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Conférences

De la Loi et de la civilisation libérale

De la Loi et de la civilisation libérale

Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

En m’invitant ce soir à présenter devant vous cette conférence sur les liens entre le droit, la légitimité et l’harmonie sociale, vous me faites un grand plaisir et un grand honneur.
Un grand plaisir car le Cercle Frédéric Bastiat est honorablement connu dans le monde libéral depuis de nombreuses années. La personnalité de son fondateur, le regretté Jacques De Guenin, a rejailli sur le Cercle qui jouit partout d’une réputation de qualité et de sérieux. D’ailleurs, les différentes conférences de ce jour et d’hier n’ont pas manqué d’honorer cette réputation tant par leur grande qualité intrinsèque que par la profondeur des échanges qui ont suivis. Je ne doute pas que celles de demain seront au moins du même niveau et que nous en retirerons certainement les mêmes satisfactions intellectuelles et morales.
Plus d”une fois, déjà, j’avais songé à vous rejoindre, mais ma paresse atavique et ma désorganisation chronique m’avaient à chaque fois fait manquer les dates d’inscription. Je vous remercie donc, Monsieur le Président, pour l’invitation que vous m’avez adressée et qui me permet enfin de participer à cet agréable évènement.
C’est donc un plaisir que vous me faites, mais également un honneur. Car, lorsque vous me contactâtes, je me demandai bien à quel titre je pouvais prétendre à prendre la parole devant une assemblée d’une telle qualité. Je ne dispose ni des titres, ni des grades, ni de la célébrité des autres intervenants, et mon vieux diplôme de sociologie moisit au fond d’une armoire depuis fort longtemps. Je ne suis finalement qu’un dilettante qui cherche à meubler son oisiveté par quelques lectures et un peu de militantisme. Ne vous attendez donc pas à une contribution aussi pointue que celle que nous avons entendues jusqu’à présent mais plutôt à une échappée belle sur les chemins de l’histoire et de la sociologie, une sorte de grande vadrouille à travers 5 siècles d’histoire européenne.

Introduction

Vous m’avez demandé, Monsieur le Président, de vous entretenir des rapports entre la loi et l’harmonie sociale. C’est une question qui est au coeur de la pensée libérale, au point qu’on a parfois réduit celle-ci à une philosophie du droit. Nous sentons bien intuitivement qu’une société ne pourrait pas être harmonieuse si elle était déréglée et immorale. Mais il en faut de beaucoup pour que la loi parvienne à en restaurer l’harmonie. Quotidiennement, nous voyons proposer, défendre, voter et appliquer de mauvaises lois qui corrompent l’harmonie entre les hommes plutôt que de la renforcer. Depuis l’origine, le libéralisme se pose donc la question du sens de la loi, des limites de sa légitimité et de son utilité sociale.
Ce serait évidemment une oeuvre gigantesque de vouloir reprendre l’ensemble des réflexions nées sur ces sujets chez nos grands auteurs. Ce serait une oeuvre gigantesque et inhumaine, si bien que, si je ne mourrais pas d’épuisement avant de l’achever, ce serait vous qui mourriez d’ennui avant que j’ai fini de l’exposer. Je vous demande donc pardon par avance pour mes innombrables simplifications, mes raccourcis et mes oublis. Ils sont excusables dans la mesure où ils visent à ménager et mon auditoire et le temps qui m’est imparti.
Je commencerai donc par un rappel succinct des origines du libéralisme et de son rapport particulier à la loi et au droit. Ce sont des notions que chacun ici maitrise, mais sur lequel je veux porter mon éclairage particulier afin de rendre compréhensible la suite de l’exposé.
J’élaborerai l’idée que l’épanouissement du libéralisme au 19ième siècle n’est pas tant l’affaire du règne de la loi que de l’évolution conjointe du droit, de l’État et de l’économie dans une culture libérale, héritière de l’humanisme de la renaissance.
Je montrerai ensuite comment, a contrario, la chute du libéralisme au 20ième siècle, et les horreurs qui lui ont succédé, sont explicables par la disparition de la culture libérale. J’insisterai en particulier sur l’importance cruciale que prend la notion de foule à partir de 1900. L’apparition des masses conduit à la diffusion d’un nouveau type psychologique qui condamne la culture et enterre le libéralisme.
Enfin, je tenterai de montrer que nous vivons un moment charnière où il nous faut choisir entre individualisme et massification, entre élitisme et médiocrité, entre culture et barbarie. Et, je ne vous cacherai pas que dans ce combat qui s’annonce, le bilan actuel d’internet est globalement négatif. J’essayerai quand même de conclure sur une note d’espoir en appelant à un sursaut de dignité et à la possibilité de retrouver le goût de la culture classique.

Les fondements de l’État médiéval.

