Cercle Frédéric Bastiat - Les dîners-débats
Compte rendu de la soirée du 20 septembre 2003 avec Jacques de Guenin
Lumières Landaises n° 49.
Au cours de son exposé, Jacques de Guenin a essentiellement parlé de la politique américaine. Les questions de société, comme les minorités, les niveaux de vie, la nourriture et l'obésité, la conduite automobile, la peine de mort, le superbe isolement devant certains traités comme celui sur l'interdiction des mines antipersonnels, ont été discutés sous forme de Questions-Réponses pendant la deuxième partie de la soirée Nous ne reproduisons ci-dessous que l'exposé sur la politique.
Je vais essayer ce soir de dresser un tableau aussi authentique que possible de la politique américaine. C'est un tableau assez différent de celui que vous donnent la télévision, la radio, et les quotidiens. Aussi ais-je pris un soin tout particulier à vérifier mes sources, et me suis-je interrogé sur les raisons de cette différence. Je crois qu'il y a quatre raisons pour lesquelles on ne trouve pas de synthèses valables dans les quotidiens ou sur les ondes, quelles que soient les qualités des journalistes.
1. Seuls les événements exceptionnels sont mentionnés, car ce sont les seuls qui intéressent les auditeurs ou les lecteurs.
Ainsi, on ne parlera pas des irakiens qui côtoient tous les jours sans problème les soldats américains, et qui souhaitent qu'ils ne partent surtout pas avant qu'ils aient remis le pays d'aplomb, c'est à dire l'immense majorité. Mais on parlera de chaque attentat, c'est à dire en gros de deux ou trois par semaine. Dans un cas, des millions de personnes : la majorité silencieuse. Dans l'autre, quelques groupes qui utilisent la violence pour arriver à leurs fins. Et on ne parle que de ceux-là.
Cette remarque est encore plus fondée si on regarde où ont lieu les attentats : 87% ont lieu dans un triangle formé par Bagdad, Ramadi et Tikrit. Ce triangle couvre moins de 30% de la population de l'Irak, et seulement 5% de son territoire. C'est là que sont concentrés les ultimes suppôts de Saddam Hussein. Un tiers du pays, la partie Kurde, manifeste ouvertement sa joie. Dans un autre tiers, la partie Chiite, les plus hautes autorités religieuses expriment certes le voeu que les américains ne restent pas indéfiniment, mais elles calment les excités et condamnent les attentats, parce qu'elles ont peur que les américains, de guerre lasse, ne partent avant d'avoir fini leur travail.
2. La deuxième raison est que lorsque les évènements se succèdent à cadence très rapide, les journalistes n'ont pas le temps de faire des vérifications approfondies.
Il en a été ainsi des vertueuses indignations sur le pillage du Musée national de Bagdad. Jacques Chirac a même parlé de "crime contre l'humanité". Or début juin, on a appris que 179 containers, rassemblant la grande majorité des objets appartenant au musée, avaient été mis en lieu sûr.Sur les 8 000 objets de première valeur, seuls 33 sont portés manquants.
3. La troisième raison est que peu de journalistes sont effectivement neutres. Une enquête révélait récemment que 10% seulement des journalistes votaient à droite. Si un journaliste de droite a réussi à être embauché dans un journal où 9/10 de ses camarades sont de gauche, vous imaginez bien qu'il se cantonnera dans le conformisme ambiant. Donc toutes les nouvelles subissent le prisme déformant de la gauche. Je ne dis pas que les journaliste de gauche ne sont pas honnêtes. Je suis même persuadé qu'ils ont la même déontologie que les autres. Mais les hommes sont les hommes, et fatalement, ils ont tendance à donner peu d'importance aux nouvelles défavorables à leur idéologie, plus d'importance aux nouvelles favorables.
Aux Etats-Unis, même problème. Les journalistes sont formés dans des universités où l'enseignement donné est carrément de gauche. Un sondage opéré par la firme Luntz research a trouvé que 84% des professeurs des grandes universités avaient voté pour Al Gore en 2 000, 6% pour Ralph Nader, et seulement 9% pour George Bush.
4. Enfin la quatrième raison est que les journalistes ou les hommes politiques qui ont pignon sur rue se croient autorisés à prédire l'avenir, et affirment ainsi des choses qui ne se produisent pas forcément, mais qui sont considérées sur le moment comme des informations et non comme des supputations. Si lesdites prédictions ne se réalisent pas, il n'y a aucune sanction, parce que les gens ont eu le temps d'oublier.
C'est ainsi que l'on a beaucoup entendu, juste avant que la guerre n'éclate, cinq prédictions que l'avenir a ridiculisé sans que leurs auteurs en souffrent le moins du monde :
1- Les américains vont s'embourber en Irak pendant des mois, voire des années, et cette guerre va faire des centaines de milliers de mort. 500 000morts et blessés, annonçait une étude de l'ONU; entre 48 000 et 260 000 morts selon Medact, une ONG nobélisée et fréquemment citée; 200 000 morts, assurait le ministre allemand del'Environnement Jürgen Trittin.
C'est le contraire qui s'est produit :
la guerre a duré trois semaines et a fait quelques milliers de victimes, pas quelques centaines de milliers. Aujourd'hui, les meilleures estimations des décès, toutes nationalités confondues, oscillent entre 4000 et 6000 non-combattants, et entre 10 000 et 15 000 combattants. Il faut noter au passage que l'usage d'armes de haute précision et de règles d'engagement précises a permis de réduire la proportion des pertes civiles par rapport à tous les conflits antérieurs.
