Cercle Frédéric Bastiat

2017-07-25 20:26:59

Les migration méditerranéennes en 2015.

Conférence donnée par Jean-Paul Gourevitch, consultant international sur l’Afrique, les migrations et l’islamisme radical, lors du 7ème Weekend de la Liberté

, par Patrick de Casanove

Quels est le coût des migrations pour les contribuables ? Quelles solutions ont été mises en place pour accueillir les migrants ?
Les migrations posent à la fois un problème financier et un problème sociétal.

Problème financier :

Parler du coût des migrations a longtemps été un sujet tabou car la première personne ayant écrit sur cette question est Pierre Milloz, qui travaillait pour le Front National. L’ouvrage, intitulé L’Immigration sans haine ni mépris : les chiffres que l’on vous cache" (1997), portait sur chaque page la mention :« L’immigration : une malchance pour la France ». En conséquence, toute personne qui, par la suite, se penchait sur ces question, était considérée soit comme d’extrême-droite, soit instrumentalisée par l’extrême-droite.
Les années 2010 ont vu se produire un changement : il était impossible d’éviter de parler des coûts de l’immigration car cela devenait un sujet de société. Xavier Chojnicki, de l’Université de Lille 2, a mené un travail sur les coûts sociaux, c’est-à-dire combien les immigrés payent à l’État et combien l’État leur donne, et en arrivait à la conclusion que l’État engrangerait 12 milliards d’euros de bénéfices. Ces chiffres étant quelque peu détournés par les médias, en 2012, il publie L’immigration coûte cher à la France. Qu’en pensent les économistes ?, un rectificatif à l’emballement médiatique provoqué par son étude. Ainsi, les 12 milliards sont devenus 3,9 milliards de bénéfices, et ne concernent que l’immigration légale. Enfin, ces chiffres sont de 2005, la situation a changé depuis.

Tous les autres experts qui ont travaillé sur la question sont arrivés à des coûts négatifs. François Gemenne considère qu’il y a entre 3 milliards et 5 milliards de déficit ; l’OCDE, entre 3 milliards et 10 milliards ; les chiffre les plus alarmistes concernent Marine Le Pen et ses 70 milliards. Pour Jean-Paul Gourevitch, on peut estimer à 8,9 milliards le déficit de la balance dépenses-recettes à laquelle s’ajoute 10 milliards sur la balance dépenses-rentabilité, car l’État fait des investissements notamment pour les enfants d’immigrés, par exemple pour la formation, l’éducation, l’alphabétisation etc. Certains investissements sont totalement négatifs, par exemple l’argent donné au pays en développement en supposant que cela restreindrait la migration de leur population. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Inversement, les investissements pour l’éducation, la formation etc. porteront leurs fruits quand les gens rentreront sur le marché du travail.

En 2015, 79 000 demandes d’asile ont été enregistrées, soit deux fois plus qu’en 2008. Ce nombre est en progression constante. On peut ajouter aussi tous ceux qui ne sont pas passés par la case demande d’asile. Le coût total est ainsi de 1 milliards 380 millions d’euros, ce qui n’est pas énorme mais s’ajoute au déficit annuel. Des économies pourraient être faites ainsi que des avancés sociétales. En effet, une majorité des Français sont en situation de rejet vis à vis d’une arrivée massive de migrants, accompagné parfois de manifestations xénophobes voire islamophobes.

Quelles solutions pour diminuer les coûts de cette immigration et faire en sorte que la fracture sociale entre les arrivants et ceux qui sont déjà là soit résorbée ?