“L’État, c’est moi !” aurait dit un jour Louis XIV sans fausse modestie. Il n’avait pas tout à fait tort, mais il n’avait pas entièrement raison. L’État, ce n’est pas Louis XIV mais un de ses lointains prédécesseurs. L’État, c’est Clovis !
Je veux dire par là que c’est Clovis et ses successeurs mérovingiens qui donneront les lignes de force de la construction ultérieure de la France. Donc, si nous voulons comprendre l’État, nous devons comprendre ce qu’est Clovis. D’abord, Clovis, c’est un Belge ! Il est roi d’un peuple barbare qu’on appelle les Francs Saliens, dont le royaume va grosso modo de la Hollande à Cambrai et dont la capitale est installée à Tournai, dans le Hainaut belge, plus ou moins à hauteur de Lille. L’empire romain d’occident est en ruine. À l’est de la France actuelle sont installés d’autres peuples francs et burgondes. La Grande Bretagne subit les attaques des Angles et des Saxons, l’Espagne, l’Aquitaine et la Provence sont sous le contrôle des Wisigoths. Au milieu de ces barbares, survit une enclave gallo-romaine qui va de la Champagne à la Normandie. Ce qu’on appelle la fondation de la France, c’est la destruction de cette ultime zone de civilisation par les barbares de Clovis, avec son cortège de massacres, de viols et d’incendies. C’est aussi l’alliance de toutes les peuples francs sous la direction de Clovis. Alliance qui fut réalisée par Clovis d’une façon assez expéditive, vu qu’il fit assassiner tous les autres rois, en ce compris les membres de sa propre famille. L’évêque Grégoire de Tours raconte même à ce propos que, toute sa vie, Clovis a fait mener des recherches généalogiques afin d’être certain d’avoir éliminé tout le monde. L’État, c’est ça ! Un massacre organisé un barbare sanguinaire. Quoi qu’en disent les philosophes du Contrat Social ou les théoriciens de la démocratie, à peu près partout, l’État est né de la même façon, un grand bain de sang organisé par un tyran cruel et mégalomane.
Cette invasion extérieure, qui caractérise mieux la naissance de l’État que n’importe quelle idée de contrat social, donne naissance à l’une des caractéristiques les plus intéressante du droit au moyen-âge, sa dualité entre d’une part un droit coutumier qui règle les relations au sein du peuple et d’autre part, une série de privilèges, étymologiquement des “lois privées”, qui gouvernent les relations entre les ordres sociaux. Par leur droit de vainqueurs, Clovis, ses compagnons et leurs descendants, s’extraient de l’ordre juridique ordinaire et se place en surplomb de la société, comme caste séparée.

Un millénaire plus tard, de l’eau aura coulé sous les ponts, les modes et les dynasties auront changé, les arts se seront raffinés, mais la conception du droit sera restée grosso modo la même.
D’un côté, un droit coutumier pour le peuple qui règle les relations entre les personnes, les statuts sociaux, la propriété, les héritages, les échanges, les normes commerciales, etc. En gros, tout ce qu’on appelle aujourd’hui le droit privé.
De l’autre, une multitude de privilèges, qui définissent les rapports – disons “administratifs” – entre les différentes entités sociales, classes, villes, régions, etc. C’est le magma des chartes, franchises, ou privilèges, qui fascinent l’esprit romantique et offre au moyen-âge sa civilisation particulière.
Pendant mille ans, seules ces deux formes de légitimité s’affrontèrent dans l’espace normatif. La coutume immémoriale et enracinée au coeur de la société fait face aux privilèges, conquis et maintenus au nom d’une histoire militaire. L’harmonie sociale découlait du juste accord entre ces deux sources de droits.

La révolution libérale.

