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Libéralisme, Laïcité, Intégration

La laïcité consiste à ne pas juger les croyances. Il appartient aux individus, et non à l’État, de savoir si leur foi est compatible ou non avec la démocratie et la culture nationale, et d’en tirer les conclusions, c’est-à-dire de rester en France si la réponse est positive, de s’adapter ou de la quitter sinon.
La disparition de l’homogénéité génère des contradictions entre les valeurs importées et les valeurs nationales, et une tentation communautariste qui utilise les droits-liberté pour les réduire. Le respect de la loi républicaine et l’adhésion à la culture française sont des conditions indépassables pour vivre en France. Il ne se discute pas. Les religions qui s’y opposent n’ont pas vocation à être présentes en France.

La leçon de l’Histoire

La situation actuelle en France et dans d’autres pays européens n’est pas aussi catastrophique que pendant l’entre-deux-guerres, mais elle offre une similitude frappante et inquiétante, et l’idéologie socialiste reste influence encore une grande partie de la population française.

En France, toute réforme, même votée, suscite quasi systématiquement des manifestations dont l’objectif avoué est d’en empêcher l’application. Certains partis politiques, en soutenant les contestions de rue, violent la règle démocratique qu’ils devraient soutenir. Le pouvoir démocratique est en difficulté, ne parvient plus à rassembler les citoyens autour d’un intérêt commun.

La perte des autorités traditionnelles est évidente : on conteste les magistrats, les médecins, la police, les enseignants, les élus …, soit par une opposition frontale, soit sur les réseaux sociaux, soit par le recours aux tribunaux. La légitimité de la violence est inversée : celle des manifestants est considérée comme “la seule façon de se faire entendre” et celle des forces de l’ordre est jugée illégitime par une partie de la population sous l’influence des réseaux sociaux et même par certains responsables politiques. Si les autorités traditionnelles ont disparu, celle de l’État est regrettée par certains, mais uniquement lorsqu’elle devrait être exercée sur les autres

L’ÉCHEC DE LA DÉMOCRATIE FRANÇAISE quatrième partie, conclusion

Notre problème est : comment faire disparaître la lutte des classes pour rétablir la fraternité et la confiance entre les citoyens ? Pour Hobbes, diriger un État confronté à des conflits nécessite un pouvoir fort pour les régler. Au XXe siècle, la lutte des classes et la faiblesse des régimes démocratiques ont effectivement amené au pouvoir les régimes totalitaires, fascistes, nazis et staliniens. On en connaît les résultats désastreux. Un pouvoir fort doit rester sous le contrôle des citoyens et respecter les valeurs humanistes : il est indispensable de limiter la puissance du Léviathan de Hobbes par la tolérance de Locke et réciproquement.

L’ÉCHEC DE LA DÉMOCRATIE FRANÇAISE Troisième partie

Dans le chapitre sur les manifestations des Gilets jaunes, Todd prend nettement parti en leur faveur. C’est un événement qu’il considère comme majeur.

En considérant l’augmentation de la taxe sur l’essence et le gasoil conformément aux engagements écologiques de la France comme « une attaque venue du haut de la société », il limite l’écologie à un objectif de l’aristocratie stato-financière. L’analogie avec la taxe sur les poids lourds refusée par les Bonnets rouges en 2013 est évidente. Cela pose la question de l’acceptation de la politique écologique de la France par les classes populaires : comment expliquer le vote écologique en attribuant à l’aristocratie stato-financière la responsabilité de la hausse des taxes ?

Cette hausse est, comme il l’explique, une ponction sur le budget des Français des catégories plutôt défavorisées, qui sont obligés d’utiliser leur voiture pour se déplacer et le fioul pour se chauffer. Effectivement, le prélèvement supplémentaire résultant de cette taxe peut atteindre plusieurs centaines d’euros annuels sur les ressources d’un foyer, et le gouvernement a montré dans cette décision au mieux son ignorance des conditions de vie des Français, au pire son manque d’intérêt pour eux. Je penche personnellement pour la première hypothèse.

L’ÉCHEC DE LA DÉMOCRATIE FRANÇAISE Deuxième partie

Todd rappelle tout d’abord que son objectif final est de répondre à la double question : « pourquoi l’échec économique de l’euro peut-il s’accompagner d’une acceptation de plus en plus forte de ses conséquences ? Pourquoi cette acceptation de la monnaie unique n’a-t-elle pas mené à l’émergence d’une société pacifique mais au retour de la lutte des classes ? »
Étant donnée la baisse du niveau de vie des Français, « ce n’est pas le succès de l’euro qui conduit à son acceptation, mais son échec. » Triomphe du conformisme, peur de quelque chose de pire, fatalisme : le concept durkheimien d’anomie cesse de fonctionner et explique la baisse des taux de suicides : « on n’attend plus rien de nouveau d’une société frappée d’immobilité. »

Pour Todd, l’immobilité est donc la conséquence du traité de Maastricht. En ce qui me concerne, c’est celle de la lutte des classes qui empêche toutes les réformes indispensables pour appliquer ce traité et moderniser la France.

