Les bonnes intentions humanistes ne garantissent pas le libéralisme !...

  • 0
  • 85

 



… Trop souvent, elles viennent légitimer les réformes d’un paternalisme… plus ou moins libéral.



C’est ainsi que, depuis 2012, les présidents ont présenté aux électeurs des programmes très… humanistes, mais dans le cadre de projets trop abstraits.



C’est ainsi que l’on évoque de façon rituelle l’Égalité des chances (François Hollande) ou, avec l’audace théorique d’Emmanuel Macron, l’émancipation. Dans son livre Révolution (2017), ce dernier affirmait son « projet fou d’émancipation des personnes et de la société », la France comme start-up nation !



Mais, faute de résultats suffisants (réalité et perception), le premier n’a pas pu se représenter et le second n’a pas obtenu la majorité absolue aux élections législatives du 19 juin 2022.



Le phénomène en croissance constante et inquiétante pour la santé démocratique est l’abstention… ne citons ici que le chiffre record de 53 % des élections du 19 juin 2022.



Le constat, après cette évocation rapide de deux styles de gouvernance (?) très différents, est qu’il manque à notre classe politique (majorité et opposition !) une compréhension plus précise du comportement humain… qui permettrait un meilleur réglage stratégique du couple coopération-concurrence, et de formuler la doctrine permettant de développer une stratégie pédagogique vers la population.



Ces deux Présidents ont cependant porté l’intuition qu’il faut rompre – sans le dire ! – avec une société administrée. La désignation négative, par leurs opposants, de leur style de management du pays témoigne de cette ambiguïté :



– Dérive sociale-libérale pour François Hollande, qui pensait social-démocratie (elle-même dénoncée comme une dérive pour un socialisme plus marxiste).



– Dérive libérale pour Emmanuel Macron, très rapidement désigné comme « président des riches ». Avec le marqueur de la suppression de l’impôt sur la fortune.



£ L’objet de cette courte synthèse du livre est de proposer un diagnostic permettant de comprendre les causes et l’intensité de la perception négative du libéralisme.



£ Le sujet est de démontrer, avec les connaissances validées de la psychologie scientifique1, que le comportement humain (individuel et collectif) est toujours un compromis entre coopération et concurrence. Et cela, en fonction des Besoins Humains Fondamentaux (BHF) émergents dans un environnement particulier.



£ L’objectif est de vous inciter à participer à la reconstruction des partis politiques fondés sur un libéralisme authentique et capables d’élaborer un projet stratégique, fondement de programmes évolutifs.



– L’affirmation des valeurs de la République ne soutient plus un désir de vivre ensemble suffisant pour le civisme de base : Voter !



Le couple fondateur de la République : Liberté Fraternité (1789) n’a été enrichi par le terme « fraternité » qu’en 1848 ! Fraternité comme l’expression d’un idéal permettant de réguler les conflits entre des conceptions souvent antagonistes entre la liberté et l’égalité… et le terme « laïcité » vient désormais compléter notre devise, comme une tentative supplémentaire pour contenir la dérive séparatiste.



En ces temps de crise qui se cumulent et s’intensifient en provoquant l’anxiété nationale (et mondiale !), les acteurs politiques du haut de la hiérarchie démocratique essaient de restaurer un récit national. Ainsi, le 23 avril 2021, Gérard Larcher, président du Sénat, indiquait : « Nous sommes en plein débat entre le Sénat et l’Assemblée nationale sur les valeurs de la République. »



Mais cette indifférence croissante peut être qualifiée d’anomie (rejet et colère contre la classe politique) quand on observe le comportement électoral… des jeunes : l’abstention à 70 % des 18-24 ans et de 60 % des 25-35 ans est un phénomène catastrophique pour l’Égalité des chances, au niveau des individus, mais aussi pour l’intelligence collective du pays. L’image globale fournie par des sondages (synthèse) est alarmante. Ainsi, pour les 18-24 ans :





  • 51 %… seulement se déclarent très attachés à la démocratie ;




  • La politique inspire des sentiments négatifs pour 70 % et un sentiment de colère pour 39 % ;




  • – Déclin économique et désir de sécurité… Notre pays, depuis la fin des Trente glorieuses connaît des difficultés économiques constantes (cf. indicateur du chômage2) et 80 % des Français estimant que l’autorité est une valeur trop souvent critiquée, manifestant souvent – en même temps – le désir d’un vrai chef qui remette de l’ordre.