En ce qui concerne les américains, il y a eu au total 63 morts au combat entre le 19 mars et le 30 avril, et 29 morts dans les accidents. Depuis, il y a environ un soldat tué tous les deux jours sur un contingent de 146 000 hommes.
2- Cette guerre va introduire un chaos indescriptible au Moyen-Orient.Jacques Chirac, toujours lui, décrivait larégion comme une "bombe à retardement". Nelson Mandela annonçait un "chaos international". AmrMoussa, secrétaire de la Ligue arabe, proclamait "l'ouverture des portes de l'enfer".
En réalité, la chute de Bagdad a complètement dégrisé les foules arabes abreuvées par la propagande étatique ou nationaliste, et leurs gouvernements marchent sur des oeufs : la Syrie a commencé à retirer destroupes du Liban, l'Arabie Saoudite aadmis la responsabilité du wahhabisme dans le terrorisme fondamentaliste, et l'Iran a reconnu la présence de membres d'Al-Quaeda sur son sol. l'Iran est en train de se libérer tout seul, la Jordanie et la Syrie font patte blanche devant les américains. Les Etats-Unis sont sollicités par le monde entier pour exercer une influence pacificatrice entre la Palestine et Israël.
3- La guerre va provoquer une hémorragie de réfugiés : les agences de l'ONU annonçaient 1,5 million de réfugiés, a révélé le Guardian le 15 février; il y en aura 3 millions, a affirmé laministre allemande du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, sur un plateau de télévision. Il y en a eu quelques centaines, largement compensées par le retour des exilés.
4- Une guerre civile va éclater dans le pays. Les dirigeants arabes en particulier ont dénoncé la déstabilisation que ne manquerait pas de provoquer l'action armée en Irak, et les affrontements qui en résulteraient entre les différentes communautés ethniques et religieuses. Pourtant, malgré des escarmouches localisées lors du retour des Kurdes dans lesgrandes villes au nord de l'Irak, les troupes de la coalition sont parvenues à éviter tout affrontement entre collectivités. De plus, le Conseil de gouvernement transitoire représente chaque composante ethnique, politique et religieuse que compte le payset s'efforce de désamorcer les facteurs belligènes.
5- L'économie mondiale sera ravagée par la hausse du baril de pétrole.
Certains journaux économiques avaient annoncé un prix au baril
pouvant atteindre les 80 dollars; la société de gestion Goldman
Sachs apour sa part estimé que le baril devrait osciller entre
41 et 46 dollars. En réalité, le prix du pétrole afortement diminué dès
l'ouverture du conflit : le Brent 38, qui coûtait en moyenne
31 dollars en mars, est ainsi passé àmoins de 25 dollars en mai,
pour ensuite se stabiliser durant l'été aux niveaux courants d'avant le
conflit.
Alors comment faire pour obtenir une image vraiment représentative de la réalité? Je vais vous donner mes propres recettes.
D'abord il faut multiplier les sources d'information courante, chacune donnant son éclairage particulier. J'en ai consulté beaucoup. Il n'est pas nécessaire pour cela d'être abonné à toutes les publications du monde. Plusieurs sites non-conformistes sur Internet, outre des articles originaux, reproduisent des articles non conformistes de journaux variés. En France nous avons entre autres Conscience Politique et Revue Politique, en Suisse l'excellent Check point on line.
Avec le satellite, nous avons la chance de pouvoir regarder les télévisions anglaises, américaines, et espagnoles, et il est instructif de le faire au moment des grands événements. Attention cependant à La chaîne américaine CNN : elle est de tendance fortement démocrate et anti-républicaine (au sens des partis du même nom). Si vous voulez avoir une vue moins systématiquement hostile à Bush, il faut aussi regarder la chaîne Fox News.
Mais pour éliminer les événements exceptionnels, et retrouver le fond, il ne faut pas se contenter des nouvelles quotidiennes. Il faut aussi lire des revues qui présentent des analyses de fond, voire consulter des statistiques. La meilleure revue est sans doute la revue anglaise "The Economist". En plus elle est spirituelle. Mais il y a des revues satisfaisantes en France, comme l'Express, Le Point, ou Valeurs Actuelles.
Enfin il faut voyager, rencontrer des gens, et là, je dois dire que l'action que j'ai menée depuis des années en faveur de Frédéric Bastiat m'a permis de me faire des amis fidèles en plusieurs endroits du monde. Ces amis m'alimentent par courrier électronique en informations qu'ils savent devoir m'être utile.
La politique américaine, notre sujet de ce soir, a actuellement pour point d'application le conflit Irakien, et nous y consacrerons donc une grande partie du temps qui m'est alloué.
L'invasion de l'Irak a suscité des réactions hostiles un peu partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Pourtant, paradoxalement, ce n'est pas en Irak que les réactions ont été les plus hostiles.