L’arrivée du libéralisme, ce sera la remise en cause de cet équilibre, car la grande idée qu’il porte et qui le définit mieux et plus que les considérations économiques, c’est que la loi peut et doit être fondée en raison. Ce n’est pas tant ici le droit coutumier qui est visé que le régime des privilèges. Le droit coutumier survivra à la montée du libéralisme et, dans de nombreux cas, l’idée libérale revient simplement à libérer le droit coutumier de l’interférence des privilèges. Selon les nations et les circonstances, le système libéral sera donc un petit peu plus traditionnel ou un petit peu plus rationaliste, mais dans tous les cas, il cherche à mettre fin à l’accumulation absurde et incohérente des privilèges hérités du moyen-âge.
Bien sûr, l’idée que la loi doit être soumise à la raison est ancienne et peut être retracée au moins jusqu’à Aristote. Mais, les libéraux sont les premiers à en faire une affaire individuelle. C’est la raison, non pas comme concept philosophique, mais comme faculté personnelle, possédée par chacun, qui permet de saisir le lien qui nous unit chacun individuellement au droit. Dans les esprits bourgeois, la notion de libertés communales cèdent progressivement la place à la notion de liberté individuelle.
Je pense que le point de basculement doit être fixé, un demi-siècle avant John Locke, à la publication du livre de Grotius “le droit de la paix et de la guerre” en 1625. Sous sa plume, on lit que la raison nous est donnée par Dieu afin de découvrir ses ordres et ses interdits, mais il ajoute ce qu’on appelle “l’hypothèse impie” selon laquelle la loi naturelle est comme la raison, universelle et éternelle, et qu’elle vaudrait “quand même nous accorderions qu’il n’y a pas de Dieu.” Il s’empresse évidemment d’ajouter “Ce qui ne peut être concédé sans grand crime”.
Mais, par ce passage, le droit se libère de la tradition, en ce qu’il peut être découvert par un individu isolé, mais il se libère aussi d’une logique théologique qui se fondait toujours, in ultimo, sur une révélation religieuse.
L’idée sera retravaillée, approfondie, élargie, améliorée ou transformée ultérieurement par tous les auteurs classiques du libéralisme, Hobbes, Locke, Montesquieu, Kant, Jefferson, Sieyes, Constant, Bastiat etc. etc. Vous les connaissez tous par coeur, il n’est pas utile que je revienne dessus.
Chez tous ces auteurs, l’idée centrale qui revient sans cesse tient en quelques lignes et définit une nouvelle figure de l’harmonie sociale. L’individu n’est pleinement épanoui que quand il vit en accord avec sa raison. De même, la société n’est pleinement harmonieuse que si ses institutions s’accordent avec la raison individuelle. Ce sont les privilèges historiques, dépassés par l’évolution de la société, qui empêche chacun de se développer pleinement et de donner le meilleur de lui-même, dans le commerce, mais aussi dans les arts ou dans la philosophie. En moulant la loi écrite sur le droit tel que notre raison le découvre, nous garantirons l’harmonie sociale.
La loi a donc deux facettes, d’une part affirmer la liberté individuelle des citoyens, afin de permettre leur épanouissement économique et culturel, d’autre part limiter et contenir activement les gouvernements, qui sont la source réelle du désordre social qui ruine l’harmonie et la richesse des nations. Les deux facettes, économique et politique, du projet sont toujours liées comme l’expression d’une même vitalité humaine, d’un même désir de perfectionnement moral et spirituel.
Et cette vision va s’imposer dans toute l’Europe. À partir de 1688 et de la glorieuse révolution anglaise, le libéralisme va pénétrer toutes les élites intellectuelles. Partout, le libéralisme va devenir un programme politique. Partout, le libéralisme va infléchir les institutions. Si bien qu’en 1830, il n’est plus un pays en Europe dont le projet ne soit pas, d’une façon ou d’une autre, d’avancer vers la démocratie libérale. Et l’histoire du 19ième siècle va se confondre avec le programme libéral.

Alors, fut-ce un succès ?

Oui !
Oui, ce fut un succès !
Ce fut un succès inimaginable !
Un succès au-delà de toute espérance !
Un succès tel, qu’aujourd’hui encore, l’esprit à du mal à y croire et qu’on se refuse à admettre qu’un tel miracle puisse avoir eu lieu par le seul effet d’une pensée nouvelle.

Imaginez ! Quand Napoléon traverse l’Europe, il le fait encore comme Jules César, à pied, à cheval, à chariot. Un siècle plus tard, lors de la guerre de 14-18, il y a des trains, des automobiles, des camions, des avions même ! Nous sommes aveuglés par l’idéologie progressiste qui postule un long et constant progrès de l’humanité. Elle nous cache cette vérité incroyable. Nous avons plus progressé en 1 siècle que dans les 2 ou 3 millénaires précédents. Et il ne s’agit pas seulement d’un succès technique, mais d’un immense progrès dans tous les domaines.
Économiquement, bien sûr avec une richesse mondiale qui quadruple entre 1820 et 1914. Auparavant, il avait fallu un millénaire pour constater une progression pareille. Bien sûr, la misère n’a pas disparu, et des poches nouvelles sont apparues. Mais revenir sans cesse sur la photo de telle ou telle situation socialement épouvantable du 19ième siècle, c’est un façon de cacher le film d’ensemble, qui est un immense enrichissement collectif. Les famines ont disparu. Au 18ième siècle, vous avez encore des famines au coeur même de l’Europe, en France, en Angleterre ou en Allemagne. Au 19ième, il n’y a plus que 2 famines en Europe, et encore à ses marges, une en Finlande, et l’autre en Irlande. Puis c’est fini ! L’Europe mange à sa fin pour la première fois dans l’histoire. Enfin, tant que les communistes restent loin du pouvoir…
Le progrès est également évident dans le domaine culturel. De Balzac à Jules Verne, en passant par Victor Hugo, quasiment tous les grands romanciers français datent du 19ième siècle. Le 19ième siècle, c’est le siècle du roman comme le 17ième avait été celui du théâtre avec Corneille, Racine et Molière. Pourquoi ce changement ? Pourquoi le génie littéraire s’est-il déplacé vers le roman ? Pardi ! Parce que les gens savent enfin lire ! Au 17ième, le peuple ne savait pas lire et, d’ailleurs, ça ne lui aurait servi à rien parce que le papier coûtait horriblement cher. Mais au 19ième siècle, les gens lisent et écrivent comme des possédés. Les journaux sont partout et les romans sont dans les journaux.
Progrès scientifique aussi avec Darwin, avec Pasteur, avec Maxwell, avec Pierre et Marie Curie. À un cheveu près, on pouvait ajouter Einstein.
Et, enfin, confirmant l’explosion vitale permise par le libéralisme, la démographie elle-même s’emballe. La population de la France passe de 30 à 40 millions, + 25 % Celle de l’Allemagne de 22 à 56, +150 %. Et c’est, évidemment, l’Angleterre, le pays le plus libéral de tous, qui remporte la palme en multipliant sa population par 4, passant de 10 millions d’habitants à 40. Au total, la population européenne aura été multipliée par 2,5 soit autant que dans les 4 siècles précédents.

