Cercle Frédéric Bastiat

2016-09-27 13:47:14

Prévoyance

Penser à long terme

, par Patrick de Casanove

La Prévoyance.
Le dîner débat sur la sylviculture a mis en avant la nécessité de penser à long terme dans cette activité économique. Il en est de même dans le domaine de la santé. Frédéric Bastiat écrit dans Harmonies économiques. Des salaires. « Le salaire arrive avec certitude à la fin d’un jour occupé ; mais quand les circonstances, les crises industrielles ou simplement les maladies ont forcé les bras de chômer, le salaire chôme aussi, et alors l’ouvrier devrait-il soumettre au chômage son alimentation, celle de sa femme et de ses enfants ?
Il n’y a qu’une ressource pour lui. C’est d’épargner, aux jours de travail, de quoi satisfaire aux besoins des jours de vieillesse et de maladie. »
Avant la Sécu la prévoyance individuelle était primordiale. « Sous le Second Empire, un industriel de l’assurance, Marestaing, frappé des l’incroyables difficultés auxquelles se heurtait l’indemnisation des victimes d’accidents de travail, imagina d’offrir aux patrons une assurance qui couvrait à la fois les ouvriers de l’entreprise victimes des accidents de travail et le patron contre les indemnités et réparations auxquelles il pourrait être contraint au cas où sa responsabilité serait établie. Cette assurance se révéla si efficace que, lorsque fut promulguée le 9 avril 1898, la loi concernant les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail, plus de la moitié des entreprises étaient déjà couvertes par une assurance de ce genre. » La pensée libérale et les questions sociales , par Claude Harmel dans Aux sources du modèle libéral français, Perrin
Les assurances étaient déjà importantes en 1945. Elles ont été nationalisées pour créer la Sécu. « C’est ainsi que le gouvernement confisque aux assureurs leurs entreprises en étatisant les trente quatre sociétés d’assurances qui recevaient chacune plus d’un milliard de primes pas an. » La Sécurité sociale et comment s’en sortir Georges Lane. Éditions du Trident. Enfin il y avait les solidarités naturelles, les solidarités familiales, et les sociétés de secours mutuel.
Tout ceci a été détruit pour créer la Sécurité Sociale. Or la sécurité sociale est l’imprévoyance même. Les cotisations obligatoires sont immédiatement dépensées. Il n’y a pas d’épargne, pas de prévoyance. C’est intrinsèque au système qui a pour but d’enlever aux gens tout souci du lendemain, donc qui organise l’imprévoyance et incite à l’irresponsabilité. Aujourd’hui ce système est arrivé à la situation de faillite qu’avait prévue Frédéric Bastiat. Il avait aussi prévu que les Français y seraient tellement habitués qu’ils préfèreraient demander sans cesse des subsides supplémentaires pour « sauver la Sécu » : « Peu à peu, ils s’accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, non comme provenant d’un fonds limité préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la Société. Ils n’admettront pas pour elle l’impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions. L’État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l’opposition des commissions de finances, il se trouvera engagé dans des difficultés inextricables. Les abus iront toujours croissant, et on en reculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage, jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et de la Justice. » Frédéric Bastiat Harmonies économiques. Des salaires.

Les Hommes de l’État prétendent que les Français seraient inaptes à choisir librement pour l’éduction de leurs enfants, leur retraite, leur santé etc. Le message est ancré si profondément dans l’esprit des Français qu’ils finissent par être convaincus de leur invalidité intellectuelle, ou de celle des autres.

Pour s’en sortir il faut immédiatement préciser ce qui est du ressort de l’initiative individuelle et ce qui revient à la « solidarité nationale ». Il ne faut pas laisser à un quelconque technocrate ou politicien le soin d’effectuer cette distinction, comme c’est le cas aujourd’hui, où un étatiste désigne sous le terme « traitement de confort » » ou « efficacité insuffisante » ce qu’il ne veut plus rembourser. C’est du rationnement.
Le critère de choix ne doit pas être une pathologie. Une pathologie, même bénigne, est pour celui qui en souffre à prendre en compte et doit être soignée. Parce que la Santé est une affaire personnelle, les soins doivent être adaptés à chacun, le libre choix doit donc être individuel. Il repose sur les capacités intellectuelles et financières de la personne.
Les capacités intellectuelles sont, à priori, correctes pour tous les Français. Ils s’assurent déjà beaucoup et ils votent ! Certains font des erreurs mais ils sont très minoritaires. En mars 2012 il y avait 746 000 ménages en cours de désendettement selon la Banque de France. (www.banque-France.fr) La même année il y avait 36 900 000 foyers fiscaux (Francesoir.fr 14/05 /2012). 2% des ménages étaient surendettés et 98% ne l’étaient pas. Il reste le cas des mineurs et des incapables majeurs. Ces derniers sont 800000 environ. Ils sont en pratique les seuls concernés parce que les mineurs sont sous la responsabilité de leurs parents.
Pour ce qui est des moyens, la libre disposition de l’intégralité des revenus et un faible impôt proportionnel rendent aux personnes les moyens d’assurer leur prévoyance santé comme retraite. Moyennant quoi l’immense majorité des gens peuvent être en capacité de choisir librement leur prestataire santé.
« Pour des circonstances extraordinaires, pour des cas urgents, l’État doit préparer quelques ressources, secourir certaines infortunes, ménager certaines transitions, mon Dieu, nous serons d’accord ; cela s’est fait ; nous désirons que cela se fasse mieux. » Frédéric Bastiat Justice et Fraternité. La solidarité nationale s’exerce quelle que soit la cause et les besoins à partir du moment où il y a détresse. Son but est de sortir la personne du fossé pas de l’y maintenir. Cette solidarité peut être étatique ou privée et prendre la forme d’un chèque santé dans le cas qui nous concerne. La disparition du monopole de la Sécu ne fait pas disparaître la solidarité envers les plus démunis bien au contraire !
Elle rend à chacun la liberté de choisir et la responsabilité de ses actes. Chacun retrouve le sens de la prévoyance qui est d’initiative individuelle. Rendez-vous au prochain Weekend de la Liberté !

Patrick de Casanove
Président du Cercle Frédéric Bastiat
Auteur de Sécu : comment faire mieux.
Éditions Tatamis