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Histoire des Harkis

Histoire des Harkis

Conférence du 11 octobre 2014

 

Par Jean Monneret.

 

 

Cet exposé comprend 3 volets :

Qui étaient ces harkis ?

Pourquoi 52 ans après la fin de la Guerre d’Algérie, sont-ils toujours au cœur d’un problème ?

Peut-on se fier aux engagements d’un État ?

L’Algérie, peuplée majoritairement de musulmans arabes ou berbères, a vécu sous l’autorité française pendant 132 ans. Elle a été organisée dès 1848 en 3 départements.

Les Français se sont aperçus très rapidement qu’il fallait, pour conquérir et organiser ce territoire, s’appuyer sur des troupes indigènes, suivant un précédent né en Egypte avec Bonaparte.On créa donc des unités de zouaves dont les premiers furent des kabyles ralliés. Au fil de la présence française en Afrique du Nord, et tout d’abord au Maroc, on fit appel à des harkis, c’est-à-dire à des membres de harkas, unité supplétive de l’armée ou de l’administration. Un disciple du maréchal Lyautey, résident général au Maroc, les introduisit en Algérie.

Ainsi, au début de l’insurrection algérienne, le 1er novembre 1954, l’ethnologue Jean Servier réagit devant l’encerclement et l’attaque de la ville d’Arris par des rebelles, en levant une Harka dans une tribu hostile aux assaillants. En effet, la résistance aux rebelles fut souvent l’affaire de notables indigènes, respectés par leurs clans et organisant la résistance avec l’appui de l’armée française. Parmi les plus connus on peut citer le Bachagha Boualem dans la région d’Orléansville.

Durant la guerre d’Algérie, en dehors des Harkas on créa des Groupes mobiles (GMPS). Le Gouverneur Général Soustelle créa les SAS (section administrative spécialisée) destinées à fournir l’éducation, les soins et la sécurité dans le bled. Pour les protéger, on recruta alors des mokhaznis, groupes armés qui étaient traditionnellement chargés de garder les bâtiments publics (Mairies, bâtiments publics..). Ces mokhaznis furent parfois organisés en unités opérationnelles, en particulier dans les Aurès et à Geryville. De la même manière, les harkis devinrent parfois une infanterie légère destinée à être au contact des rebelles avant l’arrivée des troupes de choc. Ils étaient chargés très souvent de la recherche du renseignement. Le nombre de ces harkis, intégrés à l’armée, ou organisés en groupes d’auto-défense monta jusqu’à une centaine de milliers. Notons que, par ailleurs, l’armée comprenait à peu près le même nombre de musulmans faisant leur service militaire ou engagés.

En 1961, le FLN est pratiquement éliminé d’Algérie, la victoire sur le terrain est totale. Reste une armée rebelle en Tunisie qui a depuis longtemps abandonné l’idée de pénétrer sur le territoire algérien.

Et pourtant le pouvoir politique français décide de négocier avec le FLN pour se débarrasser des problèmes que lui cause, sur le plan international, ce conflit en milieu musulman, alors que les indépendances se multiplient en Afrique et au Moyen-Orient. Il entame donc des négociations, exclusivement avec le FLN, en Suisse et à Evian. Il en résulte un cessez-le-feu le 19 Mars 1962. Un Exécutif Provisoire est installé, dans lequel le FLN a toute sa place. C’est une sorte de Gouvernement qui a comme tâche principale de préparer un referendum sur l’indépendance. Ces accords, appelés accords d’Evian, organisent le cessez-le-feu, prévoient le traitement réservé aux Européens, mais ne disent rien sur les musulmans engagés dans l’armée française, car le FLN ne veut pas entendre parler de ce thème. Il s’en tiendra à la promesse toute verbale de ne pas recourir aux représailles.

En effet, le FLN étant un parti totalitaire d’inspiration islamo -révolutionnaire, il était exclu qu’une partie de la population puisse ne pas être d’accord avec sa ligne, et devenir une opposition, même modérée.

C’est dans cet esprit qu’il avait écrasé un autre mouvement nationaliste, les messalistes, dont le chef était Messali Hadj. Les messalistes, fortement implantés en France et en Algérie, avaient été réduits à peu de choses par des assassinats en série en métropole, assassinats décrits par la presse comme des règlements de compte crapuleux. En Algérie le FLN massacra ces opposants messalistes, en particulier dans un village près de Melouza, où ils égorgèrent 450 personnes le 27 mai 1957.

Connaissant la manière dont le FLN fonctionnait, les harkis voyaient les périls s’approcher au fil de sa prise de pouvoir. Comment pouvait-on s’en remettre que le paragraphe des accords qui proclamait que l’Algérie qui sortirait des urnes « respecterait la liberté de pensée et de religion » ?