Sur le principe, la droite et la gauche sont d’accord sur deux choses : premièrement, il faut traquer la fraude à l’identité. L’industrie des faux-papiers est en plein développement de part et d’autre de la Méditerranée. Les chiffres sont variables : pour Christophe Naudin, il y a près de 200 000 fraudeurs chaque année, alors que pour la police de l’air et des frontières, on en compte 15 000. Dans tous les cas la fraude à l’identité représente un élément important. Deuxième point d’accord : la traque des passeurs. Jean-Christophe Dumont, de l’OCDE, a fait une étude qui concluait qu’il y avait environ 3000 passeurs en Méditerranée. 1500 ont été arrêtés en 2014 par les Allemands, à peu près autant en 2015, mais malgré cela il y en a toujours de plus en plus. On n’arrive pas à les traquer. Quelques actions pourraient être entreprises :
- réduire légèrement les subventions accordées aux associations d’aide aux migrants irréguliers. Sur les 200 millions annuels que reçoivent ces associations, on pourrait en réduire une petite partie.
- l’aide médicale d’État pourrait donner lieu au paiement d’une cotisation forfaitaire, qui certes rapporterait peu à l’État mais contrerait l’argument voulant que ceux qui en profitent ne paient rien. Sur une base de 50 euros, on pourrait faire quelques économies, supprimer quelques causes de rejet et surtout assurer un suivi médical de ces personnes, inexistant pour le moment.
- un demandeur d’asile peut faire une demande de recours devant les tribunaux administratifs, puis devant le tribunal national du droit d’asile. En moyenne entre la première demande et la réponse, il se passe 18 mois. Un certain nombre de ces recours est abusif puisque la Cour nationale du droit d’asile rejette 80% de ces recours. Un système de caution pourrait être mis en place, caution remboursée en cas d’acceptation du recours, ce qui ferait que des personnes pourraient hésiter face à ce recours, permettant ainsi une justice plus rapide.

La Cour des Comptes a produit un rapport disant que 96% des déboutés ne quittaient pas le territoire français. Le ministre de l’Intérieur a protesté en disant qu’il n’y en avait « que » 80% qui restaient en France. Il n’est pas facile de reconduire dans son pays un débouté du droit d’asile. Selon la loi, pour qu’il soit reconduit dans son pays, il faut que le consulat de son pays d’origine délivre un laisser-passer. Or certains consulats refusent systématiquement de délivrer ces laisser-passers sous prétexte que c’est contraire aux droits de l’Homme. Le Mali est un bon exemple : ce qui pose problème, c’est que ce pays qui reçoit une aide, demande aussi qu’on l’aide militairement, socialement et financièrement. Il n’est pas logique qu’un pays qui demande l’aide de la France puisse refuser qu’un débouté qui a épuisé tous les recours ne soit pas reconduit dans son pays.

Appliquer ces règles permettrait de réaliser des économies conséquentes.

Problème sociétal

Une partie de la communauté nationale ne souhaite pas accueillir beaucoup d’immigrés chez elle. Cela peut se comprendre mais cela pose un double problème : d’abord, un mélange de rejet, de xénophobie mais aussi d’islamophobie, c’est-à-dire de peur de voir des islamistes arriver avec des migrants ; ensuite la création d’une atmosphère telle qu’un certain nombre de musulmans se sentent autorisés à accomplir des actes délictueux. Il y a en France 8,5 millions de musulmans. Parmi eux, on compte environ 4 millions de musulmans actifs, dont environ 150 000 sont proches des idées de l’islamisme radical, mais d’un point de vue intellectuel. Ils sont pour la plupart plutôt pacifistes, et parmi eux environ 15 000 activistes sont tout à fait prêts à commettre un certain nombre d’attentats.
On comprend la peur et un certain rejet de l’Islam souvent confondu avec l’islamisme.

Si on se projette un peu dans le futur, trois scénarios sont possibles :

- le diabolique, c’est-à-dire l’affrontement avec ses variantes (natalité, invasion, islamisation etc.) ;
- l’angélique, à savoir le vivre ensemble avec la multiculturalité, le métissage social ou le développement solidaire ;
- l’inattendu ou la frontière, scénario auquel nous ne sommes pas prêts, le scénario de la coexistence, non pas du vivre ensemble mais du vivre côte à côte. Un certain nombre de communautés coexisteraient plus ou moins pacifiquement, chacune ayant son homogénéité, ses manières de penser et d’agir, avec le risque de passer au conflit si une communauté venait à se mêler de ce que fait une autre et cherchait à lui imposer ses lois.

transcription par nos soins