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Conférences

Innovation, création et la Richesse des Nations

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L’innovation et la création parmi les causes de la Richesse des Nations

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Par H16

Abordons tout d’abord quelques exemples, du passé

Je vais m’attarder sur l’imprimerie.

Les caractères mobiles étaient utilisés en Chine plusieurs centaines d’années avant Gutenberg, mais faits en bois, pour des exemplaires rares destinés à une élite.
Gutenberg utilise le métal, c’est-à-dire un mélange de plomb, d’antimoine et d’étain, facile à façonner. Il formule une encre épaisse utilisable sous pression et invente la presse permettant d’imprimer les textes en grandes quantités.
L’impact de cette multiplication de la production et donc de la diffusion des documents écrits fut énorme. On passa du XVe siècle d’ un nombre très réduit d’exemplaires, à 20 millions de livres dans les 50 ans qui ont suivi cette innovation, pour une population européenne de 20 millions d’habitants, pour passer au XVIIIe siècle, à 1 milliard.
On est passé d’un objet de luxe à un produit de consommation courante. C’est l’exemple d’une innovation qui crée une richesse en abaissant le prix de revient, rendant le produit abordable et diffusant la culture à la population. On estime que l’imprimerie a permis la Renaissance, la révolution scientifique puis la révolution industrielle.
On constate donc que chaque innovation accélère le processus d’innovation lui-même.
De nos jours on peut dire que les techniques d’imprimerie sont des précurseurs de techniques informatiques. La technique du clavier utilisé dans la composition des textes informatisés dérive de l’imprimerie. Internet et le HTML issu du SGML venant du script utilisé par IBM pour imprimer de grandes séries.
Résultat : le plus gros tirage actuel, celui du catalogue IKEA est de100 millions d’exemplaires.

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Une autre invention capitale est l’aviation :

On pense à Icare, à Vinci, à Ader. En fait, l’élément déclencheur a été l’invention du cheval-vapeur, seul capable de faire voler un véhicule assez lourd.
Cette invention, devenue banale, a bouleversé le commerce, le fret, la zone des aéroports qui développent des zones commerciales et industrielles énormes, sources de richesse régionale.
L’aviation, c’est 62 millions d’emploi dans le monde et 2 700 milliards $ de PIB.
Si l’on prend l’Afrique, encore peu développée, c’est 6,8 millions d’emploi, et 7,25 milliards de PIB.
Dans 20 ans on pense que le nombre de personnes employées sera de 99 millions, et que le PIB généré par l’aviation sera de 5 900 milliards $.

Passons à l’ordinateur :

Il a eu de nombreux précurseurs : le boulier, les abaques, la Pascaline, première machine mécanique, Charles Babbage combine la Pascaline et les cartes perforées des métiers de Jacquard pour obtenir la première machine à calculer programmable. Puis la partie mécanique est remplacée par une partie électrique puis électronique. Ces appareils vont être utilisés par Alan Turing pour décrypter des messages.
L’électronique a généré un gain de capacité et de taille. Puis le transistor et les circuits intégrés ont diminué une fois encore les coûts et le poids.
L’impact a été gigantesque : en 1940 il n’y avait pas d’ordinateur. Aujourd’hui 4,9 milliards de personnes ont un téléphone portable, 3,8 milliards ont accès à internet, il y a 1,8 milliards de sites web et 2,9 milliards de personnes fréquentent les réseaux sociaux.
Celui qui maitrise la production d’ordinateurs est le maitre du monde, dit-on. Aujourd’hui, les 2 plus importants sont les USA et la Chine !