  • Dès lors, la question centrale pour l’avenir de notre démocratie républicaine est : Que faire pour les « perdants » d’aujourd’hui… et pour leurs enfants ?





Que faire pour rompre le cercle vicieux évoqué par le Président le 12 juin 2018 auprès de ses conseillers : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Cet extrait, hors contexte, a suscité de nombreuses réactions indignées. Mais, quand on analyse l’ensemble de la séquence, on constate que le Président affirmait à ses conseillers : « Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté » et « les gens pauvres restent pauvres… on doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… »



Et, en effet, les gens pauvres (environ 10 % de la population en France) sont à la fois trop démunis matériellement et culturellement pour pouvoir exercer un réel pouvoir sur le fonctionnement politique. De surcroît, les classes moyennes populaires sont souvent aussi menacées de précarité (cf. épisode dit des « Gilets jaunes »).



Osons une description délibérément caricaturale de la répartition actuelle du pouvoir politique. Notre démocratie libérale au sens politique souffre de façon évidente de la prééminence du Président (modulée selon le style présidentiel) qui ne permet probablement pas l’utilisation optimale de l’intelligence collective. Et, selon que la gauche ou la droite est au pouvoir, les conflits socio-économiques et sociétaux se règlent – ou pas ! – entre des pouvoirs qui sont trop faiblement représentatifs (élus et syndicats notamment !).



£ La famille de gauche accentue les aspects protection-solidarité avec la conception d’une égalité insuffisante. Cette volonté d’égaliser les situations des personnes (revenus et statuts) supposées victimes des injustices d’un système de concurrence brutale, peut générer des stratégies égalitaires, qui rendent indiscernables les efforts pour améliorer l’Égalité des chances. Les perceptions et les stratégies de gauche sont largement déterminées par une représentation (modèle implicite) de la nature humaine considérant que l’être humain est naturellement coopératif, pacifique… fraternel. Vision d’une coopération où la concurrence introduit un poison générateur de conflits… Dès lors, cette représentation idéalisée (faute à Jean-Jacques Rousseau ? Mais aussi à Lénine !) peut aboutir à la conviction que, par la culture, l’on peut empêcher l’émergence du poison concurrence. Et des théories dérivées du marxisme peuvent imaginer « les lendemains qui chantent », puisqu’il s’agit de rectifier par la volonté politique les manipulations culturelles d’une classe dominante prédatrice.



£ La famille de droite accentue la nécessité de se fonder sur la responsabilité individuelle en augmentant la liberté de prendre les initiatives et par conséquent en réduisant au minimum les normes qui contraignent l’individu au-delà de la maxime Ne pas faire à autrui ce que nous ne supporterions pas qu’il nous fît. Depuis l’après-guerre se sont succédé des gouvernements très dirigistes, où le parlementarisme en matière sociale-sociétale était accompagné par un libéralisme technocratique…



La représentation implicite de la nature humaine est largement héritée de l’interprétation par les religions (pour nous, le catholicisme) d’une nature animale (les mammifères !) où la concurrence pour la procréation (croissez et multipliez !) doit cependant être régulée au nom d’un idéal de fraternité qui exclue la concurrence délétère… et permet de recruter large.



Dès lors, cette représentation considère la concurrence comme le facteur clef de la créativité, à condition, affirme la théorie, qu’elle soit « libre et non faussée » (projet de constitution européenne).