Saddam Hussein n'était pas seulement ce tyran mégalomane que l'on pouvait voir en statue, en fresque, en affiches, à pied, à cheval, en militaire, en chasseur, en civil, en pèlerin, en cavalier arabe, en costume occidental, en chéchia, etc. C'était aussi un tyran très cruel. Il existait depuis longtemps sur Internet des témoignages variés décrivant l'horreur de ce que son régime faisait subir à son peuple. Année après année Amnesty International, Human Rights Watch, Indict, ont dénoncé l'abondance et la cruauté des tortures infligées aux opposants, voire aux simples critiques, souvent en présence de leurs proches. Le Monde lui-même avait décrit dans un encart spécial des 29-30 septembre 2002, donc bien avant la guerre, les méthodes employées par Saddam pendant 23 ans pour se maintenir au pouvoir. Cet article évaluait les victimes en Irak même, c'est à dire sans compter les victimes des guerres contre l'Iran et le Koweit -, à plusieurs centaines de milliers. L'article affirmait : "il veut que sa cruauté soit connue, mise en scène. Elle est une méthode de gouvernement".
D'ailleurs comment ne pas considérer comme un monstre l'homme qui a ordonné la mise à feu des sept cent puits de pétrole du Kuwait au moment de sa défaite? Il a fallu six mois pour les éteindre. Entre parenthèses, vous avez peut-être noté que les verts n'ont pas réagi, à l'époque, devant cette catastrophe écologique majeure!
Comment ne pas considérer comme un monstre celui qui a ordonné l'emploi de gaz chimiques mortels contre son propre peuple pour mater des insurrections?
Son parti, le parti Baasiste, encore un parti socialiste totalitaire -, était l'exécuteur à grande échelle de ces cruautés inimaginables. En voici quelques exemples :
Ali travaillait pour Oudaï, l'un des fils de Saddam. A la suite d'un assassinat manqué de ce dernier, il comprit qu'il était - à tort - parmi les nombreux suspects. Il préféra fuir au Kurdistan sans demander son reste, laissant derrière lui sa femme et sa fille de deux ans. La police secrète vint chez lui, et torturèrent sa femme. Elle ne put dire où il était : elle ne le savait pas. Alors ils torturèrent l'enfant. Il lui broyèrent les pieds. Aujourd'hui, à quatre ans, elle boite encore, avec une mauvaise prothèse.
Au journaliste anglais à qui il montrait sa fille, Ali dit ceci : "Je suis revenu plusieurs fois à Baghdad. La peur y était si omniprésente et si intense que vous pouviez la palper. Personne ne parlait". Puis il ajouta : "vous avez vu à la télévision des parades de petits cercueils entourés de foules en colère protestant contre les sanctions de l'ONU. Mais il faut savoir qu'ils stockent des cadavres de petits enfants dans des congélateurs pendant plusieurs mois pour pouvoir faire des enterrements de masse!"
Voici encore le témoignage de Kenneth Joseph, un jeune pasteur américain de l'Eglise Assyrienne d'Orient. Il était venu en Irak avec un groupe de "boucliers humains" pour protéger la population Irakienne contre l'odieuse invasion américaine. Il se promenait donc sans accompagnateur. Parlant arabe, il a eu des contacts faciles. avec des Irakiens qui lui ont "brutalement ouvert les yeux", selon sa propre expression. Certains lui ont déclaré qu'ils se suicideraient si les bombardement américains ne commençaient pas. "Ils étaient prêts à voir leurs maisons détruites pour être libérés de la tyrannie sanglante de Saddam. Ils m'ont convaincu que Saddam était un monstre d'un genre que le monde n'avait plus vu depuis Hitler et Staline. Ses fils et lui sont d'horribles sadiques. J'ai été pris de malaise en écoutant leur récits de tortures et de tueries lentes, tels que ceux de personnes introduites dans de vastes déchiqueteurs de produits plastiques, les pieds en avant pour qu'on puisse entendre leurs hurlements pendant que leur corps était broyé des pieds à la tête". Oudaï lui-même assistait parfois aux exécutions."
En octobre 2002, à Bagdad et d'autres villes, plusieurs douzaines de femmes ont été décapitées au sabre devant leur maison par des membres des Fidayi Hussein (combattants de Sadam), une milice créée en 1994 par Oudaï, soi-disant parce qu'elles se livraient à la prostitution.
Il était clair qu'il fallait libérer ce peuple. Je cite Bernard Kouchner : "Au vrai, il n'y avait qu'une seule bonne raison pour soutenir l'intervention alliée : l'assentiment des Irakiens, leur volonté avérée de se débarrasser de leur dictateur. Pour eux, la guerre durait depuis trente ans. Des bombes américaines, ils attendaient la délivrance et la paix".
On peut regretter que cette considération ait été complètement absente de la pensée de MM. Chirac et de Villepin. Ils se sont opposés à l'intervention américano-britannique en se crispant sur la logique suivante : on pouvait aboutir au désarmement de Saddam par la voie pacifique. Peut-être. Mais ce n'est pas le désarmement que souhaitait le peuple Irakien. C'est être débarrassé de ce régime. L'erreur obstinée de diagnostic de Chirac et de son âme damnée Villepin risque de marginaliser pour longtemps le pays dit des droits de l'homme.
Un sondage effectué auprès de 798 Bagdadis du 8 au 10 juillet a ainsi montré que 76%d'entre eux souhaitaient le maintien de la présence américaine, et que seuls 23% désapprouvaient leur entrée danslepays. Et pourtant c'est à Bagdad qu'il y a la plus forte concentration de Baasistes.