L’ÉCHEC DE LA DÉMOCRATIE FRANÇAISE première partie

Emmanuel Todd dresse en quelque sorte l’état des lieux de la France actuelle. Il part toujours du principe de l’appauvrissement de la France, de sa perte d’indépendance et de la disparition de la démocratie française. Cette hypothèse est le fil conducteur de toute sa réflexion. « La vérité ultime du moment est sans doute que la société française n’a jamais été aussi homogène dans son atomisation et ses chutes. Avec, au sommet, une caste de vrais riches. » L’expression « homogène dans son atomisation » est un oxymore qui a du sens. S’il a raison, comme je le crois, le déclin de la France est largement commencé.

Réseaux sociaux et égalitarisme

L’élargissement du principe d’égalité en valeur aux biens immatériels, comme les croyances et les libertés, a égalisé les cultures communautaires et la culture nationale. La démocratie n’est plus la référence politique commune. La raison n’a plus le monopole du raisonnement et est affaiblie pour lutter contre des idéologies malfaisantes et des sectes factieuses. Une nouvelle loi restreignant la liberté d’expression sur internet ne ferait que compenser marginalement la disparition de l’esprit critique. La seule façon efficace de lutter contre les manipulations idéologiques est de renforcer la rationalité et de restaurer les autorités morales dues aux statuts. Cela passe par une responsabilisation morale de ceux qui en sont les dépositaires : écrivains, journalistes, enseignants, médecins, magistrats, policiers, élus, … Il y a une réciproque : cette responsabilité morale doit être méritée.

La statistique vérité ou mensonge ?

Le manque de rigueur, souvent inévitable dans l’analyse statistique de données humaines et sociales, renforce l’exigence d’une réflexion qui ne se limite pas à l’observation des apparences ni à la constatation des coïncidences, mais cherche à les expliquer par une approche sociologique et philosophique traditionnelle, analogue à celles de Durkheim et Tocqueville.

Fraude fiscale et libéralisme

L’importance des prélèvements obligatoires est connue de tous. Tous les secteurs économiques sont concernés. C’est la conséquence de l’emprise de l’État providence sur la vie des individus et du dirigisme économique qui prévaut particulièrement en France.
Ces prélèvements sont de moins en moins acceptés par les contribuables et les entreprises, génèrent une fraude coûteuse, et l’État est amené à accentuer la lutte contre la fraude fiscale au fur et à mesure que ses besoins financiers augmentent et que les capitaux qui lui échappent sont importants. On assiste donc à la mise en place de services fiscaux dédiés à la lutte contre la fraude, à un renforcement de leurs pouvoirs et à un durcissement des sanctions encourues.

La justice administrative en France

La durée des procédures administratives et leur coût deviennent des handicaps pour les entreprises et les particuliers.
Cette durée et ce coût sont parfois instrumentalisés par l’administration ou les élus, qui espèrent l’abandon du plaignant au bout d’un certain temps ou faute d’argent. C’est en quelque sorte un abus de droit commis par l’administration et les collectivités territoriales. Inversement, ce sont parfois des personnes physiques ou morales qui contestent une décision administrative, par exemple pour empêcher l’installation d’une entreprise concurrente, qui multiplient les recours, appels, et retardent au maximum la conclusion finale.

Intérêt général et droits fondamentaux

La définition de l’intérêt général par l’expression de la volonté générale choisie par le Conseil d’État est donc contestable : il n’est pas du tout sûr que ce soit une partie juste et raisonnable qui émerge de la diversité des opinions individuelles, ce qui donne au Conseil constitutionnel le rôle d’arbitrer entre un intérêt général pour le moins incertain et les droits fondamentaux du bloc de constitutionnalité.

Le libéralisme radical

L’association du radicalisme et du libéralisme est étrange : ils sont exactement le contraire l’un de l’autre. Le premier est une idéologie politique ou religieuse dominatrice cherchant à anéantir les autres, et le second est fondé sur la tolérance et la liberté individuelle. Pourtant, le libéralisme radical existe : c’est une idéologie qui refuse tout compromis limitant la liberté individuelle. Ses excès donnent aux antilibéraux des arguments pour empêcher la population de comprendre que le libéralisme propose des solutions réalistes aux nombreux problèmes créés par la démocratie providentielle.

L’HOMME, L’EUROPE, L’AVENIR

L’homme cherche depuis toujours la meilleure façon d’organiser la société dans laquelle il vit. Partout dans le monde et à toutes les époques, les religions ont apporté une solution durable, parfois violente. Ce moment semble terminé : les migrations ont affaibli l’homogénéité culturelle et religieuse des pays européens, et les progrès scientifiques et économiques ont bouleversé les structures sociales. L’évolution s’accélère sur les deux plans, et la société dans laquelle l’individu naît ne ressemblera pas du tout à celle dans laquelle il terminera sa vie. Le progrès est discuté, contesté parce qu’il va très vite et qu’il impose à chacun de s’adapter sans arrêt à de nouvelles conditions de vie. En laissant de plus en plus de monde sans perspective, sans avenir stable, sans certitude, il crée des conditions qui peuvent se retourner contre lui. Comment les sociétés modernes en sont-elles arrivées là ? Comment réenchanter le monde ?