£ Ces deux versions simplifiées pourraient aboutir à la simplicité d’un slogan : À gauche, la nature humaine, c’est la coopération. À droite, la nature humaine c’est la concurrence. Mais cette simplification (qui) permet d’observer le clivage des valeurs retenues comme signification de la vraie nature humaine par la gauche et la droite. Par exemple, une gauche radicale (mais aussi celle des (les) Chrétiens sociaux) peut estimer que l’accueil des démunis est un devoir, là où la droite radicale exige de défendre son territoire, en limitant les dissemblances culturelles.



La limite des discours politiques fondés sur des valeurs peut faire illusion en période faste (les Trente glorieuses) quand les gouvernements peuvent satisfaire des revendications d’égalité par une générosité égalitariste. Mais les crises brouillent la simplicité des clivages idéologiques… à tel point que le Rassemblement National s’est autoproclamé « le plus laïc des partis » en raison de sa détermination conjoncturelle à lutter contre le séparatisme de type religieux, en l’occurrence de l’islam radical.



Nous savons, de très longue expérience historique, que les crises graves permettent l’instrumentalisation de convictions religieuses assoupies, pour créer des mobilisations populaires puissantes.



Nous sommes en crise grave et durable et notre fonctionnement démocratique est menacé par l’espérance confuse suscitée par le fonctionnement supposé plus efficace de démocraties dites « illibérales ». Le mouvement de retour au peuple, à droite comme à gauche, cherche donc son chemin par des affirmations aussi floues que le discours traditionnel des valeurs le permet. C’est ainsi que, Éric Woerth, ex-dignitaire LR, ayant opté pour le soutien au Président, a déclaré (le 29 avril 2022 sur LCI) : « La France piétine sur l’Égalité des chances, alors que c’est sa marque […] il faut que des enfants mieux formés puissent avoir les capacités pour choisir leur destin […] ».



Mais la stratégie du gouvernement pour mettre en musique l’idéal d’émancipation est restée floue, partielle… et tardive. Il a fallu attendre le 29 janvier 2021 pour que Jean Castex (Premier ministre d’alors) se déplace à Grigny – avec sept ministres – pour lancer son agenda en faveur d’une Égalité des chances. Donc 3,3 milliards d’euros pour les quartiers prioritaires de la ville. Ce déplacement lui a permis d’évoquer « [la] crise de l’ascenseur social, celle de l’Égalité des chances, celle de la capacité de chacun à se réaliser selon ses mérites et ses talents » …



– La renaissance politique doit donc commencer par le constat d’un modèle plus réaliste du comportement humain.



£ Il y a bien une nature humaine caractérisée par des invariants qui se sont constitués au cours des millions d’années d’existence du genre homo, des centaines de milliers pour homo sapiens… Invariants contre lesquels la dizaine de milliers d’années d’une culture répertoriée ne peut guère changer l’essentiel. Notamment l’efficacité de la reproduction sexuée avec les mécanismes de la sélection sexuelle3. La vision culturelle affirmant la liberté nouvelle de choisir son genre, pour plaisante qu’elle soit, ne repose sur aucune démarche scientifique validée dans le cadre de ce qu’on appelle la théorie du genre.



La théorie de l’évolution est très rarement évoquée dans les débats de société, par ignorance journalistique, mais surtout parce que Charles Darwin (1809-1882) a mauvaise presse auprès des intellectuels médiatiques. Sa théorie a beaucoup dérangé et bouscule encore les idées après cent soixante-deux ans (voir à ce sujet le courant créationniste aux États-Unis), mais stimule l’esprit par sa rigueur scientifique qui oblige !