Une anecdote entre mille : En juillet, un couple d'irakiens a nommé leur nouveau-né George Bush pour remercier Bush pour les avoir libérés. La mère a déclaré : "si on avait eu de jumeaux, on aurait nommé le second Tony Blair". Je n'ai vu cela mentionné nulle part dans la presse française.
Oui, allez vous me dire, mais George Bush lui-même a-t-il déclanché cette guerre uniquement pour libérer le peuple Irakien? Les chefs d'Etat ont rarement des raisons aussi désintéressées. La principale raison est qu'il ne pouvait pas rester les bras croisés après les attentats du 11 septembre 2001. Il avait annoncé au monde entier une guerre implacable contre le terrorisme, et suggéré qu'elle pourrait se concrétiser contre les Etats dits de l'axe du mal parmi lesquels se trouvaient l'Afghanistan d'abord, l'Irak ensuite. Du coup les deux autres Etats, l'Iran, et la Corée du Nord, sont dans leurs petits souliers.
J'ouvre une parenthèse : le terrorisme est un mal endémique qu'il faut combattre partout dans le monde, au Pays Basque comme en Corse, voire épisodiquement à Paris, et nous n'arriverons à l'éradiquer que s'il existe une unité sans faille du monde occidental. C'est ce qu'Aznar a compris. Il s'est montré en l'occurrence un chef d'Etat visionnaire et avisé. C'est ce que le peuple qui se dit le plus intelligent du monde n'a pas encore compris.
Les raisons humanitaires n'étaient pourtant pas absentes du discours public. Ainsi, dans un discours non reproduit en Europe, Bush avait déclaré :
"Sur les ordres de Saddam, des opposants ont été décapités, des femmes et des mères d'opposants ont été systématiquement violées, et des prisonniers politiques ont été forcés d'assister aux tortures de leurs propres enfants. L'Amérique pense que tous les peuples ont droit à l'espoir, au respect de leurs droits et de leur dignité.
Nos exigences ne concernent que le régime qui tient son peuple en esclavage et nous menace. Quand ces exigences seront satisfaites, ce sont les hommes, les femmes, et les enfants Irakiens qui en tireront le principal bénéfice. L'oppression subie par les Kurdes, les Assyriens, les Turkmènes, et les Chiites sera terminée. La longue captivité de l'Irak prendra fin et une ère d'espoir commencera".
Tout cela parait peu crédible aux Français qui ne croient pas que les chefs d'Etat aient d'autres objectifs que l'intérêt national, voire le leur propre, dans les affaires du monde. Et ils n'ont pas tort de le croire pour leurs propres dirigeants. Et pourtant il existe une longue tradition d'interventions américaines pour des causes morales, en tout cas perçues comme telles par le peuple américain. Et cela remonte très loin : en 1914, leur intervention a fait basculer le sort de nos armées épuisées. Après la deuxième guerre mondiale, le plan Marshall a probablement sauvé l'Europe du communisme.
Plus récemment, ils ont libéré l'Afghanistan, l'Albanie, la Sierra Leone, et le Liberia. On a moins parlé de ces derniers cas. Il est utile d'en dire quelques mots.
Foday Sankoh vient de mourir. Pendant 10 ans, de 1991 à 2000, il a animé une révolution sanglante en Sierra Leone. Il a fait massacrer entre 50 000 et 200 000 personnes. Il recrutait des enfants, et pour les endurcir, il les forçait à assassiner ses propres parents. Ils avaient ainsi perdu toute référence morale. Il est arrivé qu'ils fassent des paris sur le sexe d'un bébé à naître, et éventre la mère pour savoir qui avait gagné.
Foday Sankoh avait mis la main sur des gisements de diamants, dont il utilisait le profit pour acheter des armes. Mais il ne payait pas régulièrement ses troupes et il les engageait à se payer sur l'adversaire, en le pillant, et même, horreur suprême, en le mangeant.
Il a fallu l'intervention de qui pour mettre fin à ses exploits? de l'Amérique et de la Grande Bretagne. Aussi n'atteignit-il pas le pouvoir, contrairement à son ami Charles Taylor, le dictateur sanguinaire du Liberia, qui vient d'être déposé. Et déposé par qui, à votre avis? Par la France? Non, par les américains, et au grand soulagement de tout le monde.
On ne peut pas dire que tous ceux qui ont défilé pour la paix dans les grandes ville d'Europe au début de cette année avaient les mêmes intentions humanitaires. Sans cela ils auraient défilé à propos du Soudan, où les musulmans du Nord ont massacré en vingt ans un million de non musulmans du Sud. Ils auraient défilé en réaction aux massacres perpétrés depuis dix ans au Congo. Ils auraient défilé contre les exactions au Zimbabwe, et contre les massacres que nous venons de citer en Sierra Leone et au Libéria. Non, ils ne défilaient pas pour la paix, ils défilaient contre les Etats-Unis! Et pourtant, paradoxalement, même les antiaméricains comptent sur les Etats-Unis pour régler le conflit Israélo-Palestinien. Ce qui montre bien que dans leur subconscient, les gens reconnaissent aux américains la capacité d'interventions désintéressées.
