Cercle Frédéric Bastiat

2016-09-23 13:11:49

Résumé du 5ème weekend de la Liberté 5 au 7 juillet 2013

Vendredi soir 5 juillet 2013, Damien Theillier

, par Francis Richard

5ème Week-End de la Liberté à Dax

Chaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l’Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l’Institut Coppet et de l’iFRAP.

Cette année le thème était : Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité.

Ces notions sont à l’opposé de ce qui, aujourd’hui, détruit la France : le collectif, la société sans risques et l’irresponsabilité.

Vendredi soir, 5 juillet 2013

En guise d’introduction, le Cercle Frédéric Bastiat a fait appel à un philosophe, Damien Theillier, qui préside aux destinées de l’Institut Coppet. Et c’est en philosophe que l’orateur a défini liberté, responsabilité et prise de risque et les relations qui existent entre elles.

Qu’est-ce que la responsabilité ?

"Etre responsable c’est étymologiquement répondre de ses actes et de leurs conséquences."

Suivant que les conséquences sont bonnes ou mauvaises, le responsable encourt éloge ou blâme, sanctions morales ou juridiques qu’il se doit d’anticiper. Il doit donc être lucide et vigilant et s’assurer individuellement pour en supporter éventuellement les coûts.

Dans son Eloge de la liberté (1958) Isaïah Berlin distinguait deux conceptions de la liberté, la liberté négative et la liberté positive.

La liberté négative est la conception libérale de la liberté. Elle se résume à une seule question :

"Quelle est le champ à l’intérieur duquel un sujet devrait pouvoir faire et être ce qu’il veut, sans l’ingérence d’autrui ?"

La liberté positive est la conception romantique de la liberté. Elle "découle du désir d’un individu d’être son propre maître". L’individu désire agir avec sa propre raison, s’affranchir de ses pulsions irrationnelles.

La liberté négative est celle de Locke, Bentham, Mill en Angleterre, de Montesquieu, Constant, Tocqueville en France, de Jefferson et Paine en Amérique.

La liberté positive est celle de Rousseau, Mably, Herder, Fichte, Hegel, Marx, et des socialistes français tels que Fourrier ou Jaurès.

La liberté négative est celle énoncée par l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 :

"La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui."

La liberté n’est donc pas absolue et la première contrainte, c’est autrui. Si l’on admet qu’un individu est propriétaire de lui-même et n’est pas esclave d’autrui, il faut admettre qu’il est également propriétaire des fruits de son activité.

Dans la tradition libérale, c’est donc le droit de propriété qui délimite la liberté. Il se fonde sur le travail et l’innovation. Liberté et droit de propriété sont indissociables.

La liberté étant délimitée, toute responsabilité ne peut qu’être limitée et ne peut donc pas être collective. Il en résulte que la responsabilité ne peut être bien définie que si les droits de propriété le sont.

A partir de la liberté, de la propriété et de la responsabilité peut émerger l’ordre social et l’autorité peut se contenter d’être juste, chacun s’occupant de son propre bonheur.

Benjamin Constant disait que "les fonctions du gouvernement sont purement négatives" :

"Il doit réprimer les désordres, écarter les obstacles, empêcher en un mot que le mal n’ait lieu. On peut ensuite se fier aux individus pour trouver le bien."

Pour Karl Marx, la liberté négative n’est qu’une liberté formelle. Elle favorise l’antagonisme entre les hommes et le triomphe de l’individualisme.

Pour Keynes, il n’y a pas d’harmonies économiques, pas de lois naturelles, pas d’ordre spontané.

Pour l’un comme pour l’autre, il faut donc une organisation politique qui régule les intérêts particuliers pour les orienter vers l’intérêt général.

Cette autre conception de la liberté, la liberté positive, revient à dire que je ne suis libre que si j’ai un minimum de biens garantis. Il faut que je sois libéré des besoins, de ce qui m’aliène, des déterminismes, de tout ce qui diminue ma capacité à agir. Les libertés positives sont ainsi par exemple le droit au logement, à la santé ou au crédit...

Dans cette conception de la liberté la solidarité se substitue à la responsabilité individuelle. Les maux économiques et sociaux résultent des dysfonctionnements de la société. L’action publique doit donc la transformer pour y remédier. L’assurance est transférée à l’Etat : maladie, chômage, retraite...

L’environnement économique et social est imparfait : celui qui se retrouve au chômage n’est pas responsable, c’est une victime.

En résumé la main visible de l’autorité est plus efficace et plus juste que la main invisible du marché. Autrement dit les décideurs publics - ceux que Frédéric Bastiat appelle les publicistes - sont plus éclairés que nous. Le problème est qu’ils ne supportent pas les conséquences de leur choix.

La thèse de Frédéric Bastiat, dans Les harmonies économiques, est que la responsabilité individuelle permet seule par un processus de découverte, de progresser et de réduire les maux sociaux. C’est pourquoi on peut dire qu’elle est la grande éducatrice des peuples.

Car, en supportant les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses décisions, l’homme tend à s’améliorer et à tirer les leçons de ses expériences.

Le monde social n’est pas parfait et ne le sera jamais, mais il est perfectible. La responsabilité, par la sanction naturelle, est le ressort du progrès social.

La souffrance qu’engendre le mal fait comprendre ce qu’est le mal et remet celui qui le commet dans le droit chemin. Connaître le mal fait progresser vers le bien. Le libre arbitre est éclairé par la responsabilité. L’initiative et la prise de risque développent en chacun l’autodiscipline et la vertu de prévoyance.

Il y a une incontestable solidarité naturelle entre les hommes. Mais ils ont tendance à faire en sorte que les conséquences utiles de leurs actes leur reviennent et que les conséquences nuisibles retombent sur autrui. Aussi la réprobation sociale peut-elle avoir un effet correcteur de cette tendance.

C’est ce que Bastiat appelle la loi de solidarité qui est une force de résistance de la masse aux actes qui lui nuisent. Le danger est cependant de faire de cette réprobation un instrument pour multiplier les interdits législatifs et amoindrir, voire détruire, la responsabilité.

Comment renforcer la responsabilité ? En dehors de la liberté, il y a deux moyens :

1) La morale religieuse et philosophique qui agit par purification et correction de l’action humaine. Elle s’adresse au cœur. C’est la plus noble.
2) La morale économique qui agit de façon indirecte en faisant connaître à l’homme les effets de ses actes. C’est la plus difficile d’accès.

Comme disait Jean-Baptiste Say, pour faire cesser le désordre introduit par l’hypocrisie dans une famille honorable, il faut "corriger Tartuffe ou déniaiser Orgon" : il y aurait moins de Tartuffe s’il y avait moins d’Orgon pour les écouter.

C’est dans cet esprit que, grâce à la science économique, il faut dénoncer les sophismes économiques afin de dépouiller la classe spoliatrice de sa justification et de son pouvoir.

La morale, la religion, la science économique sont les auxiliatrices de la liberté et de la responsabilité, qui est le remède à l’imperfection humaine :

"La responsabilité, mais c’est tout pour l’homme : c’est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l’homme n’a plus de libre arbitre, il n’est plus perfectible, il n’est plus un être moral, il n’apprend rien, il n’est rien. Il tombe dans l’inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau." (Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, Services privés, services publics)