Il nous semble que la diabolisation ou le dédain envers cette théorie, toujours pertinente sur l’essentiel, est liée à son interprétation abusive (dénoncée par Darwin lui-même) par Herbert Spencer (1820-1903), qualifiée de « darwinisme social ». Spencer, en vulgarisant l’idée d’un ordre naturel régenté par la loi du plus fort, abolit l’espoir d’une fraternité élaborée par les progrès de la culture humaine. Cette caricature a cependant permis – et permet encore ! – d’argumenter des théories racistes… Les hypothèses évolutionnistes, confortées par la recherche génétique, permettent d’affirmer raisonnablement que l’empathie, comme la concurrence, ont leurs structures dédiées permettant les coopérations et organisations hiérarchiques pour des groupes humains de plus en plus nombreux et divers. Coopération et concurrence : ces deux grands invariants sont évidemment observables en fonction des déclinaisons diverses élaborées par des civilisations (mortelles !) évoluant dans des environnements très différents. L’on sait bien que des changements climatiques ont joué un rôle un rôle crucial pour certaines des disparues. Ces invariants nous permettent à la fois de simplifier l’extraordinaire profusion du langage des valeurs et de proposer un modèle du comportement humain déterminé par les Besoins Humains Fondamentaux (BHF).



Un bref énoncé de quatre valeurs cardinales4 est nécessaire.



Le sentiment universel de la justice… que l’on peut désigner par équité mais qui n’a qu’un rapport lointain avec l’égalitarisme.



La revendication générale du respect. Ce terme introduit par le ministre Blanquer comme un objectif essentiel (lire, écrire, compter et respect) pour l’école primaire est le symptôme d’une société effervescente où la communication peut devenir très rapidement agressive.



La solidarité qui est évidemment la condition d’une coopération efficace.



L’autonomie qui permet de choisir, en toute connaissance de cause, une stratégie de coopération ou de concurrence pour résoudre un problème.



£ Le modèle des BHF et sa dynamique en fonction d’un environnement donné. Le modèle initial a été élaboré par le psychologue américain Abraham Maslow qui sur la base de son expérience de thérapeute a hiérarchisé l’importance des BHF.



L’hypothèse simple et de portée générale est que nous n’éprouvons de façon pressante les besoins de niveaux supérieurs que si les besoins de niveaux inférieurs n’accaparent pas toute l’énergie dont nous disposons pour faire face aux exigences de survie et de sécurité. Notre expérience nous permet de valider intuitivement… mais, pour autant, cette distribution de l’énergie n’est pas mécanique. Il y a nécessairement – quoi qu’il advienne dans notre environnement – un niveau minimum sur chacun des BHF.



C’est pourquoi le statisticien Jean-Marie Faverge5 s’appuie sur une base d’observation adéquate. Mais également pour le niveau 3 permettra d’illustrer, en arrière-plan des BHF, la présence des invariants. Mais également, pour le nouveau niveau 3 (synthèse des niveaux 3 et 4 de Maslow), elle nous permettra de réfléchir sur les contradictions potentielles entre les trois aspects (1. Appartenance ; 2. Être reconnu ; 3. Se différencier) selon l’environnement. Coopération-concurrence !



Voir schéma proposé page suivante.



 



 


 



Pour certains auteurs6, le besoin de réalisation de soi pourrait correspondre aussi à un besoin de spiritualité qui serait universel. Mais nous n’avons pas d’observations de nature biologique attestant de ce supposé besoin universel



Au-delà des convictions personnelles sincères, nous constatons fréquemment que l’affirmation d’une âme immortelle est un anxiolytique présent dans toutes les civilisations permettant – éventuellement – de tempérer notre peur de mourir. Toutes les religions ont instrumentalisé cette peur naturelle, associée à la pensée magique – tout aussi naturelle – pour unifier un monde de tribus antagonistes.



La conviction que nous développons dans cet essai repose sur l’évidence d’une seule espèce humaine, dont les variantes génétiques ne peuvent évidemment pas donner lieu à une hiérarchisation de races.



Mais nous observons que la peur humaine matérielle et banale de l’étranger (la xénophobie, du grec ξένος, xénos : étranger, étrange, hôte) dans certaines conditions se transforme en rejet qu’il sera souvent pratique, mais faux de désigner comme racisme. Comme le propose Albert Memmi, « le racisme est la justification du raciste ».