Mais je le répète, la motivation n°1 est la guerre contre le terrorisme, qui pour la première fois de leur histoire terrorise effectivement les américains. Or les hommes et la femme actuellement au pouvoir autour de Georges Bush, croient dur comme fer que la solution a terme pour éradiquer le terrorisme est la démocratie. Ils sont unanimes sur ce point, malgré les bisbilles que les journalistes croient déceler entre eux. Leur intention est d'apporter la démocratie, la liberté d'entreprendre, et par conséquent la prospérité dans tout le monde islamique. L'Irak, qui dispose de l'eau, du pétrole, et d'une bourgeoisie laïque et bien formée, en sera le modèle. James Woolsey, ancien directeur de la CIA, explique clairement cette doctrine dans son livre L'Amérique va gagner la 4ème guerre mondiale : " Cette guerre (...) n'est pas une guerre entrepays. C'est une guerre de la liberté contre la tyrannie (...). Nous sommes conscients d'inquiéter les terroristes, lesdictateurs et les autocrates. Nous voulons qu'ils soient inquiets. Nous voulons qu'ils comprennent que l'Amérique estaujourd'hui en marche, et que nous sommes du côté de ceux qu'ils redoutent le plus : leurs propres peuples "
Mais expliquer cela à l'opinion publique n'est pas facile, et le travail de pédagogie de l'administration a été raté. Cela explique que toutes sortes de mobiles aient été prêtés à Bush. Nous allons maintenant les passer en revue.
- Les armes de destruction massive.
La querelle sur l'existence des armes de destruction massive est un peu irréelle. On semble avoir oublié que Saddam a utilisé des armes chimiques sur son propre peuple et sur les Iraniens. En 1995, Hussein Kamal, le gendre de Saddam, chef du programme des armes de destruction massive, a préféré fuir le pays avec femmes et enfants. Il a révélé que l'Irak disposait de 5000 gallons de toxines botuliniques, une substance mortelle qui bloque la transmission nerveuse en pénétrant par les voies respiratoires, 2000 gallons d'anthrax, 25 missile Scuds chargés d'armes biolgiques, et 157 bombes aerosols.
Khidir Amza, l'ancien directeur du programme nucléaire Irakien, réfugié aux Etats-Unis, a longuement expliqué dans un article récent de "Politique Internationale" l'évolution du programme nucléaire irakien depuis l'époque où la France lui a imprudemment fourni son premier réacteur, heureusement détruit par un raid Israëlien. Saddam avait un programme intensif avant la première guerre du Golfe, qu'il n'a pu continuer après de la même façon à cause des inspections. Mais dès 1993, il a mis en place un vaste plan de formation baptisé "programme des mille diplômes", visant à transformer toutes les universités en centres de formation pour la production et le maniement des ADM, en mettant toutes les activités au service de cette industrie.
A l'heure actuelle, une équipe de 1400 personnes, dirigée par David Kay est à la recherche de ces armes ou de leurs vestiges. Ils cherchent surtout des documents. Ils en trouvent dans des cachettes imprévues où ils sont amenés par des sympathisants : par exemple des coffrets enterrés dans des jardins. Le Rapport Kay, récemment remis au Congrès, déclare que pour l'instant ils n'ont pas trouvé d'armes de destructions massives, et c'est la seule chose que vous trouvez dans les grands titres. Mais le rapport dit aussi, et ça il faut le chercher dans la presse française, que les équipes ont trouvé
- des fioles de toxine butoliniques dans le réfrigérateur d'un scientifique irakien.
- plus de 24 laboratoires cachés susceptibles de produire de telles substances dans les locaux des services secrets irakiens
- des ateliers de fabrication cachés de propergol pour les Scud et des plans de fusées à plus longue portée.
131 sites de munitions et d'armes ont été découverts. Il est estimé qu'ils contiennent de l'ordre de 600 000 tonnes d'armements divers, soit un tiers des stocks de l'armée américaine. Seulement 10% de ces sites ont été examinés en détail jusqu'ici.
Les armes chimiques et bactériologiques ont bel et bien existé. Les armes nucléaires étaient donc bel et bien une menace à terme. Qui peut nier qu'il était utile de débarrasser l'humanité de cette menace?
- Les liens avec Al Quaeda.
Le numéro 2 d'Al Quaeda, Ayman al-Zawahiri , a rencontré des officiers du renseignement Irakien en 92 et 98. Il a été reçu par Sadam en mars 98. Il lui a été remis $300 000. Un officier durenseignement irakien en poste au Pakistan était responsable de coordonner certainesactivités avec Al-Quaeda.
Sadham se vantait ouvertement de soutenir leterrorisme palestinien, notamment en versant des indemnités (environ 25 000 dollars) auxfamilles des "martyrs". Le 7 mai, le New York Times a révélé qu'un QG de la police secrète irakienne contenait des informations sensibles sur Israël, dont des maquettes très détaillées de la Knesset, de bâtiments gouvernementaux et du coeur de Jérusalem.
D'autres rencontres ont été documentées par les services secrets américains. Au cours de ces rencontres, les émissaires d'Al Quaeda ont demandé de l'aide pour fabriquer des armes de destruction massive. Il est prouvé que des terroristes d'Al Quaeda ont été formés dans des camps d'entraînement Irakiens.
Aujourd'hui, les Démocrates (je veux parler du parti américain) minimisent les liens entre Saddam et Al Quaeda afin de déconsidérer Bush. C'est pourtant le plus prestigieux d'entre eux, Bill Clinton, qui déclarait le 17 février 1998 :
"La communauté internationale pourrait voir de plus en plus de menaces comme
celle que l'Irak pose maintenant : un Etat-voyou doté d'armes de destruction
massive, prêts à les utiliser ou à les fournir à desterroristes" . Ah, la
politique!