Ces musulmans qui redoutaient le pouvoir FLN étaient pour une part de vrais patriotes français, souvent anciens combattants, ou bien des partisans d’une indépendance assortie de liens étroits avec la France, ou bien des indépendantistes intégraux mais anti-FLN, comme les messalistes.

Les harkis, pour leur part, ceux qui avaient combattu le FLN, demandèrent en masse aux autorités françaises le droit de partir en France, par peur d’être égorgés. Mais l’administration avait décidé de freiner au maximum cet afflux de paysans souvent illettrés, parlant peu ou mal le français, vers cette France que de Gaulle considérait de traditions grecque, romaine et chrétienne.

Aussi on proposa aux harkis deux solutions : engagement dans l’armée, ou remise d’une prime et retour dans les douars. En fait l’armée n’accepta d’engager que les célibataires, ce qui écartait 90% des harkis qui, à la mode algérienne, se mariaient très tôt et étaient chargés de famille.

Repoussés vers leurs villages, ils constatèrent que, avant même l’indépendance, alors que l’armée réduisit son périmètre, des groupes FLN étaient apparus et massacraient les leurs à St Denis du Sig et dans le sud algérien.

Après la déclaration d’indépendance, l’administration FLN exigea que les harkis lui versent leurs primes de départ. Puis on leur conseilla de partir chez eux, où les massacres commencèrent. On estime que près de 100 000 personnes furent torturées et tuées. Des harkis se réfugièrent alors avec leurs familles dans les camps de l’armée française, mais l’administration militaire les fit repousser, et donna des instructions pour ne pas favoriser leur départ. Quelques commandants d’unité, avec des complicités multiples, réussirent à en envoyer en France environ 20 000, avec leurs familles, soit en tout 90 000 personnes. La population issue de ces harkis est évaluée actuellement à environ 300 000 personnes.

Les arrivants furent parfois placés dans des camps où ils furent soumis à une discipline quasi militaire, complètement coupés de la population française, freinant ainsi l’intégration. D’autres furent placés dans des hameaux forestiers. Enfin certains furent placés dans des zones péri-urbaines.

Beaucoup plus tard, pendant la présidence Giscard, en 1975, des jeunes, fils de harkis décident d’agir pour faire fermer le camp de Saint-Maurice l’Ardoise, dans le Gard. Ce camp, entouré de barbelés, où les conditions d’hygiène et d’habitat étaient lamentables, accueillait une population de 1200 familles de harkis. Au bout de 15 ans, 40 personnes avaient perdu la raison mais demeurent présentes dans la population du camp. Ces jeunes prirent le contrôle de la mairie de Saint-Maurice, alertant les médias, et obtiennent de l’administration que le camp soit fermé et que les familles de harkis aient l’autorisation de s’installer où elles le souhaitent. Tous les Français et l’administration furent stupéfaits devant cette révolte car le problème harki avait été totalement occulté par les médias. Le camp fut fermé définitivement un an plus tard, ainsi que celui de Rivesaltes. L’un des jeunes du camp devenu maire de Volvic, a décrit dans un livre le destin de ces fils de harkis dont certains ont eu un parcours professionnel de qualité.

Il n’empêche que cette terrible histoire a du mal à être assumée par le pouvoir politique. Le Président Sarkozy, au cours d’une interview, a reconnu la responsabilité de L’État dans ce drame, sans donner suite à ce propos. Plus récemment, le Président Hollande n’a pas reçu les représentants des harkis aux Invalides, comme c’était l’usage, mais les a fait recevoir par un fonctionnaire au Quai Branly. Il reste donc un long chemin pour que l’État Français reconnaisse sa carence vis-à-vis de ces populations qui ont cru en sa parole. Comme le dit Nietzsche dans Ainsi parla Zarathoustra : «  l’État, c’est le plus froid des monstres froids : il ment froidement… »

Par ailleurs, les médias largement contrôlés par l’État, sont peu enclins à faire la lumière sur ce drame. En outre des groupes de pression sont toujours prêts, si nécessaire, à s’opposer à une actualisation de l’histoire qui ne leur convient pas, en agitant l’épouvantail du racisme.

Affaire à suivre.

Jean Monneret.

“Je suis historien de l’Algérie. Je fais de l’Histoire. Ceci signifie que je ne fais aucune concession aux interprétations idéologiques, fussent-elles dans l’air du temps. Je m’oppose ainsi à de nombreux nouveaux historiens qui ne sont que des historiens “officiels”. Les faits, les faits seuls m’intéressent y compris lorsqu’ils dérangent la bien-pensance et le prêt-à-penser.”

Retrouvez cette conférence et plus encore dans LUMIERESLANDAISES 93 final

 


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