£ Ce modèle peut contribuer à une renaissance, en ce qu’il permet un diagnostic global plus précis sur la dynamique sociale qui se développe en période de crises.



Nous comprenons aisément que, pour les catégories les moins nanties matériellement et culturellement, les besoins émergents sont les niveaux 1 et 2.1 (sécurité matérielle). De même pour les classes moyennes modestes qui perdent également souvent leur sécurité psychologique (niveau 2.2) : soit la sécurité de l’emploi et l’accès à la propriété… Ces niveaux 1 et 2 constituent la base des programmes électoraux et souvent l’essentiel de ceux qui s’installent sur une démagogie paternaliste (populisme). Mais les partis de gouvernement doivent également convaincre sur les progrès à accomplir sur les niveaux 3 et 4.



Nous savons que le besoin d’être reconnu (3.2) est fondamental dans la relation au pouvoir, que ce soit au niveau individuel (cadre familial par exemple) ou dans nos collectivités d’appartenance (entreprises, associations, nations). La valeur cardinale de respect peut entrer en contradiction avec la valeur non moins cardinale de solidarité qui caractérise le besoin d’appartenance (ou affiliation niveau 3.1).



C’est ainsi qu’on peut insister sur les erreurs de la communication politique en évoquant l’émotion provoquée par la déclaration de Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement), le 28 octobre 2018 : « Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel ». Déclaration ressentie comme méprisante et témoignant, pour celui qui l’émet, de sa conviction d’être dans le camp du bon et du bien



Nous appartenons tous à différents groupes qui influencent nos comportements :





  • Le groupe familial ;




  • Le groupe des pairs, des amis, des partenaires (de travail ou de loisirs) ;




  • Les groupes de militantisme (partis politiques, syndicat, association) ;




  • Le groupe national





Faute de satisfaction (intégration) dans l’un de ces groupes, nous pouvons nous en retirer de façon plus ou moins radicale. Au niveau global, l’anomie est le constat d’une désaffiliation vis-à-vis du groupe national…



£ Le modèle des BHF permet d’élaborer un diagnostic plus précis en obligeant à prendre de la distance par rapport à sa propre perception du réel. Exercice difficile, car nous percevons tous la situation où nous agissons, en fonction de nos besoins. Les acteurs politiques qui ne tiennent pas compte suffisamment de cette caractéristique universelle auront tendance à rejeter (effet Griveaux) le comportement des autres, sans chercher à comprendre l’origine de leurs perceptions et comportements. Par conséquent, le matériau de base des acteurs politiques c’est, non pas seulement la prise en compte d’une réalité objective et vérifiable sur un sujet (par exemple la délinquance) … mais le recensement de perceptions variables selon des groupes différents.



£ Le paternalisme de façon générale consiste à considérer que ma perception du bon et du bien est la mieux adaptée pour l’imposer. Avec les enfants, cela peut autoriser tous les conditionnements (idéologiques ou religieux) sur l’esprit en formation. En politique, les adultes que l’on veut convaincre vont réagir en fonction de leur équation personnelle (et de leur groupe principal d’appartenance) au niveau 3 et 4. Les stratégies politiques qui négligent le diagnostic spécifique pour ces BHF de niveau 3, peuvent s’exaspérer avec des tactiques – si elles en ont les moyens – de carotte et bâton ou bien manipulatoires. Par conséquent, l’on a pu observer pour notre pays (2020-2022) des tactiques qui, sans être gravement attentatoires aux libertés, n’étaient évidemment pas de nature à former et impliquer les citoyens.



