Cercle Frédéric Bastiat

2016-10-01 15:27:00

Pourquoi dans nos sociétés occidentales des jeunes se convertissent à l’islam

, par Claude Sicard

Il semblerait que ces dernières années un certain nombre de jeunes dans nos sociétés occidentales en viennent à se convertir à l’islam, et l’on ne peut que s’interroger sur les motifs qui les conduisent à faire ce choix, un choix incompréhensible à priori pour les occidentaux que nous sommes, puisque notre civilisation a fait au XVIIIeme siècle ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une « sortie de religion ».

Les raisons pouvant expliquer cette tentation sont très simples : l’homme a besoin d’être animé par une raison de vivre, par un idéal, par une cause noble à laquelle se donner. Il a besoin d’estime, il a besoin que l’on reconnaisse sa dignité.

Dans nos sociétés modernes, fondées sur la satisfaction des besoins matériels des individus et sur la recherche du bonheur individuel, des sociétés que les anthropologues caractérisent comme individualistes et matérialistes, les jeunes ne voient pas de possibilités de satisfaire les besoins de leur « thymos ». A quelle cause noble, en effet, nos sociétés leur proposent-elles de s’adonner pour s’élever ? Qu’est ce qui va permettre aux individus de se dépasser et d’acquérir l’estime, voire l’admiration, des leurs concitoyens ? Dans les enquêtes qui ont été faites sur ces problèmes, il est apparu que c’est le parcours de mère Theresa qui ressort, et de loin, comme avoir été le plus noble, le plus estimable. Dans les siècles passés les causes auxquelles on était prêt à se sacrifier furent successivement, Dieu, le roi, puis ensuite la nation avec la notion de « patrie ». Aujourd’hui, rien d’équivalent n’existe : va-t-on, par exemple, demander à nos jeunes de donner leur vie pour sauver la laïcité ?

Platon avait, en son temps, expliqué ce phénomène de besoin de reconnaissance de l’homme en distinguant dan son ouvrage La République trois parties distinctes chez l’homme : la partie végétative, la partie animale et la partie spirituelle qu’il a appelée le « Thymos ». Et dans leurs travaux récents les sociologues confirment totalement cette hiérarchie des besoins. C’est ainsi qu’ en 1970, par exemple, Maslow, dans son ouvrage « Motivation and personality » où il analyse les motivations susceptibles d’animer des êtres humains, classe les besoins en cinq catégories, en plaçant le besoin d’estime et d’accomplissement de soi au sommet de la hiérarchie. La sociologue Chantal Delsol y revient d’ailleurs très souvent dans ses ouvrages, expliquant que l’homme est capable de sacrifier sa vie pour une cause qu’il considère comme noble.

Pourquoi donc l’islam, pour un certain nombre de nos jeunes, leur paraît-il de nature à pouvoir répondre à leur quête d’idéal ?
Il faut comprendre tout d’abord que l’islam est une religion dynamique, une religion mobilisatrice, qui non seulement invite mais aussi commande aux croyants d’aller à la conquête du monde, et ce pour le bien de l’humanité. Le Prophète Mahomet, qui était un fin stratège, a conçu à cet effet un mode opératoire très habile. En second lieu, l’islam est une religion que les théologiens musulmans qualifient d’« équilibrée » : cette religion l’est, en effet, en ce sens qu’elle tient beaucoup plus compte que sa concurrente, le christianisme, des besoins physiologiques de l’homme.
Pourquoi l’islam est elle une religion de combat ? Souvenons nous que l’islam divise le monde en deux parties : d’un côté le « dar al islam » (la « maison de l’islam »), c’est à dire les territoires déjà conquis par l’islam, et de l’autre, le « dar al harb » (« la maison de la guerre »), c’est à dire les territoires encore aux mains des incroyants, territoires donc qui sont par nature à conquérir. Le Prophète Mahomet a, selon un hadith célèbre, dit aux croyants : « La terre appartient à Allah et à son envoyé ». La mission des musulmans est donc de lutter pour étendre le règne de Dieu sur la terre. C’est, là, le sens du « djihad ». Et pour mener ce combat, le Prophète a dit aux combattants qu’ils auraient les 4/5 des butins qui seraient pris à l’ennemi, le solde étant pour le Prophète ou ses descendants. Quant aux combattants qui en viendraient à périr dans ces nobles aventures, ils n’auraient rien à craindre puisque Allah les accueillera dans son paradis. Puis le Prophète a dit aux croyants comment, selon les sourates descendues du ciel, la société des hommes devait être organisée : dans cette société il n’y aura que des croyants, et il existera entre eux la plus grande fraternité. Et l’aumône sera une obligation sacrée : c’est devenu, d’ailleurs, l’un des cinq piliers de l’islam.
Une religion tenant, par ailleurs, le plus grand compte des besoins des êtres humains : l’islam est, en effet, une religion qui s’exprime très clairement sur les besoins des hommes et tout particulièrement sur leurs besoins sexuels. Il indique quels sont les aliments ou boissons qu’il est interdit de consommer, il permet aux hommes d’avoir jusqu’à quatre épouses (plus éventuellement des concubines), et il conseille aux femmes de se protéger de la convoitise des hommes en dissimulant, quand elles sont jeunes, leurs atours par des voiles etc…

Indiquons, en arrière-plan de cette vision du monde, que les musulmans considèrent leur civilisation comme supérieure à la nôtre. La civilisation occidentale leur paraît méprisable car matérialiste, sans Dieu, c’est une civilisation de l’objet. Par contre, la civilisation islamique est beaucoup plus noble : elle est digne de respect, car elle est une civilisation où l’homme vit en permanence sous le regard de Dieu, elle est une civilisation où l’homme obéit aux ordres du Tout-Puissant. Le docteur Othman Altwaijri, directeur de l’ISESCO, un organisme sensiblement équivalent de l’UNESCO pour le monde arabe, nous dit : « La civilisation occidentale est matérialiste. Elle se montre incapable de déceler dans le monde créé par Dieu l’omnipotence divine. Ce faisant elle le déstabilise et finit par en rompre l’équilibre. La civilisation islamique est une civilisation équilibrée : elle a su établir un équilibre entre le spirituel et le matériel. Elle sera sans l’ombre d’un doute la civilisation de demain ».

Voilà donc que l’islam apparaît soudain à un certain nombre de jeunes occidentaux comme une religion séduisante, apte à satisfaire les besoins de leur thymos.
Il reste à nos penseurs du monde occidental, et la tâche est urgente, à déterminer pourquoi le christianisme qui est le fondement de notre civilisation occidentale a perdu au fil des siècles la capacité de remplir l’âme de nos jeunes générations. C’est là une question fondamentale pour le monde occidental.On ne peut que souhaiter que des réflexions soient menées pour repondre a ces besoins de spiritualité qui s’expriment chez tous les jeunes qui cherchent à donner un sens à leur existence.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/02/10/31003-20150210ARTFIG00323-pourquoi-dans-nos-societes-occidentales-des-jeunes-se-convertissent-a-l-islam.php