Cercle Frédéric Bastiat

2016-09-28 20:16:29

Tribute to Jacques de Guenin

Hommage de David Hart du Liberty Fund.

, par David Hart

By David M. Hart (Oct. 25, 2015).

L’Editeur en Chef des Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat publiées par le Liberty Fund, l’homme d’affaires français Jacques de Guenin (1931-2015), nous a quittées ce weekend dernier. David Hart, éditeur de la Bibliothèque de la Liberté en-ligne (OLL) réfléchit à la contribution de Jacques à la redécouverte de la liberté des deux côtés de l’Atlantique :

"J’ai rencontré Jacques pour la première fois en 2004, lorsqu’il est venu au Liberty Fund pour discuter du projet de traduction que nous avions entrepris suite à son inspiration et sous sa direction éditoriale. J’ai fait la connaissance d’un homme charmant, au doux parler, manifestement très attaché à Bastiat, au principe de la liberté individuelle, et au projet de traduction. Et son amour pour Bastiat a déteint sur nous.

Je ne sais pas très bien quand Jacques découvrit pour la première fois l’œuvre de Frédéric Bastiat, mais je crois que c’était vers la fin des années ’80, quand il avait pris sa retraite et avait davantage de temps à consacrer à d’autres activités. Il tomba sur les traductions américaines de certaines œuvres de Bastiat que la FEE (Fondation pour l’Education Economique) avait publié en 1964 et découvrit avec grand plaisir que Bastiat était landais. Poussant plus loin ses recherches, il trouva des copies de livres de Bastiat depuis longtemps oubliés chez des bouquinistes français, puis découvrit le buste de Bastiat dans le village de Mugron, à peu de distance d’où lui-même habitait. Quelle coïncidence extraordinaire ! Jacques décida alors de créer le Cercle Bastiat en 1990, ce qui initia la renaissance de Bastiat en France, renaissance qui se poursuit aujourd’hui, grâce entre autres à la réédition sous la direction de Jacques des Œuvres Complètes, la première depuis plus de 140 ans.

Mais Jacques ne se contentait pas de faire redécouvrir aux Français les œuvres de Bastiat. Il avait bien plus d’ambition que cela. Il voulait porter à l’attention du monde anglophone tout le corpus de l’œuvre de Bastiat, et pas seulement le tiers qu’avait publié la FEE 40 ans plus tôt. En homme amoureux de la liberté, il avait une vision ; et en homme d’affaires, Jacques avait les qualités d’entrepreneur qui lui permirent de persuader certains membres du conseil d’administration du Liberty Fund, qui se trouvaient à Mugron en 2001 pour le bicentenaire de la naissance de Frédéric Bastiat, de se lancer dans le projet gigantesque et couteux de traduire toute l’œuvre de Bastiat en anglais. Quinze ans plus tard, deux très gros volumes sont imprimés, deux autres sont à un stade avancé de production, et il en reste deux à venir. Lorsque nous aurons terminé, nous aurons l’édition la plus complète et la plus érudite des œuvres de Bastiat, édition qui, je le crois, conduira à une véritable renaissance dans l’étude et l’appréciation de ce grand défenseur de la liberté individuelle. Ceci est entièrement imputable au travail et au dévouement de Jacques de Guenin.

Jacques personnifie également le rapport étroit qui existe depuis plus de 250 ans entre les amoureux de la liberté en France et en Amérique. Le lien entre Bastiat et Jacques illustre parfaitement cette relation. Les idées de Bastiat sont arrivées en Amérique ; Jacques a découvert Bastiat en lisant des éditions américaines de ses œuvres ; ensuite Jacques a réintroduit les idées de Bastiat en France, puis de nouveau en Amérique avec le projet de traduction du Liberty Fund. Ainsi la diffusion des idées libérales françaises a fait plus qu’un cercle complet, avec Jacques à l’épicentre.

J’aimerais conclure sur une note plus personnelle. Le Liberty Fund m’a demandé d’aider Jacques à préparer la traduction pour la publication, puisque j’avais travaillé auparavant sur la pensée libérale française du 19ème siècle, en particulier sur l’œuvre de Charles Comte, Charles Dunoyer et Gustave de Molinari. Je connaissais l’œuvre de Bastiat, mais l’avais écarté comme étant "simplement" un très bon journaliste économique, ce qui était le point de vue classique des universitaires et qui provenait du jugement très négatif émis par Schumpeter dans les années 1950. Jacques a eu le courage de refuser ce rejet et de soutenir que Bastiat était beaucoup, beaucoup plus que cela. Ses efforts pour rééduquer le monde au sujet de Bastiat commencent à porter leurs fruits et continueront à le faire bien après son décès. A cause de l’attachement de Jacques à Bastiat et à ses idées, j’ai été obligé de réévaluer l’œuvre de Bastiat comme celle d’un théoricien économique et politique original et d’un défenseur dévoué à la cause de la liberté. Je veux remercier Jacques de tout cœur d’avoir réussi cela et je pense que je ne serai pas le dernier à le faire.

Comme Bastiat, Jacques était un homme voué à la mise à nu du mensonge économique et un véritable ami de la liberté. Je regrette sa disparition et je salue sa contribution à la redécouverte de la liberté des deux côtés de l’Atlantique.
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