– Et c’est là que l’on peut tenter une définition générale du libéralisme. Sans négliger aucune des rubriques du modèle, il va se développer pleinement par une attention scrupuleuse aux besoins d’être reconnu (niveau 3.2) et de se différencier (niveau 3.3). Satisfaire au mieux ces BHF signifie construire un système politique assurant la liberté de pensée et la liberté d’expression. Un système qui donc doit constituer des dispositifs robustes pour établir une concurrence des idées « libre et non faussée ». Ces conditions nécessaires pour permettre aux individus et aux collectivités de s’extirper des conditionnements et des idées reçues, doivent s’accompagner d’une organisation pertinente de la liberté d’expression. Celle-ci est évidemment proclamée par l’ensemble des partis représentés au Parlement. Il faut cependant insister sur le paradoxe d’une incohérence intellectuelle qui frappe, plus ou moins, la plupart des partis actuels. Tous sont évidemment d’ardents défenseurs du débat démocratique pour aller au fond des choses. Tous peuvent donc admettre la liberté de pensée et la liberté d’expression de leurs adversaires dans le cadre d’une organisation des débats permettant une concurrence libre et non faussée. (Mais) Cependant, ce principe de concurrence, nécessaire pour déterminer la solution la mieux adaptée (qualité technique et qualité d’acceptation), fait l’objet de suspicion ou de rejet, dès lors qu’il s’agit de l’organisation économique du pays. Dans ce domaine, la concurrence n’est plus perçue – par la famille de gauche notamment – comme facteur de progrès… mais comme le danger constant d’une loi de la jungle. Cela, avec des formulations qui ont provoqué une perception tenace de menace sur les niveaux 1 et 2 des BHF de la part des populations les moins nanties. Perception provoquée par des expressions célèbres du type : « C’est le renard libre dans le poulailler libre de l’évêque Jean-Baptiste Lacordaire » La loi du plus fort ! Ou bien encore : « C’est le triomphe du chacun pour soi ». Pour finir, la célèbre formule « La propriété c’est le vol » que Proudhon reniera finalement. La période de crises n’est évidemment pas favorable pour redresser cette image d’une société injuste (capitalisme libéral ?!) alors que la dynamique sociale générale est une recherche de protection (BHF de niveau 2 et recherche d’un chef protecteur). La prudence des partis politiques (en France et en Europe) à s’affirmer libéraux est donc compréhensible. Cependant le renouveau de la pensée politique et la renaissance de partis crédibles, se feront en acceptant la concurrence des idées sur tous les sujets problématiques dans les trois domaines : le fonctionnement politique ; le fonctionnement économique et social ; le fonctionnement dit « sociétal ».



– L’État régalien est nécessaire… mais pas suffisant ! Bien entendu, il faut des lois un Conseil constitutionnel pour organiser finement cette concurrence, pour produire la perception d’une compétition équitable entre les parties prenantes (mais il en va ainsi dans les compétitions sportives, avec un arbitrage rigoureux). L’effondrement progressif des partis de gouvernement (LR et PS) est lié à la perception négative que le système (pour parler comme le RN) est devenu une démocratie élitaire où de très nombreux élus sont plus préoccupés par leur prochaine élection que par les prochaines générations. Le peuple oublié !



Et c’est ainsi que nous retrouvons notre question initiale : Que faire pour les perdants d’aujourd’hui… et pour leurs enfants ? Et là, il nous faut poser les principes d’une véritable stratégie pour un État pédagogue…



£ L’État pédagogue devra donc veiller dans le cadre strict de ses fonctions régaliennes à l’organisation de tous les diagnostics permettant les hypothèses d’améliorations des conditions permettant l’Égalité des chances, pour une participation effective des citoyens aux débats de l’organisation politique et sociale du pays.



£ Nous n’insistons pas dans cette synthèse sur l’extrême importance de l’éducation tout au long de l’enfance à la démarche de la pensée scientifique… Et cela pour tous les sujets prévus pour préparer l’exercice effectif de la citoyenneté. À cet égard, la laïcité doit être affirmée solennellement, non pas comme une valeur supplémentaire, mais comme le principe qui permet d’organiser le débat démocratique, en précisant les règles strictes pour l’organisation des prises de parole. Il s’agit donc d’éviter l’emballement émotionnel et de favoriser l’écoute des arguments. Ce qu’on appelle parfois les méthodes de communication non violente, peut inspirer toutes les méthodes pédagogiques.