- Le pétrole.
On a pu lire ci et là que la vraie raison de la guerre était le désir des Etats-Unis de s'emparer du pétrole irakien. Ceci dénote une complète ignorance de la société américaine. Contrairement à la France, le gouvernement américain n'intervient pas dans les affaires pétrolières. La production, les approvisionnements, et la vente des produits pétroliers est entièrement aux mains de compagnies privées. L'idée que le gouvernement américain allait s'emparer des puits et les exploiter à son compte est totalement grotesque.
D'ailleurs ce n'est pas ce qui s'est passé : à la fin du mois de juin, le pétrole irakien a commencé à être pompé au terminal turc de Ceyhan, par les compagnies Repsol et Cepsa (Espagne), Tupras (Turquie), Eni (Italie) et Total (France). Le 9 juillet, un contrat pour la vente du pétrole de Bassorah a été signé avec BP (Grande-Bretagne), Shell (Grande-Bretagne/Pays-Bas), ChevronTexaco (Etats-Unis) et Taurus (Suisse). Total est très présent en Irak, et l'on n'a pas entendu dire à ce jour que ses contrats étaient menacés.
Mais les prophètes qui ont fait ces prédictions idiotes vivent toujours très bien, merci.
Bien entendu, aucun état occidental de grande taille, et moins que les autres
l'Etat américain, ne peut complètement se désintéresser de la sécurité des
approvisionnements en pétrole des démocraties, et de ce point de vue,
l'élimination de Saddam ne peut qu'avoir des conséquences favorables pour le
monde occidental. N'oublions pas que Saddam a essayé de conquérir l'Iran, puis
le Koweit, et je pense que s'il avait réussi, le pas suivant aurait été l'Arabie
Saoudite. Il aurait ainsi contrôlé la moitié des réserves mondiales de pétrole,
et l'on peut être sûr que la sécurité d'approvisionnement du monde occidental
s'en serait trouvée sérieusement compromise. Mais de là à dire que c'est pour
s'emparer du pétrole Irakien que les Etats-Unis ont envahi l'Irak ici et
maintenant, il y a un pas énorme que même Chirac et de Villepin n'ont pas
franchi.
Quelle est la situation réelle aujourd'hui? En voici un résumé :
- Les attaques diminuent : 25 attaques hebdomadaires fin juin, 12 aujourd'hui. Mais il suffit d'en montrer une chaque jour à la télévision pour faire croire que la situation pourrit.
- Le nombre de combattants ennemis est encore de l'ordre de 5000. Il provient surtout de l'appareil répressif de Saddam, mais il est renforcé par de nombreux djihadistes étrangers. La population étant de 25 millions, le faible nombre de combattants montre bien qu'il n'y a aucune résistance populaire.
- Les innombrables dépôts d'armes et les réserves d'argent permettent aux clandestins de tenir. Mais ils sont payés de plus en plus cher, ce qui montre qu'il y a de moins en moins d'amateurs : au début $250 par attaque, 1000 en cas de succès. Aujourd'hui $1000 par attaque, 5000 en cas de succès.
- La coalition a capturé plus de 5000 activistes du Baas et autres criminels, dont au moins 200 djihadistes étrangers.
- Tout dégât causé à des civils innocents est immédiatement dédommagé.
- Chaque unité dispose d'un budget propre pour contribuer à l'amélioration de la vie locale.
- La population collabore de plus en plus, surtout depuis la mort de Qusaï et Oudaî. Malgré leurs pertes, les soldats américains considèrent que 98% des irakiens leur sont favorables ou indifférents.
- La police locale est reformée, entraînée, et compte de plus en plus de membres : au moins 30 000 aujourd'hui pour un objectif de 70 000. En outre 11 000 Irakiens ont été recrutés pour la protection des installations.
- Une armée Irakienne est en train d'être constituée et formée par les américains. Elle sera de 12 000 hommes à la fin de l'année, 40 000 à la fin de 1'année prochaine.
- La reconstruction bat son plein, retardée par l'incroyable vétusté des infrastructures, et les nombreux sabotages. La plupart des villes du Sud ont aujourd'hui plus d'électricité qu'avant la guerre..
- Tous les hôpitaux sont en service, avec un personnel dont le salaire a été augmenté.
- Les 324 000 enseignants sont tous retournés au travail avec un salaire amélioré. 1 000 écoles ont été construites, 3 000 sont en cours de réparation. 95% des écoles fonctionnent normalement et 5,5 millions d'écoliers ont pu passer les examens de fin d'année.
- La vie des universités est transformée par l'absence de la police secrète d'Etat et la mise au rebut des ouvrages vantant le dictateur déchu. (Cela laisse beaucoup de place libre dans les bibliothèques!)
- Le réseau téléphonique se répare peu à peu, et les téléphones mobiles se répandent, alors que leur possession était punie de la peine de mort sous l'ancien régime.
- Le gouvernement provisoire de 25 membres, miracle d'équilibre entre les différentes populations, marche. Dans cas contraire vous le sauriez. Une de ses tâches est de préparer des élections pour fin 2004.
Qu'est-ce qui empêche d'aller plus vite? les sabotages.