La révolte des masses.

Hélas ! C’est dans cette explosion démographique, alors même qu’elle est la preuve de la puissance vitale du libéralisme, qu’il faut chercher la cause de son abandon.
Lors de la Révolution française, Paris compte environ 500.000 habitants. Et avec une pyramide des âges plus proches du Maghreb actuel que de l’Allemagne. Probablement que la moitié de ces habitants sont des enfants, restent 250.000 adultes, dont 125.000 femmes à qui on ne demande pas leur avis. (Ce qui n’empêche pas jamais de le donner.) Reste 125.000 hommes adultes, qui ne font pas tous de la politique. Il faut donc se figurer que la Révolution française, les foules de l’époque, c’était quelques dizaines de milliers d’hommes. On ne va pas aller jusqu’à dire que tout le monde se connaît, mais tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un. Dans ces conditions, la notion de droits individuels semble évidente. Même l’idée d’un contrat social, c’est-à-dire d’un peuple qui se réunirait pour donner individuellement son accord à une constitution, n’est pas complètement inconcevable à cette époque.
Mais, un siècle plus tard, nous ne sommes plus face à des individus. Nous sommes face à des foules, face à des masses. La vie comme expérience vécue s’en trouve considérablement modifiée.
À ma connaissance, le seul auteur libéral à s’être emparé du sujet est José Ortega Y Gasset, dans son livre “la révolte des masses”, composé dans les années 1920. Je suivrai donc son raisonnement dans la suite de cet exposé.
Le premier point qui attire l’attention d’Ortega, c’est l’enjeu que constitue au quotidien l’espace. Dans les bus, dans les trains, au théâtre, au restaurant, on se demande sans cesse si on trouvera de la place. C’était un problème qui ne se posait pas dans son enfance et tout paraissait toujours trop grand et à moitié vide. Mais, depuis le tournant du siècle, explique-t-il, partout, l’homme se heurte à la foule. Le voisin empiète toujours sur ma zone de confort, obstrue mon champ de vision, bloque ma capacité d’action. La vie du voisin entre quotidiennement en conflit avec la mienne, et m’opprime en tant qu’elle m’empêche de choisir une direction de vie qui me soit personnelle. Comme plongé dans un banc de poissons, je ne peux plus satisfaire que des désirs qui vont dans le même sens que ceux de la foule.
L’intuition géniale d’Ortega, c’est d’avoir compris que cet entassement humain n’est pas un problème mécanique de fluides à stocker dans des contenants trop petits. On a beau construire des théâtres et des centres commerciaux toujours plus grands, ils sont toujours bondés. Au-delà de la question du nombre, la foule est en fait la manifestation matérielle d’une réalité culturelle qui est l’uniformisation des désirs. C’est parce que tout le monde veut au même moment, soit voir le même acteur, soit acheter le même objet, soit manger le même repas, qu’une foule se constitue quelque part. La massification est donc une conséquence de l’homogénéisation des conditions de vie. C’est l’uniformité mentale qui crée la foule physique.
Le monde d’avant la révolution industrielle est un monde qui nous apparaîtrait vide et extrêmement hétérogène. Les humains étant rares et les communications difficiles, les modes de vie changent de village à village, l’Alsacien et le Breton s’ignorent complètement, le peuple est éparpillé.
Avec le succès du libéralisme, la vie de l’homme ordinaire s’améliore considérablement. Jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’avait été placé dans d’aussi excellentes conditions économiques et politiques. Mais, comme les hommes réels meurent pour laisser place à leurs enfants et petits-enfants, ces derniers perdent de vue la nouveauté de leur situation et oublient les conditions de sa survenue. Le confort et la liberté semblent des données naturelles, des droits évidents, et l’on s’offusque qu’ils puissent encore connaître des limites.
Ortega ne prétend pas que le peuple est devenu stupide, ce serait un contresens par rapport aux progrès du 19ième siècle. Mais, avant la révolution industrielle, le peuple était pauvre et souffrant. Il commençait sa vie avec l’idée que le monde était une vallée de larmes, qu’il était né pour souffrir et qu’il pouvait s’estimer heureux du moindre bien qui lui arrivait. Quand bien même il aurait eu une opinion sur la façon de gérer les affaires publiques, il était trop dispersé pour pouvoir unifier cette opinion et exercer un réel pouvoir. Il s’en remettait donc aux élites sociales, tant par habitude que par nécessité. Avec le développement du libéralisme, ces verrous sautent les uns après les autres. Ne souffrant plus, il considère la souffrance comme une absurdité. Sachant lire, il prétend se forger une opinion. Uniformisé, il devient la proie d’enthousiasmes collectifs incontrôlés.