S’agissant de cette éducation fondamentale, l’objectif n’est pas d’imaginer une égalisation des performances dont nous savons qu’elle est également déterminée par le potentiel génétique et par l’héritabilité sociale. Si, pour la première on ne peut que constater l’inégalité naturelle (on parle de « doué », ou pas, pour telle ou telle activité !), par contre pour la seconde, l’État pédagogue doit veiller à l’égalisation des conditions matérielles et intellectuelles (équipements, méthodes pédagogiques) pour une compétition équitable.



La finalité de cette stratégie étant que tous les enfants de notre pays prennent suffisamment confiance en eux pour assurer leur liberté de pensée avec l’acquisition des moyens permettant la liberté d’expression. Il s’agit de les convaincre quelle que soit leur situation ultérieure qu’ils peuvent et doivent défendre leurs convictions pour une démocratie vivante et juste.



£ Pour ce qui concerne les adultes qui ne se sentent plus concernés par le fonctionnement démocratique, l’État pédagogue peut au moins informer de façon plus précise. On sait que les fake news diffusent à grande vitesse des informations qu’une vérification rigoureuse met six fois plus de temps, dit-on, à établir. Pour informer de façon plus respectueuse du débat public, l’État pourrait, par exemple, diffuser plus simplement les statistiques dites « ethniques ». Mais la peur de stigmatiser peut aussi produire des rumeurs caricaturales et dissuade les gouvernants. Pour ce qui concerne les dispositifs actuels de concertation (CNR, conventions citoyennes, ou Grand débat), l’on peut admettre les critiques de François Bayrou, estimant qu’ils ne favorisent pas véritablement la formation des citoyens, déjà trop souvent enclins à penser : « Tout ça, c’est de la com ! »



Les deux aspects Informer et Concertation pourraient permettre de mieux intéresser à la vie politique, mais les gouvernements ne savent pas ou ne veulent pas ?! À quoi bon émouvoir les populations, si l’on peut décider dans le cadre plus rapide de la démocratie élitaire.



Le grief qui se développe de façon plus ou moins radicale est le suivant : « On transforme les citoyens en spectateurs et en consommateurs et non plus en acteurs. Les droits ne se mêlent plus aux devoirs, à l'engagement et à la responsabilité ». Cette phrase très générale traduit le dépit de Laurent Grandguillaume7 qui ajoute : « En France, c'est dans l'empowerment que l'on échoue, c'est-à-dire dans la responsabilisation des acteurs de la société civile […] notre démocratie procédurale impose de penser les dispositifs dans le champ institutionnel. S’ils sont pensés dans la société civile, il y a alors une reprise en main, car (pense-t-on) la rigueur et le sérieux seraient du côté institutionnel ».



Il y a donc de très nombreux sujets qui devraient être débattus dans un cadre plus général de participation réelle des citoyens8. L’État peut se tenir strictement dans un périmètre régalien, tout en organisant et animant un dispositif permettant de mobiliser l’ensemble des ressources intellectuelles du pays. L’Office parlementaire d’évaluation en collaboration avec le CESE pourrait devenir un animateur d’une stratégie pédagogique de l’État.



– Mais pour être véritablement pédagogue, l’État et les gouvernements devraient rétablir une collaboration beaucoup plus constante avec les partis politiques. Ce sont eux en effet qui devraient être les animateurs essentiels de la vie politique.



– Ces partis du 21e devront élaborer une doctrine permettant de légitimer, aux yeux de l'opinion, la prétention à être des bureaux d'études et des méthodes pour la société. Cette doctrine doit définir la diffusion optimale du pouvoir, pour les trois axes.



Ils devront devenir des bureaux d’études et des méthodes pour proposer des réformes et en faire la pédagogie. À cette condition, ils pourront présenter un projet et un programme permettant une concurrence véritable dans les compétitions aux différentes élections.