- La production pétrolière n'est encore que de 1,3 millions de barils par jour (contre 2,5 millions avant la guerre), la remise en service est retardée par les sabotages.
- Les sabotages de conduites d'eau ou de pétrole, qui font souffrir essentiellement la population Irakienne, montre que les terroristes sont aux abois. Mais les Irakiens ne sont pas idiots, et ils finissent par voir que ce sont les saboteurs et non les américains qui retardent la normalisation.
Il ne faut pas croire que les américains voient d'un mauvais il la concentration en Irak de terroristes venus d'ailleurs. Ils n'en font pas état publiquement, mais dans l'esprit de leur guerre contre le terrorisme, ils préfèrent se battre contre les terroristes sur le sol Irakien plutôt que sur le sol américain. Rumsfeld a déclaré récemment à un groupe d'anciens combattants : "les terroristes et combattants étrangers qui se sont infiltrés dans le pays nous posent un problème, mais ils constituent aussi une opportunité : il vaut mieux que nous les affrontions sur le sol Irakien qu'ailleurs, en particulier aux Etats-Unis".
Et vous comprenez pourquoi, maintenant, George Bush considère que le moment est venu de demander un effort à d'autres pays, via l'ONU : il a besoin de troupes alliées pour libérer les troupes américaines du travail de routine afin de les concentrer sur la destruction des terroristes.
Parlons un peu de George Bush. La gauche et une partie de la droite le présentent comme un retardé mental. En fait George Bush est titulaire d'un MBA de Harvard, c'est à dire le diplôme le plus prestigieux que vont chercher nos propres diplômés des grandes écoles quand ils veulent acquérir un diplôme américain. A ceux qui douteraient de ses capacités intellectuelles, je recommande vivement de l'écouter sur Fox News ou CNN lorsqu'il s'adresse à la Nation. Dans les réponses au journalistes, Il témoigne également d'une exceptionnelle maîtrise de lui-même. Avant d'être élu président des Etats-Unis, Bush était gouverneur du Texas, le plus grand Etat de l'Union. Là, il a acquis une réputation flatteuse pour sa capacité à faire voter des lois bipartisanes, notamment sur l'éducation, c'est à dire des lois consensuelles, ce qui traduit au moins une certaine capacité à convaincre ses semblables.
Il n'est pas inutile de se souvenir de l'image que les mêmes détracteurs répandaient au sujet de Ronald Reagan, "cet acteur de films de série B porté par hasard à la tête des Etats-Unis". En fait, Reagan avait gagné sa célébrité par la force et la qualité de ses discours, et avant de devenir président, il écrivait lui-même tous ses discours. On en a retrouvé récemment les manuscrits. Ils ont été traduits en Français par notre ami Guy Millière sous le titre Ecrits Personnels. " La simple lecture desécrits de Ronald Reagan, écrit Jean-Christophe Mounicq dans La Revue des deux Mondes, permet de comprendre l'immense travail de réflexion fourni par l'ancien Président américain, avant qu'il ne devienne un politique de premier plan. Quel homme politique français contemporain a fourni un tel travail d'écriture et de réflexion ? Combien ont osé tirer les conclusions de leurs réflexions en prenant despositions aussi nettes ? Les rares pamphlets que publient les politiques français ne comportent quasiment pas d'idées fortes par crainte qu'elles ne gênent la suite de leurcarrière. Le contraste entre les Etats-Unis et la France est, de ce point de vue, saisissant".
Au début de sa présidence, Reagan reçut Alain Griotteray à la Maison Blanche et il lui expliqua sa méthode de gouvernement : "Je ne suis pas une tête d'œuf, je n'ai ni le goût ni l'âge d'étudier les dossiers, mais j'ai autant de têtes d'œufs qu'en avait Kennedy, et lorsqu'ils me présenteront des solutions, je saurai choisir la bonne, celle du bon sens américain."
Bush gouverne un peu de la même manière : quelqu'un qui le connaît bien m'a dit un jour : il se comporte comme un PDG de grande entreprise : il s'entoure des meilleurs, il arbitre les propositions, il recherche le consensus lorsqu'il a décidé,et il contrôle l'application. Et Bush est entouré d'une équipe d'un standing intellectuel peu banal, et d'une capacité à agir non moins banale. Des personnes comme Colin Powel, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perle, Condoleanza Rice, sont des cracks, et il suffit de les lire ou de les écouter pour s'en convaincre immédiatement. Ils sont eux-mêmes entourés d'équipes de haute volée, dont beaucoup, d'ailleurs, sont formées de gens qui viennent de la gauche, mais qui se sont heurtés à la réalité et ont connu, depuis lors, une évolution idéologique. On les appelle les néoconservateurs. Dans son livre "Que veut George Bush?" dont je vous recommande la lecture, Guy Millière nous explique : "Ce sont, en profondeur, des gens venus de gauche qui ont peu à peu compris que les valeurs qui ont toujours été les leurs - Démocratie, Droits de l'Homme, Liberté individuelle - impliquaient un combat contre le totalitarisme sous toutes ses formes. Ce sont des gens qui ont compris que si la démocratie ne se défendait pas, elle pouvait succomber".