Curieux vingtième siècle où le monde accède enfin à la civilisation mais où l’homme redevient primitif. L’homme du vingtième siècle jouit de l’automobile, en possède une et sait déjà que la suivante sera plus belle, plus rapide et plus confortable. Mais dans le même temps, il se désintéresse totalement de ce qui a rendu l’automobile possible, des conditions politiques, sociales et économiques qui ont fait advenir cette chose. Il n’y voit qu’un objet matériel au même titre qu’un arbre ou un rocher, sans plus percevoir que la conception même de l’automobile n’a été rendue possible que par l’immense effort de réflexion de plusieurs générations de philosophes libéraux.

Et la masse se révolte parce qu’elle prend pour acquis ce qu’elle possède déjà et veut que les problèmes restants soient résolus immédiatement. Elle ne veut plus prendre le temps de la discussion, le temps de la réflexion, le temps de l’élaboration, le temps de la comparaison, le temps de la procédure, le temps même de la préparation de l’action. Elle ne comprend pas le parlementarisme, elle ne comprend pas la limitation constitutionnelle des pouvoirs du gouvernement, elle ne comprend pas les droits de l’homme, la présomption d’innocence, la procédure et les droits de la défense. Non, elle veut la solution immédiate, le coup de force, l’action directe. Elle est mûre pour le fascisme et le communisme.

Si l’histoire du 19ième siècle, ce fut l’histoire du libéralisme, l’histoire du 20ième siècle, ce fut celle de la massification.
Massification de la politique, avec, d’une part, le suffrage universel et, d’autre part, l’apparition de partis politiques gigantesques, au premier rang desquels les partis fascistes et communistes.
Massification de la production, avec l’apparition du fordisme et la destruction du travail.
Massification de la consommation, avec l’uniformisation mondiale des goûts et des modes.
Massification de l’enseignement, avec la transformation de l’université en usine à diplôme.
Massification des transports avec tous les problèmes de congestion et de pollution qu’on connaît.
Massification des villes et des banlieues avec la construction de buildings tellement contraires à la nature humaine qu’on doit les dynamiter 40 ans plus tard.
Massification du tourisme, qui est une nuisance écologique dont on ne parle pas assez.
Massification des migrations humaines, avec des déplacements de populations qui se comptent désormais systématiquement en centaine de milliers.
Et enfin, massification de la guerre, avec l’usage récurrent du bombardement des populations civiles, des camps de concentrations, des déportations, et, cerise sur le gâteau, des génocides, mot qui n’existait même pas au 19ième siècle, tellement l’idée en était inimaginable.

La loi comme moyen de gérer les foules.

