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Billet du président

Gouverner c’est faire peur

Gouverner c’est faire peur

Il est légitime de se demander pourquoi le ministère de la santé a publié vendredi 12 février une circulaire « « Organisation de l’offre de soins en prévision d’une nouvelle vague épidémique », alors qu’au même moment « Le nombre de nouvelles hospitalisations et entrées en réanimation de malades du Covid-19 ont continué de reculer au cours des dernières 24 heures, sans que la circulation du virus ne ralentisse. (…) Quant au nombre de personnes actuellement en réanimation, (…) cet indicateur était passé vendredi pour la première fois en cinq jours sous la barre des 3 300. »

À quelques pourcents prêts, les chiffres varient, depuis quelques semaines, d’un jour à l’autre dans un sens ou dans un autre. Cela dit, la baisse se confirme plusieurs jours après la publication de la circulaire. C’est la même chose au niveau mondial. Sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Malgré cela le discours anxiogène persiste. La population doit continuer à avoir peur. Suite à l’annonce le 22 février d’un confinement partiel dans les Alpes-Maritimes Olivier Veran a déclaré : “Aujourd’hui, la situation des Alpes-Maritimes ne correspond pas à la situation de l’ensemble du pays” même si “la situation sanitaire reste inquiétante à l’échelle du pays”

1 Entretenir la panique

1– 1 Les variants

Dès le préambule de la circulaire on lit : « “La situation épidémique est préoccupante”, (…) En cause, une progression importante du virus et de ses variants (…) qui influent fortement sur la “sollicitation de l’offre de soins”.

Le 19 février Santé Puplique France et Jean Castex en remettent une couche. « Cette semaine, SPF fait part de bonnes nouvelles, comme la baisse de la circulation du coronavirus dans le pays ou la pression moindre sur l’hôpital. Mais “avec la progression soutenue des variants plus transmissibles, (…) une aggravation de la situation épidémiologique dans les prochaines semaines fait partie des scénarios à envisager, comme en attestent certains travaux de modélisation”, avertit Santé publique France. L’inquiétude liée aux variants a été répétée par Jean Castex, en déplacement à Bordeaux ce vendredi. “Il y a beaucoup d’incertitudes, il y a les variants… Ça reste compliqué, ça reste préoccupant”, a déclaré le Premier ministre, avertissant plus généralement sur le fait que “le virus est toujours là”. »

Les coronavirus sont connus pour « muter » et se recombiner. Pour la COVID-19 l’existence de variants a été mise en évidence dès l’été 2020. (À l’époque peu de gens y attachaient de l’importance.) La conséquence logique est que nous sommes en présence de nouvelles épidémies, dues à des virus différents du virus originel dit « chinois ». Au sens strict, nous n’avons pas de deuxième vague, ni de troisième vague. 

Le virus qui sévit en France depuis octobre 2020 (COVID-20?) est le virus appelé Marseille 4. C’est lui que concurrence le « variant anglais » et les autres variants.

C’est donc tromper les Français que d’additionner des chiffres, imprécis nous le verrons, qui correspondent à des infections liées à des coronavirus différents. Habituellement chaque épidémie est comptée comme une entité spécifique. C’est le cas par exemple pour la grippe les statistiques ne sont pas cumulées d’une année sur l’autre.

Le fait est que l’annonce, par Boris Johnson en décembre, de l’existence du « variant anglais » fut pain béni pour les gouvernements. Tout à coup, par la magie de la politique, les variants devenaient très importants ! Le variant a permis un nouveau tour de vis et une recrudescence du discours anxiogène. Puis se sont ajoutés les variants Sud-Africains, Japonais, Brésiliens etc. Tous bienvenus pour paniquer les foules et maintenir ou accentuer la coercition, d’où « l’Organisation de crise. »

1-2 Les données :

2-1-1 Les chiffres

Cela fait un an que le problème de la fiabilité des chiffres a été soulevé et que le gouvernement trompe les gens.

Il ne fait pas la différence entre les personnes avec un test positif, les personnes contaminées, les personnes malades. Il n’est jamais fait allusion à la charge virale ni au seuil infectieux qui est la quantité de germes nécessaire pour submerger le système immunitaire et rendre une personne malade. Ce sont pourtant des ba-ba en infectiologie.

Il donne les décès bruts. Ils ne sont analysés, ni par âge, ni par comorbidité, ni par période… 

Il n’est pas fait de différence entre les décès entraînés par le SARS-coV2 et ses variants, les décès liés à d’autres pathologies chez des personnes testées positives, voire de décès attribués à la COVID, de personnes même pas testées. Pour ne prendre qu’un exemple : dans l’étude « Hydroxychloroquine in Nonhospitalized Adults With Early COVID-19 »…58 % des patients n’avaient pas été testés au coronavirus. Non seulement ils comptaient parmi les cas de « COVID » mais en plus ils étaient inclus dans une étude sur le traitement précoce de la « COVID ».

