Cercle Frédéric Bastiat

2016-12-09 17:23:41

Résumé du 5ème weekend de la Liberté 5 au 7 Juillet 2013

Dimanche 7 juillet Catherine de Wenden, Philippe Karsenty, Benoît Malbranque

, par Francis Richard

Dimanche matin, 7 juillet 2013

Catherine de Wenden, directrice de recherche au CNRS et enseignante à Sciences-Po, est spécialiste des flux migratoires, auxquels elle a consacré plusieurs ouvrages.

Elle constate qu’il y a des inégalités de développement humain dues à l’espérance de vie à la naissance, au niveau d’éducation et au niveau de vie. Sur 7 milliards d’habitants de la planète, 1 milliard sont en situation de mobilité en raison de ces inégalités.

130 millions d’entre les habitants de la planète se sont effectivement dirigés vers le nord. Ce que l’on sait moins, c’est que 110 millions l’on fait vers le sud.

Car, s’il y a mondialisation des migrations, il y a également des migrations régionales.

La démographie est un autre facteur de migrations. Les pays d’accueil sont l’Europe vieillissante mais également les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Par ailleurs des migrants partent de pays très peuplés à petites ressources, vers des pays peu peuplés mais à grandes ressources. Il faut savoir que 400 milliards de dollars sont envoyés par de tels migrants vers leurs pays d’origine, ce qui représente trois fois l’aide publique internationale.

Enfin l’urbanisation galopante est un facteur déterminant des flux migratoires.

Les Etats se sont toujours intéressés à leurs populations et plus spécifiquement dans trois domaines : l’agriculture pour les ressources alimentaires, l’armée pour les ressources de défense et les impôts pour les ressources financières.

Auparavant il était facile d’entrer dans un pays. Il était plus difficile d’en sortir. Depuis 1990 la situation s’est inversée, avec toutefois, l’impossibilité d’interdire, en vertu du droit international, certains flux migratoires. Ont été ainsi reconnus le droit d’asile, le droit au regroupement familial et les droits de l’enfant. 46 Etats, essentiellement des Etats de pays du sud, ont signé une convention reconnaissant des droits minimum aux sans-papiers.

Du XVIe siècle à la moitié du XIXe siècle, les Etats interviennent peu dans les flux migratoires. Avec Hugo Grotius et Emmanuel Kant apparaît une théorisation du citoyen du monde qui doit pouvoir circuler librement dans tous les pays, sans forcément s’y installer.

En France la migration se régulait en fonction de l’offre et de la demande, conformément au libéralisme économique. C’est pourquoi il y a eu peu d’intervention de l’Etat entre 1945 et 1980. L’immigration était d’ailleurs considérée comme provisoire. Les immigrés en provenance d’Espagne, d’Italie ou de Grèce finissaient par retourner chez eux.

Mais, quand ça va mal, les gens restent dans le pays d’accueil. Auparavant ils se disaient qu’ils allaient gagner de l’argent puis repartir dans leur pays d’origine. Désormais ils se disent qu’ils n’y ont aucun espoir, et ils espèrent changer de vie avec leur projet de migration.

Cette nouvelle donne a conduit les Etats a changé d’attitude à l’égard de l’immigration. Si le droit de sortie est reconnu par eux, ils exercent leur souveraineté à l’entrée du fait d’une demande de migration de plus en plus forte.

Aux Etats-Unis par exemple, on estime qu’il y a environ 11 millions de clandestins. Les frontières sont de plus en plus contrôlées. Aux quotas ethniques a succédé une limitation par le nombre (800’000 personnes par an).

Les Etats adoptent de plus en plus un système intermédiaire entre le tout libéral et le tout répressif. Ils essaient de trouver un équilibre entre l’ouverture et la fermeture (en invoquant des raisons de sécurité) et tiennent donc un discours contradictoire.

A une question sur l’attrait des prestations sociales pour les migrants, Catherine de Wenden répond que les immigrés ne se rendent pas en France pour cette raison. En effet, précise-t-elle, les droits sociaux y sont liés à la durée du séjour.