Cette équipe a une stratégie, qui sera poursuivie implacablement tant que cette équipe restera au pouvoir : éradiquer le terrorisme, établir la démocratie partout dans le monde. C'est une stratégie, que nous, européens trouvons naïve, et ils le savent, mais cela ne les gêne pas. Voila ce que dit à ce sujet Paul Wolfowitz, vice ministre la défense : "les Européens se sentent mal à l'aise quand nous évoquons les valeurs du bien et du mal. Ils oublient semble-t-il, ce qui fonde leur civilisation, qui est aussi la nôtre. L'Occident s'est imposé à lui-même des interdits moraux. Il a défini les droits de l'homme, la démocratie, le marché, le contrat, l'individu. Si nous n'étions plus capables de faire la distinction entre ceux qui respectent les droits de l'homme et ceux qui ne les respectent pas, ceux qui aspirent à la démocratie et ceux qui veulent la détruire, ceux qui comprennent l'importance de l'idée de contrat volontaire et ceux qui ne comprennent que la force, nous serions très malades et nous ne mériterions pas de survivre. Les Etats-Unis savent encore faire la distinction."
Ce thème du bien et du mal est beaucoup plus naturel aux Etats-Unis que chez nous, et moi qui suit constamment en contact avec eux, c'est un thème que j'entends et je lis très souvent.
J'ai concentré l'exposé des conséquences pratiques de cette stratégie sur l'Irak, mais elle a des points d'application sur tous les continents, et si vous voulez les connaître, je vous recommande la lecture du livre de Guy Millière : Ce que veut Bush. (Editions de La Martinière). Vous verrez qu'ils vont de l'avant, mais qu'ils ne se donnent pas un mal terrible pour convaincre et entraîner ceux qui ne veulent pas les suivre, comme La France et l'Allemagne, car ils sont suivis par une constellation d'Etats dynamiques comme l'Australie, la Nouvelle Zélande, l'Angleterre, l'Espagne, la Pologne.
Avant 1914, l'Europe comptait plusieurs grandes puissances d'influence mondiale. Mais elle a déclanché deux guerres mondiales qui l'ont ruinée. Elle a inventé le communisme qui a transformé la Russie en un Etat sanguinaire avec des niveaux de vie du tiers monde, et qui a failli faire subir le même sort aux autres pays d'Europe. Dans les trois cas, ce sont les Etats-Unis qui ont sauvé l'Europe.
Après la guerre, nous avons pu réaliser cet extraordinaire progrès qu'est l'Europe unie, grâce auquel nous n'avons plus de guerre avec nos voisins depuis 60 ans, et nous n'en aurons sans doute jamais plus. Mais nous n'aurions jamais pu réaliser l'Europe sans le bouclier protecteur des Etats-Unis, car rappelez vous mes amis, l'URSS, et ses émissaires, les partis communistes de nos pays, ont combattu bec et ongle la formation de l'Europe pendant toutes ces années.
Il existe aux Etats-Unis une excellente revue qui s'appelle "Liberty", dans laquelle il m'est arrivé d'écrire. Dans le numéro de juin, elle contenait un article intitulé "La dette américaine vis-à-vis de la France", qui rappelait que les Etats-Unis n'existeraient pas sans le soutien incomparable qu'ils ont eu de la France il y a plus de deux siècles. Dans le numéro suivant, sous le titre "Lafayette est mort", un article donnait la réplique en expliquant que la France sombrait dans le déclin, et que ce n'était plus un allié fiable.
Je ne crois pas que nous devions préférer la Chine et la Russie, à l'Amérique, et Saddam Hussein ou Arafat à George Bush. Je crois qu'en sacrifiant délibérément deux siècles et demi ininterrompus d'entente avec les Etats-Unis, pour des objectifs qui ne sont même pas clairs, et avec des moyens dérisoires, Chirac et Villepin porteront une lourde responsabilité devant l'histoire, à moins qu'ils aient un sursaut de bon sens avant la fin de leur mandat. Qui peut croire en effet qu'en remettant tout de suite le pouvoir aux Irakiens, on ne va pas livrer ce peuple à la guerre civile entre les anciens du parti Baas, les Kurdes, et les chiites les plus fanatiques? Qui ne comprend qu'il faudra un peu de temps aux américains pour installer une démocratie stable dans ce pays? Qui ne peut croire qu'ils y arriveront, comme ils y sont arrivés en Allemagne, au Japon, ou au Kosovo?
Plus prosaïquement, l'Irak nous doit plus de 10 milliards d'Euros, plus de quarante milliards avec les intérêts. Une diplomatie raisonnable aurait consisté à s'assurer que ces sommes seront recouvrées un jour, grâce aux ressources pétrolières du pays. Est-ce que le harcèlement des Etats-Unis est la façon la plus intelligente d'y parvenir?
Pendant que nous construisions l'Europe sous le parapluie américain, malgré l'opposition farouche de l'URSS, nous avions donné corps à une alliance des pays les plus civilisés de la planète sous le nom d'Alliance Atlantique. Une alliance ouverte, comme nous l'avons montré à plusieurs reprises en accueillant de nouveaux membres. Aujourd'hui, ne nous y trompons pas, les plus dynamiques de nos voisins, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Pologne, ceux qui ont le courage de faire des réformes chez eux, ceux qui dont les gouvernements ont le courage d'affronter leur opinion publique, ne sortiront jamais de cette alliance. Nous ferions bien d'en prendre conscience.
Vive l'Alliance Atlantique.
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