Les travaux de modélisation sont toujours orienté vers le pire…et jamais confirmés dans la « vraie » vie. C’est le cas aujourd’hui où le reflux surprend les « scientifiques »

Pour l’État la véracité des chiffres importe peu. Il n’est pas possible de faire du bon travail sans informations fiables, mais il est possible de manipuler les foules et désorienter la population.

Si les chiffres montent l’État s’en sert pour affoler les gens. Si les chiffres baissent il s’en sert aussi pour affoler les gens, parce qu’ils pourraient remonter.

Cela baisse aujourd’hui mais il faut continuer à avoir peur, un regain en mars est possible.

Si ça ne monte pas aujourd’hui ça montera demain. Cela s’appelle avoir raison top tôt. “”Pour l’instant, (…) “il y a un contrôle de l’épidémie” (..) Mais la proportion (de variants dans l’ensemble des cas) continue d’augmenter”, ce qui peut être le signe d’une “lame de fond sous-jacente qui va malheureusement émerger à un moment où à un autre”. »

Ou après demain “Ça traduit la prise de conscience d’un risque qui est bien réel, (la possibilité) que survienne ce qui est arrivé aux Anglais en décembre dernier. » Antoine Vieillard-Baron, chef du service réanimation à l’hôpital Ambroise-Paré.

Si les chiffres baissent c’est parce que l’État est intervenu. Si les chiffres montent c’est parce qu’il n’est pas assez intervenu. Quand la situation épidémique s’améliore c’est systématiquement attribuée aux mesures de coercition. Ce qui est faux. Les autres facteurs tels que la dynamique propre de l’épidémie, la fin de l’hiver sur notre hémisphère, la saisonnalité… sont négligés. Cela sans compter ceux qui restent inconnus.

1-1-2 La tension hospitalière

Quand on lit la circulaire du 12 février, il est écrit  : “Cette organisation de crise”, (…) “doit être mise en œuvre dans chaque région, quel que soit le niveau de tension hospitalière, et doit être opérationnelle dès le 18 février” » Cela veut bien dire que la réalité de la situation, à savoir l’existence de services hospitaliers non sous tension, dans une ou plusieurs régions, n’influence pas la décision de l’État.

. « Le document note que les transferts de patients entre régions, (…) pourraient “s’avérer plus difficilement réalisables (…) dans l’éventualité d’une troisième vague”. Il est donc demandé aux hôpitaux français d’anticiper un potentiel manque de lits »

Puisque la tension sur les services hospitaliers n’est pas la même selon les régions, il ne devrait pourtant pas y avoir de difficultés à transférer des malades d’une région à l’autre.

Quant à anticiper le manque lits, cela fait un an que nous sommes confrontés à la COVID. Or le gouvernement n’a rien fait pour accroître le nombre de lit de réanimation, avec leur personnel. En justifiant chaque tour de vis par ce manque, l’État démontre qu’il a besoin de cette pénurie et ne compte pas y remédier. Pour imposer sa politique d’oppression il lui faut entretenir la peur des hôpitaux surchargés. S’ils ne le sont pas faisons comme s’ils l’étaient, ou le seront, et adoptons une « Organisation de crise ».

2-1 l’Organisation de crise :

Cette « organisation de crise », qui a débuté le 18 février, met en lumière l’état déplorable de « l’organisation hors crise » du système de santé français. Cette organisation repose sur le rationnement des soins. C’est là le fond du problème.

Le rationnement des soins est la base de toutes les mesures prises depuis des lustres pour « sauver la Sécu ». De déremboursements en fermetures de lits tout le monde en a fait les frais, sans autre résultat que d’avoir, au XXIème siècle, un système de santé indigent. Des Français en meurent.

La déprogrammation des interventions « non urgentes » est un tri. Le tri est l’outil du rationnement. La prétention de ne pas vouloir faire le tri parmi les patients atteints par la COVID, pour leur permettre l’accès à l’hôpital ou en réanimation, veut dire que le tri est fait en amont.

Le tri a lieu entre ces patients et ceux ayant d’autres pathologies, dites « non urgentes ». Le tri est fait entre les causes de décès possibles. Ceux dus à des pathologies, désormais moins bien prises en charges, ceux induits par les mesures répressives, comme les suicides, sont tolérés comme des dommages collatéraux. C’est inhumain.

Variants, chiffres et travaux de modélisation inquiétants, tension hospitalière et manque de lit, passage en « organisation de crise », couvre-feu et menace de reconfinement, entretiennent la panique. Les gens ne jugent plus de la gravité d’une épidémie à partir de faits, mais à partir des mesures prises par l’État. Or l’État a un objectif : survivre.

Article paru dans Contrepoints


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