur l’immigration mais elles se limitent en général à des déclarations d’intentions vertueuses ou à la présentation de chiffres non sourcés. Ainsi presque tous affirment qu’il faut reconstruire une politique migratoire européenne qui a échoué ou bien sortir de l’Europe, de Schengen, faire le tri entre ceux qui ont un droit légitime à l’asile et les autres, lutter contre les maffias de passeurs et les trafics de faux papiers, résoudre le problème des « cités sensibles ». Mais une fois les verrous identifiés, les clés pour les forcer sont souvent absentes.
Un exemple. Depuis les socialistes jusqu’à Marine Le Pen en passant par Macron et Fillon, chacun propose de réduire la longueur des procédures de demandes d’asile qui est aujourd’hui de près de 18 mois en moyenne, en raison des divers recours devant les tribunaux administratifs et la Cour Nationale du Droit d’Asile. Ces délais préjudiciables pour les intéressés eux-mêmes obligés d’attendre une décision sans pouvoir travailler, du moins officiellement, embouteillent les juridictions et coûtent cher aux contribuables qui financent le logement et l’hébergement des candidats dont les deux tiers sont finalement déboutés tout en restant en France pour plus de 80% d’entre eux. Nous avions suggéré - avec d’autres- d’instaurer une caution, remboursable en cas de succès, qui dissuaderait les demandeurs et leurs avocats d’introduire des recours infondés et réduirait le nombre de dossiers en souffrance. Nous n’en avons trouvé trace dans aucun programme, pas plus que d’autres mesures alternatives susceptibles d’accélérer le traitement des demandes.
Malgré quelques signes d’évolution notamment au sein de la gauche sociale démocrate, le débat reste occulté par la bien-pensance. On camoufle les chiffres sensibles, on modifie les prénoms, on transforme la délinquance en « incivilités », on affiche les anecdotes exemplaires du « vivre ensemble ». Comme si le fait de traiter de l’immigration signifiait une collusion manifeste ou sournoise avec l’extrême-droite. Faut-il pour autant lui abandonner le terrain ? Cette désinformation a un effet contreproductif auprès de ceux, immigrés comme autochtones, qui vivent la précarité, l’exclusion, la discrimination ou l’insulte au quotidien.

Combattre la désinformation d’où qu’elle vienne

Les medias mainstream continuent à considérer les citoyens comme des enfants égarés qu’il faut « éduquer » ou « ramener à la raison », alors que la demande de transparence est d’autant plus forte dans l’opinion publique que le discrédit vis-à-vis des politiques et de l’information officielle s’est durablement installé. La lutte contre la désinformation, le non-dit, le mal-dit, le vite dit ou le trop dit , est un combat épuisant et indispensable. C’est accepter de faire chaque jour la vaisselle de ceux qui ont préféré renverser la table ou la quitter pour ne pas avoir à nettoyer leurs assiettes. Mais c’est aussi le rôle que nous avons choisi d’assumer pour permettre aux citoyens de faire en 2017 leurs choix en toute connaissance de cause.

Jean-Paul Gourévitch

Jean-Paul Gourévitch est consultant international depuis 1987 sur l’Afrique, les migrations et l’islamisme radical. Il est l’auteur de nombreuses monographies dans ce domaine pour Contribuables Associés et vient de publier en février 2017Les véritables enjeux des migrations(Editions du Rocher).

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