Au moment où je rédige cette synthèse, le 10 décembre 2022, on peut discerner quelques signes d’espérance pour le renouveau.



Les concurrents à la présidence du parti LR affirment de façon quasi identique la nécessité primordiale d’élaborer une doctrine fondée sur la collaboration avec l’expertise scientifique. On évoque une « fondation des idées » (Éric Ciotti), une « université militante » (Bruno Retailleau). Dans les deux cas, on affirme « rendre la parole » aux adhérents par des référendums militants.



La grande différence pour ce renouveau est dans le moment où l’on décide de l’incarnation. Cette renaissance des partis ne sera le gage d’un libéralisme assumé que si le Président choisi par le parti respecte le projet élaboré de façon libre et non faussée. Il convient d’en finir avec la succession des Présidents qui imposent leur projet aux partis.



– Du côté PS, un titre de livre peut intriguer : Le big bang social-démocrate (novembre 2022) de Jean-Christophe Cambadélis qui dénonce … « l’incapacité à déchiffrer les tendances lourdes de la société (cf. page 117). Lucidité tardive pour un ancien premier secrétaire du PS… Mais espérons qu’il s’agit vraiment d’une conversion à la démarche scientifique dans des sciences humaines, qui soutiennent souvent de façon très approximative (idéologique) le discours de nombreux politologues autoproclamés.



– Le libéralisme c’est donc la liberté de pensée et d’expression qui s’incarnent dans des dispositifs précis assurant la qualité du débat démocratique. Le fond, c’est la forme ! La laïcité à la française permet d’illustrer ce que doit être un libéralisme assumé. Elle exclut en effet les tentations du communautarisme politique qui en période de crises économiques notamment permet la fermentation de conflits explosifs. Certains valorisent ce type d’organisation en le désignant sous le terme de « tolérance ». Je crois que les libéraux doivent développer un fonctionnement politique où les citoyens ne vivent pas côte à côte, mais essaient de vivre ensemble par le débat démocratique.



 



 



 



 



 



 



 




1 Donc, ni la psychanalyse… ni la psychologie dite « positive ».





2 Voir le constat désabusé de François Mitterrand (1993) : « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé ! » Mais est-ce bien vrai ?





3 Voir à ce sujet le livre de Darwin : La filiation de l’homme, publié en 1871… après la réflexion fondée sur l’œuvre majeure : L’origine des espèces, paru en 1859.





4 Le livre développe de nombreux exemples pour justifier ce choix.





5 Jean-Marie Faverge, psychologue et agrégé de mathématiques, est l’auteur de Méthodes statistiques en psychologie appliquée.



Faverge (J.-M.), Méthodes statistiques en psychologie appliquée, PUF, 1975.





6 Par exemple, les philosophes Luc Ferry ou André Comte-Sponville qui décrivent un besoin spirituel… mais évidemment laïque (L’Amour, la Fraternité ?).





7 Député de 2012 à 2017. En 2016 : auteur et rapporteur de la loi dite des « territoires 0 chômeurs de longue durée » votée à l’unanimité du Parlement et soutenue par de nombreux acteurs du mouvement associatif.





8 Dans le livre sont évoqués les nombreux sujets qui sont en attente d’une réflexion collective efficace.



 



 



Passez de la parole aux actes : faites progresser le libéralisme en France avec le Cercle Frédéric Bastiat


Pour garder son indépendance, le Cercle Frédéric Bastiat ne reçoit aucune subvention. Il ne vit que de vos adhésions et dons. Aidez-nous à populariser les idées libérales. Vous avez 3 façons concrètes de soutenir le Cercle : vous abonner à la revue « Lumières Landaises », adhérer au Cercle, ou donner.


 



Article précédent Et si la Grande Mosquée de Paris s’appelait demain « Mosquée Marie mère de Jésus ? »
Article suivant De quelques conséquences de l’impôt ?
Articles connexes
Commentaires 0
Laisser un commentaire