Pourtant, dans le hors-série n°3 du Cri du contribuable de juin 2010, une étude très documentée montrait que le solde des dépenses et des recettes de l’immigration était un déficit de plus de 30,4 milliards d’euros, soit 1,56% du PIB, tandis que celui de l’émigration était un déficit de près de 8 milliards d’euros, soit 0,4 % du PIB.

A l’époque, il y a trois ans, "les prestations sociales forment 14% du revenu des ménages immigrés contre 5% du revenu des autochtones"...

Philippe Karsenty, maire-adjoint de Neuilly-sur-Seine, explique pourquoi, dans le domaine des médias, il est impossible de prendre des risques et des initiatives individuels.

En effet, l’Etat contrôle tout, soit via des contrats publics (Le Figaro), soit via des subventions (Rue 89).

C’est dans ce contexte qu’il est possible de faire des manipulations médiatiques, graves de conséquences, en toute impunité, comme le conférencier en a fait l’expérience.

Philippe Karsenty s’est ainsi aperçu un jour que le reportage du 30 septembre 2000, diffusé dans le 20 heures de France 2, sur la mort du petit Mohammed al-Dura et sur les blessures par balles de son père, était une mise en scène accréditée par la chaîne et son commentateur Charles Enderlin. Et que, du coup, il avait été repris sans esprit critique par toutes les chaînes de télévision du monde.

A l’aide de diapositives, tirées de ce reportage de 50 secondes, le conférencier démontre qu’il y a bien eu mise en scène. Des snipers israéliens auraient tiré sur le père et son jeune fils à 80 mètres de distance. Il y aurait eu 45 mn de tirs. Le père aurait reçu 12 balles et le fils 3. Or il n’y a pas de traces de sang et les impacts de balles visibles sur le mur derrière les victimes sont circulaires au lieu d’être ovales, alors qu’elles ont été tirées sous un angle de 30°...

Ce bidonnage a été exploité dans le monde entier. Ben Laden l’a utilisé dans une cassette vidéo pour recruter avant les attentats du 11 septembre 2001. Le journaliste Daniel Pearl a été égorgé pour venger la mort du petit Mohammed. Des timbres-poste représentant cette scène ont été imprimés dans le monde musulman. Un monument a été érigé en mémoire de Mohammed sur la Place de l’Enfant Martyr à Bamako...

En 2002, Philippe Karsenty tente de faire connaître la vérité sur cette supercherie, mais personne ne l’écoute, toutes les chaînes étant coutumières du bidonnage... En 2003, il monte une agence de notation des médias, Media-Ratings, pour évaluer la fiabilité des informations diffusées par les grands médias.

En 2004 il accuse France 2 de mise en scène de la mort du petit al-Dura. Il est poursuivi en diffamation par la chaîne. En 2006 il présente des rushes de la chaîne publique sur lesquels on peut voir le jeune Mohammed levé le coude après sa mort... En dépit de l’avis du procureur qui lui est favorable, il est condamné (tous les médias font corps avec Charles Enderlin et la plupart des journalistes pétitionnent pour lui...).

Le 21 mai 2008, la Cour d’appel de Paris prononce la relaxe de Philippe Karsenty avec des attendus sévères pour France 2 et Charles Enderlin. Lesquels se pourvoient en cassation.

En juillet 2009, Charles Enderlin est décoré de la Légion d’honneur par Bernard Kouchner... sans doute pour le récompenser d’avoir mis le feu à la planète...

Le 28 février 2012 la Cour de cassation casse le jugement qui relaxait Philippe Karsenty contre l’avis du procureur général : le tribunal ne pouvait pas ordonner à France 2 de montrer ses rushes...

Le 26 juin 2013, cette fois la Cour d’appel de Paris, devant laquelle l’affaire a été renvoyée, condamne à 7’000 € d’amende Philippe Karsenty, au motif qu’en 2004 il ne disposait pas des éléments suffisants pour dire que le reportage de France 2 était bidon... Cet arrêt n’a été communiqué à Philippe Karsenty qu’après le délai pendant lequel il pouvait se pourvoir en cassation...