Cette massification générale de nos sociétés porte en elle une altération profonde de la notion d’harmonie et de l’utilisation du droit.
Sous un régime libéral, la loi devait servir au développement des talents individuels. Elle était un support qui devait permettre à chacun d’exceller. Le but était de se distinguer et que chacun soit incité à exprimer au plus haut point sa part du génie humain. L’élitisme individuel était au service du développement commun de la nation.
Mais, avec la massification de la société, la distinction devient une sorte d’injure faite à l’homme moyen. Il n’est rien que l’homme de la masse déteste plus que l’excellence de son prochain. Il ne parvient pas à en comprendre la source et y décèle toujours une sorte de névrose, de vice ou de crime. L’harmonie sociale se conçoit donc désormais sous la forme d’une homogénéité de la population. Le français moyen devient la référence, la médiocrité devient la norme. L’harmonie sociale, aujourd’hui, ce n’est plus l’excellence, c’est la ressemblance.
La loi et tous les dispositifs administratifs qui l’entourent ne cherchent plus à encadrer des individus mais à gérer des masses. Ce n’est même plus l’égalité que l’on vise, car l’égalité ce serait encore au moins un principe et une sorte d’absolu. Non, ce n’est plus que la diminution des inégalités, c’est-à-dire la réduction de l’écart-type, concept statistique et administratif qui correspond si bien à l’esprit d’un temps tout occupé de nombres.
Et en un siècle, les fonctionnaires qui nous dirigent sont devenus des experts dans la gestion des masses. Ils ont conscience des risques et des catastrophes que peuvent déclencher les foules fanatisées. Ce sont des spécialistes dont les techniques s’améliorent chaque jour et, contrairement à ce qu’on entend parfois, le système n’est pas du tout aux abois. Il fonctionne très bien, au contraire, et atteint ses objectifs. Prenez toutes les politiques néo-hygiénistes dont on nous accable depuis 20 ou 30 ans, tous les “mangez-bougez” et autre “fumer tue”, associés à des taxes diverses et des interdictions toujours plus nombreuses.
Et bien, cela fonctionne très bien. En France, la consommation d’alcool diminue régulièrement et a baissé de 50 % en 50 ans. La consommation de cigarettes suit le même chemin et a diminué de moitié en 30 ans. Quant à la vitesse sur les routes, sujet un peu plus récent, elle a déjà diminué de 10 km/h depuis l’an 2000.
C’est dans cette même logique qu’il faut comprendre l’apparition de toutes ces phobies plus ou moins absurdes qui ont émergé ces dernières années. L’homme de la masse ne peut pas comprendre qu’il existe une pensée qui ne soit pas une réaction primaire à un instinct. Il faut donc expliquer toute parole par l’affect. Ce n’est d’ailleurs pas à proprement parler faux car les émotions immédiates et basiques sont à l’origine des discours de la masse. Mais le problème, c’est qu’on applique la même logique au philosophe, qu’on refuse de reconnaître qu’il existe aussi une pensée réfléchie, une pensée rationnelle, une pensée cultivée, – osons le mot ! – une pensée supérieure. Que l’on évite d’aborder des sujets sensibles et complexes devant le peuple, c’est finalement assez raisonnable. Mais qu’on ferme des domaines entiers de la vie sociale à l’exploration philosophique, c’est là que le politiquement correct devient anti-culturel, anti-civilisationnel et, pour tout dire, anti-libéral.

Cette question du politiquement correct a pris une importance toute particulière avec la démocratisation d’internet et la massification des télécommunications.
Nombreux parmi nous furent ceux qui ont cru qu’Internet représenterait une révolution et nous permettrait de regagner les libertés que nous avions perdues. Hélas, naïfs que nous étions ! Encore soutenus par ce mythe, les développements récents des problèmes de contrôle, de censure, de désinformation sont présentés comme des influences externes qui détournent une noble technologie de son objectif. Mais, quant à moi, et après avoir participé à ce premier élan, je suis devenu pessimiste et je pense que par sa structure même, l’internet porte en lui un formidable danger pour la civilisation. Bien sûr, ce danger n’est pas directement visible car l’internet semble, au contraire, porter la promesse d’une communication plus rapide, d’un accès égal aux ressources culturelles, d’une plus grande démocratie. Mais, justement, ce qui se cache derrière ces mots, c’est l’approfondissement de la société de masse décrite par Ortega Y Gasset. Je pense que la technologie d’internet constitue un péril pour l’intelligence, un péril pour la pensée, un péril pour la culture et la matrice de nos futures dictatures.
Je sais que quand je me permets de critiquer publiquement internet, il y a toujours quelqu’un pour me citer tel ou tel programme éducatif qui est tellement génial. Je veux bien admettre qu’il y ait aussi des usages utiles à l’internet. Ce serait d’ailleurs tout-à-fait incroyable qu’il n’y ait que des monstruosités. Mais les programmes éducatifs ne caractérisent pas plus l’essence d’internet que les programmes d’Arte ne caractérise l’essence de la télévision.
L’essence d’internet, c’est Facebook, Twitter, Reddit, les blogs, les forums et tout ça. L’essence d’internet, c’est la possibilité pour n’importe qui de dire n’importe quoi, n’importe quand. C’est tout le monde qui parle et personne qui écoute. C’est l’effort de la pensée noyé sous les vagues de sarcasmes. C’est l’interrogation sincère et curieuse désamorcée par le flots de paroles instinctives, mécaniques, et répétitives, au point qu’on ne distingue plus un ordinateur d’un humain.
La communication humaine, la vraie, la bonne et noble discussion, est un effort perpétuel pour dépasser notre incommunicabilité fondamentale, c’est un réajustement permanent à l’autre, une élucidation progressive du sens de mots, la construction commune d’une réalité partagée, qui est toujours sur le point de se disloquer. En ce sens, il n’y a pas de vraie communication sur internet. Il n’y a que le jaillissement instantané d’une parole vide de sens, d’un slogan qui se confronte à un autre slogan et engendre l’humiliation, la haine et le fanatisme.
Je nourris en particulier une aversion profonde pour Twitter, où tant de gens intelligents s’abîment dans la stupidité ou la folie. Pensez que pour un tweet qui balance une absurdité, il faut trois tweets pour rétablir la vérité : un qui dit où est l’erreur, un qui explique quelle est l’erreur, et un qui corrige l’erreur. Et donc, avant que vous l’ayez corrigé, l’imbécile de service aura eu le temps de sortir trois âneries de plus. À forces égales, celui qui prend le temps de la réflexion, qui justifie ses prémices, qui reconnaît ses limites, qui ouvre la porte à la contradiction, celui enfin qui fait oeuvre philosophique, celui-là sera toujours perdant, submergé par les innombrables formes de la bêtise humaine, toujours plus nombreuses et toujours plus rapides.
Nous nous retrouvons donc face à cette mer humaine, que nous avons décrite précédemment, où chacun se frotte à son voisin et où l’on ne trouve de plaisir que dans l’imitation de chacun par tous. Sur Twitter, ce sont ces fameux hashtags au succès desquels il conviendrait d’être fier d’avoir pu participer. Et comment ne pas citer ici le célèbre “balance ton porc” qui est à Twitter ce que l’action directe était aux années 30 ? Une foule prise soudain d’une frénésie de vengeance, exigeant des mesures immédiates, rejetant toute présomption d’innocence, tout droit à la vie privée, toute procédure judiciaire contradictoire, et refusant même aux accusés la possibilité – je ne parle même pas de la possibilité de se défendre – mais la possibilité de s’excuser et de demander pardon. Et par la suite, cette foule, loin de se sentir honteuse de son accès de fanatisme, s’enorgueillit d’avoir eu le “courage” de passer outre toutes les règles élémentaires de la vie en société. Voilà ce qu’on appelle la barbarie, voilà ce qu’est l’essence d’internet.

