Cercle Frédéric Bastiat

2017-05-25 17:17:40

« L’Europe super état ou espace de libre échange »

Conférence donnée par Jacques Garello, Professeur d’économie émérite de l’Université d’Aix-Marseille lors du 7ème Weekend de la Liberté.

, par Patrick de Casanove

L’Europe est déterminante pour la France : les deux-tiers des textes votés par les parlementaires sont l’introduction dans le droit français de directives données par Bruxelles ; toute la politique économique et budgétaire est guidée par les choix de la Banque centrale européenne ; enfin concernant la fiscalité, Bruxelles rêve d’une harmonisation afin d’éviter la concurrence fiscale.
L’Europe est donc présente dans tous les points décisifs de la vie en France.

Le principal problème de l’Europe date de sa création : elle n’a pas voulu choisir ce qu’elle allait être, devenant ainsi le « refus du choix ». Aujourd’hui le choix est devenu une contrainte.

Pourquoi le refus du choix ?

Pour les pères de l’Europe (Schuman, Adenauer, De Gasperi...), l’objectif était de construire l’unité de l’Europe autour d’idées simples : les peuples européens sont frères et vont donc bâtir ensemble. Aucune dimension institutionnelle n’a été envisagée par les pères fondateurs, pas d’administration, seulement la possibilité de travailler ensemble, avec comme garantie la paix de l’Europe. Pendant longtemps a perduré cette conception de l’Europe comme le simple fait de vivre en paix ensemble, et particulièrement entre Allemands et Français.
Parallèlement, une autre Europe s’est développée, celle des techniciens, tels Jean Monnet, l’Europe des structures, de la sidérurgie, du charbon (CECA, Communauté européenne charbon acier), Euratom...
Derrière ces deux constructions se trouvaient aussi des choix de sociétés, l’une dans laquelle l’État et les structures administratives et politiques constitueraient l’ossature de l’Europe, où tout serait bien planifié, l’autre où on laisserait les choses se développer en décidant peu à peu ce qu’il faudrait faire. Une vision empirique de l’Europe s’opposait à une vision plus carrée. Cette opposition s’est rapidement renforcée, par le traité de Rome d’abord, contradictoire en lui-même puisque il contient une superposition d’une part de ce qui va vers l’industrie, le marché, l’ouverture vers l’étranger, et d’autre part la Politique agricole commune, l’Europe des petites et moyennes exploitations, la garantie des prix fixés par la Commission européenne, les contingents de protection contre les importations américaines bien fixés etc. Il y a donc eu cassure entre l’Europe du marché et l’Europe du plan. Historiquement et chronologiquement, se sont produites des poussées, tantôt vers l’Europe marchande, tantôt vers l’Europe bureaucratique. L’Europe marchande est allée aussi loin qu’elle le pouvait avec l’Acte unique européen (1985, ratifié en 1986). Jacques Delors a fait insérer une partie sur la monnaie unique européenne, porte ouverte a tout le dirigisme économique venue par la suite, car qui dit politique monétaire commune dit politique budgétaire commune, d’où découlent la politique industrielle, la politique sociale etc., soit l’Europe de la concentration, de l’intégration, de la bureaucratie. L’Europe de Bruxelle prend le dessus sur l’Europe ouverte. Après la chute du mur de Berlin, un nouveau départ sur d’autres bases a été espéré, notamment par l’afflux de nouvelles populations. Mais la réaction a finalement été inverse, avec une rechute dans cette Europe des fonctionnaires. Un choix ne s’est pas fait entre la centralisation, la planification, l’économie dirigée, un droit imposé d’une part, l’Europe de la liberté, de l’ouverture, de la libre circulation des produits, des marchandises, des entreprises et des homme d’autre part. On peut parle d’Europe pouvoir contre Europe espace.

Ce refus du choix a peu à peu conduit à une Europe centralisée, socialisée, où l’État-providence est la règle.

Conséquences actuelles

Aujourd’hui cette position n’est plus tenable, Le choix doit être fait parce que les Européens ne sont pas les maîtres de leur stratégie, mais intégrés dans un espace beaucoup plus large. En se refermant sur eux-mêmes, ils risqueraient d’être détruits de plusieurs manières. Première hypothèse : « l’auto-destruction » suite à des conflits internes. On parle déjà d’Europe du Nord et du Sud, d’Europe de Merkel et d’Europe de Hollande, soit d’un côté les budgets équilibrés, de l’autre les déséquilibrés. Deuxième hypothèses : la mondialisation. L’Europe est en concurrence avec le reste du monde, en mesure de la balayer parce que la compétitivité sera impossible pour cette Europe surchargée de réglementations, d’impôts et d’interventions.
L’Europe peut imaginer être un espace ouvert, un espace de libre-échange. Le libre-échange est bon pour les gens les plus modestes. C’est ça le vrai progrès social, qui naît de la concurrence et de la liberté. L’échange a de nombreuses vertus. Pendant très longtemps, on a cru que le bienfait de l’échange était la spécialisation (la division internationale du travail). Aujourd’hui deux-tiers du commerce mondial est fait de ce qu’on appelle les échanges croisés. Il n’y a pas de spécialisation internationale, ça n’existe pas. Ce qui existe c’est la communication. Les idées circulent et c’est par cette division du savoir que l’on peut s’enrichir. L’intérêt du marché est de pouvoir accéder sans cesse à ce qu’il y a de mieux pour tout le monde. Faire de l’Europe une forteresse est une catastrophe. Le protectionnisme est une démagogie. De la suppression de la liberté d’échange naissent l’incompréhension, la xénophobie et la guerre. Entre 1930 et 1938, le volume du commerce mondial a été divisé par huit. Les échanges étaient négociés de gouvernement à gouvernement.
Lorsqu’une crise se produit, c’est l’étranger qui est mis en cause, avec l’idée qu’en fermant les frontières, la crise s’arrêtera. La flambée des nationalismes a conduit à la Seconde Guerre Mondiale. Il faut donc faire tout ce qui est possible pour aller vers le libre-échange. Les dirigeants d’après guerre en ont compris l’importance (voir la Charte de La Havane). Depuis, les tarifs douaniers ont été diminués, les quotas supprimés etc.

Il faut se méfier des discours nationalistes et patriotiques, qui peuvent nous prédisposer à haïr celui qui vient de l’étranger et ainsi poser des problèmes et à l’intérieur des frontières, et à l’extérieur. Cette Europe divisée a oublié ses racines communes, la Chrétienté, symbole d’amitié, d’amour, de reconnaissance et de respect des autres. Est-ce que l’Europe va se rappeler de ses racines ou va-t-elle s’enfermer dans le protectionnisme et la collectivisation ? A elle de faire son choix, qui ne peut pas être évité.

(Transcription par nos soins)