En 2010, Pierre-André Taguieff avait consacré une centaine de pages (sur 568) de son livre sur La nouvelle propagande antijuive à l’affaire al-Dura. Zéro personne dans les médias n’en avait, et n’en a, parlé...C’est dire si le rouleau compresseur médiatique est fort... Et que rares sont les médias libres en France, tels que Radio Courtoisie ou Causeur, par exemple.

Benoît Malbranque est étudiant en finance et chercheur associé à l’Institut Coppet.

A 21 ans il est déjà l’auteur de deux livres : Le socialisme en chemise brune et Introduction à la méthodologie économique.

Le plus jeune des conférenciers de ce 5ème Week-End de la Liberté a donc eu l’honneur d’en être le dernier intervenant et de traiter du thème général retenu "au cours de l’histoire et dans l’avenir".

L’histoire permet en effet de confirmer des théories abstraites, de les illustrer et de les tester, d’en définir les limites.

Benoît Malbranque s’est intéressé à l’histoire de deux pays, au cours d’une longue période, mais tout de même limitée.

La Grèce antique se caractérise par une absence de progrès technique et économique. Pourquoi ?

Pendant des siècles, les habitants se livrent aux mêmes types de culture. L’agriculture représente 80% de l’activité. Il y a peu d’artisanat. Il n’y a pas d’inventions techniques.

L’Etat gère les bâtiments, les aménagements, les ateliers publics. Le travail est indigne d’un homme libre. Le commerce est déconsidéré et réservé aux étrangers ou aux esclaves. Aristote dénonce l’accumulation illimitée de richesses.

Dans A history of greek economic thought , Albert Augustus Trever, parle d’interventionnisme étatique, et Henri Francotte, dans L’industrie dans la Grèce ancienne, parle d’allocations versées qui paralysent l’activité individuelle et économique et qui préfigurent l’Etat-providence tel que nous le connaissons.

La liberté politique ne doit pas être confondue avec l’initiative individuelle. D’autant que chaque personne, à l’époque, est rattachée à une maisonnée, l’oikos, qui est à la fois un lieu commun d’habitation et de production, et qui représente une famille élargie jusqu’aux esclaves.

Il s’agit donc d’une socialisation. Il existe une barrière morale au progrès. La mentalité productive et entrepreneuriale est absente. On peut dire qu’il y a un encouragement à la paresse.

La Chine, de 2’000 ans avant JC jusqu’à la fin du XVIIIe, au contraire, se caractérise par son inventivité. Pourquoi ?

Le semoir est inventé 2’000 ans avant JC, l’alcool entre 2’000 et 1’600 ans avant JC, le papier au Ier siècle, le sismographe et l’anesthésie au IIe, le parapluie au IVe, le papier monnaie au IXe, la poudre à canon au Xe, l’imprimerie au XIe etc.

Voltaire et Diderot admirent la Chine. François Quesnay, dans Le despotisme de la Chine (1767), révèle qu’en Chine il n’y a pas d’impositions arbitraires, pas d’exactions de publicains et que le droit, la liberté et la propriété fondent la prospérité de cet empire. Pierre Poivre, dans Voyages d’un philosophe (1768), loue la stabilité institutionnelle de la Chine et le respect de la propriété.

Si l’agriculture chinoise est si florissante, c’est donc grâce à la liberté et à la conservation des droits de propriété. Mais il y a des raisons additionnelles à cette prospérité : le mérite individuel, la sacralisation et la valorisation du travail, le wu-wei - le non agir - de l’Etat qui ne s’occupe pas d’économie mais accompagne la nature.

Que faire à l’avenir ? Force est de constater que l’initiative et la propriété individuelles sont efficaces et sont des facteurs de productivité. Mais il y a d’autres causes de prospérité, qu’il convient d’étudier pour en tirer des leçons : la défense de l’entrepreneuriat, la revalorisation du travail, de l’effort etc.

Francis Richard