La tentation de la barbarie

Monsieur le Président,
Il est temps pour moi de me résumer et de conclure.

Tout ce week-end, nous sommes revenus sur cette question posée par Adam Smith, “quelle est la cause de la richesse des nations ?” Pourquoi sommes-nous devenus riches ? Et bien, Monsieur le Président, nous sommes devenus riches parce que nous l’avons voulu ! Nous avons voulu être riches et libres ; et nous sommes devenus riches et libres.
Notre méfiance justifiée envers l’État nous fait parfois oublier cette évidence : Le libéralisme est né d’un projet. Bien plus qu’une quelconque doctrine philosophique ou économique, dont nous savons tous ici combien elle est difficile à définir précisément, le libéralisme se caractérise comme un projet, et même comme un projet collectif. Le projet d’hommes qui plongeaient leurs racines dans une bourgeoisie urbaine de plus en plus puissante et de plus en plus cultivée. Le projet d’une nouvelle élite : Donnez libre court à l’excellence individuelle et assurer la paix sociale en vivant selon les lois de la Raison.

Et cette idée, si simple, elle a produit le plus grand succès que l’homme ait connu. Adam Smith a écrit son fameux traité en 1776. Il était déjà surpris par les débuts de l’industrie. Comme il aurait été étonné de savoir tout ce qui suivrait : l’explosion incroyable des richesses, tant matérielles que culturelles ; les ravissements de peuples entiers devant les miracles de la technique et les bienfaits de la liberté.

Hélas, tous n’ont pas le même propension à s’émerveiller. Et les masses d’hommes à qui le libéralisme a permis de vivre ont très vite oublié à qui ils devaient la vie, la liberté et le confort. Ne les jugeons pas trop vite. C’est une attitude bien humaine, en vérité. Et vous-même, Monsieur le Président, sous votre douche, prenez-vous parfois le temps de penser au designer qui a conçu le pommeau, au plombier qui a placé votre installation, aux ouvriers de la voirie qui ont tiré les tuyaux jusque chez vous, aux ingénieurs qui ont conçus le réseau, les stations d’épuration, les chaudières, etc. En réalité, chaque goutte d’eau chaude qui vous tombe sur le corps est un miracle. Et, au lieu de rendre grâce à la civilisation qui a permis un tel miracle, je devine que, comme tout le monde, vous râlez de ne pas trouver un plombier le vendredi soir et de devoir passer un week-end sans eau chaude. Mais, en réalité, ce sont les 363 autres jours de l’année qui sont extraordinaires.

Et bien, cette attitude d’enfant gâté que nous partageons tous, elle s’impose comme norme de vie au début du vingtième siècle. Et elle transforme radicalement la politique, des foules furieuses exigeant des solutions immédiates à tous leurs problèmes. Le vingtième siècle fut le siècle de la masse, de la démagogie, de la barbarie.
Tant bien que mal, le libéralisme a survécu. Estropié certes, défiguré peut-être, affaibli sûrement, mais il a survécu. Par contre, je ne pense pas qu’il aura la force de subir un deuxième siècle de barbarie et l’avenir de la culture européenne se joue réellement dans les années qui viennent.

Il s’est répandu récemment, dans les mouvements de droite, l’idée étrange que les masses seraient naturellement libérales ou conservatrices mais qu’elles seraient manipulées par des élites malveillantes. Il conviendrait donc de s’en remettre à des démagogues, qui en agitant le peuple, lui donnerait la force de se libérer des élites corrompues et de récupérer un pouvoir qu’on suppose naturellement enclin à la stabilité, à l’ordre et au développement économique.
Il est d’autant plus étonnant de rencontrer cette théorie à droite qu’elle est un décalque pur et simple du maoïsme de la fin des années 60. On postulait alors la spontanéité révolutionnaire des masses et la nécessité de renverser les élites du Parti Communiste Chinois. Ce fut la révolution culturelle et son million de morts.
Il faut donc le répéter, cette idée est fausse et dangereuse parce qu’elle méconnaît la réalité de la masse. La masse n’est ni conservatrice, ni révolutionnaire, ni libérale. La masse est changeante, brutale et stupide. La masse est une mer déchaînée que des vagues d’origines diverses secouent de mouvements contradictoires. Le démagogue navigue sur cette mer. Quel que soit son nom, son origine, son intelligence personnelle ou son parti, le démagogue est toujours un aventurier. Il se moque du futur comme il se moque du passé. Il veut être porté par des vagues immenses et il entend détruire tout ce qui empêche la masse de donner libre cours à ses pulsions immédiates. Il ne veut ni constitution, ni juges, ni critiques, ni contre-pouvoirs, ni délais dans l’exécution de ses ordres, ni intermédiaires dans ses échanges. Il veut l’exultation sauvage d’un peuple uniformisé, qu’il domine par un lien instinctif d’identité complète.
Quelque soit son camp, toujours le démagogue veut se débarrasser de la culture et en revenir à la barbarie.

Or, le libéralisme fut – et il reste ! – l’expression la plus haute et la plus belle de la culture européenne. C’était – et ça reste ! – le projet culturel, par excellence, celui de soumettre les intérêts et les passions à l’arbitrage de la raison, par la voie du dialogue, de la procédure, de l’argumentation contradictoire. Justice, procédures, formalités, normes, politesse, égards, galanterie. Autant de petites choses désuètes et apparemment anodines. Et pourtant, c’est tout cela que résume le mot “civilisation”. Voilà ce que le démagogue déteste – la civilisation ! – et voilà ce qu’il détruit.

Alors, plutôt que se laisser emporter par la mer déchaînée, il nous faut sortir la tête hors de l’eau. Il faut refuser les modes politiques ou technologiques du moment, retrouver le sens de l’intériorité, du silence et de la lenteur. Cultiver sa personnalité, se distinguer ! Ortega propose cette jolie définition : “Vivre, c’est planter ses talons dans le sol.” Reprise du contrôle de sa vie, ouverture à la culture, tâche ardue quand la foule est compacte, tâche inconcevable sans un modèle auquel se raccrocher.

Pour rendre un espoir au libéralisme, nous devons former le projet de dépasser l’homme-masse et offrir une nouvelle réflexion sur l’élitisme et l’individualisme. Ce projet intellectuel est hautement compatible (ce n’est pas un hasard, c’est la force du libéralisme !) avec notre ancestral combat contre la fiscalité prédatrice et l’étatisme tatillon. Mais l’erreur que nous avons souvent commise jusqu’ici, fut de le justifier en terme d’efficacité économique. Voyons plus loin ! Voyons plus large ! La perte de vitalité subie par le corps social sous l’effet du parasitage étatique est beaucoup plus profonde que sa seule mesure économique, c’est aussi et avant tout une perte culturelle.
Les progrès économique et culturel avancent toujours de conserve. À Athènes, à Rome, À Florence ou à Versaille, la plus grande richesse a toujours accompagné la plus haute culture. À l’inverse, le communisme ne fut pas seulement une faillite économique, ce fut aussi une effroyable Sibérie artistique, dominée par la laideur, le mensonge et la crétinerie.
Il y a une raison à ce parallélisme, c’est que l’homme cultivé sort de lui-même, qu’il cesse de se croire parfait et achevé, qu’il réalise ce qu’est l’expression d’un vrai talent. Et, alors, il ne voit plus les innovations de l’entrepreneur comme une agression, une tentative de fraude, ou un égoïsme mesquin. Il y voit au contraire une expression locale et spécifique du génie humain qui parcourt toutes les manifestations culturelles.
Et, plus important encore, il se découvre lui-même capable de création, doté de talents et justifié par une oeuvre utile.

Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

J’espère ne pas avoir abusé de votre temps et vous remercie de votre attention.

 

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