L’autre problème à résoudre était de faire en sorte que les ordinateurs puissent dialoguer ensemble. Il s’agit donc maintenant de technologies de l’information et non plus d’ordinateurs. Il a fallu définir des protocoles de dialogue valables où qu’on soit dans le monde.
Problème difficile, car chaque producteur avait son type de procédure. Entre 1970 et 1990 il y a eu une clarification de ces problèmes, par une sorte de sélection naturelle. Même processus que, par exemple, pour la logistique du fret : les dimensions des conteneurs de cargo ont été définies sur toute la planète sans l’aide d’une institution gouvernementale. Les affréteurs se sont mis d’accord dans un souci d’économie.
De même pour les fabricants de chargeurs de téléphones portables qui ont défini le chargeur USB avant que l’Union Européenne n’ait pu s’emparer du sujet.
Pour le protocole inter-ordinateurs, alors qu’il en existait 5 dans le monde, un seul s’est imposé, car gratuit et ouvert. L’impact a été phénoménal : on peut maintenant voir la télévision, écouter la radio, etc.. Tous les éléments de liaison, dont les câbles, sont sous le même protocole.
Ainsi Internet a démultiplié les services rendus par les ordinateurs. C’est la fameuse loi de Metcalfe qui pense que la valeur d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre d’utilisateurs.. En 2015, l’internet représente 6% du PIB des USA, et 20% de la croissance française des années 2004 à 2009 lui est liée.
En 2012, alors que le CA mondial de la construction est de 586 milliards, de la chimie 255, celui d’internet, télécoms, et informatique, est de 900 milliards.
L’e-commerce représente en France 81 milliards € par an, aux USA 395 milliards $.
On estime que l’emploi dans le secteur informatique au sens large croitra jusqu’en 2020 de 22%
Il faut penser bien sûr à l’effet technologique mais également à l’effet culturel de ce réseau qui multiplie la création de richesse.
Sur ce graphique on voit la courbe des sites et des utilisateurs montrant un décollage lent au début, puis une explosion grâce à l’effet réseau.
Cette croissance est due à la combinaison de 2 innovations : ordinateurs + réseau
Autres éléments du graphique : les courbes des différentes phases associées aux impacts techniques (Google, Facebook…. ) C’est de la croissance exponentielle à l’état pur.
En fait pour comprendre le long terme, on peut s’inspirer de la courbe en S de l’autocatalyse des chimistes, où le catalyseur figure parmi les produits de la réaction qui fonctionne en chaine.
Au début, démarrage lent, puis accélération. S’il n’y a pas d’explosion, on arrive à saturation avec un plateau d’activité.
Ceci s’observe dans les effets réseaux, avec la pénétration des ordinateurs sur le marché, des téléphones mobiles, de l’internet et tout ce qui est services de désintermédiation ou d’information.
Ainsi le nombre d’inventions produites suit plutôt une exponentielle dont, actuellement, on ne connait pas le plafond, non plus que leur position actuelle sur la courbe.
Dans le cas de Facebook, il est possible qu’il soit proche du plafond. Pour d’autres applications, par exemple la blockchain, on ne sait pas.

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Bitcoin :

Le protocole du bitcoin est ce qu’on appelle le consensus de Nakamoto . C’est un système décentralisé. A tout moment, le réseau des participants accepte l’historique global des mouvements qui ont eu lieu jusque-là. On sait qu’une somme est à un endroit à tel moment et qu’une seule personne peut la dépenser.
C’est un exemple de désintermédiation, car il n’y a plus de tiers de confiance pour garantir que l’argent a été déplacé, mais on sait où est l’argent grâce à la blockchain.
La gestion de l’information résout bien des problèmes, par exemple celui du bien rival : si je prends votre voiture, vous ne l’avez plus. Alors qu’en information on peut prendre une donnée sans déposséder son détenteur de celle-ci. C’est un bien non rival.
En termes de sécurité, le système blockchain est performant. Plus le temps passe, plus les éléments de la blockchain sont sécurisés, contrairement à un système classique qui, lorsqu’il grossit, voit se multiplier les bugs dus aux bricolages qu’il subit. Ici, pour annuler un block représentant des transactions qui a été conçu il y a un an, il faudrait dépenser une énergie de calcul hors de portée des capacités actuelles.
Ce consensus de Nakamoto est basé sur la résolution du problème des généraux byzantins. Ceux-ci assiègent une ville, mais ils ont peu de confiance les uns envers les autres. Pour agir, ils doivent envoyer des émissaires pour savoir s’ils vont attaquer. S’il y en un ou deux qui attaquent seuls, la ville ne tombera pas. S’ils décident d’attaquer ensemble, la ville tombe mais ce sont des fourbes et ceux qui n’attaquent pas savent que la ville ne tombera pas. Mais leurs armées seront intactes, et les autres détruites, ce qui leur convient parfaitement.
Pour éviter cette situation Nakamoto imagine la blockchain. Ici les participants ont tout intérêt à mettre des ressources en œuvre en jouant franc jeu et pas l’inverse. Plus ils font l’inverse, plus ils perdent d’argent.
De même que la réduction des coûts d’intermédiation est substantielle, de même la suppression d’un tiers de confiance, ainsi que des opérations de comptabilité en partie double imaginée à la Renaissance, sont des économies énormes.
La blockchain enregistre les flux financiers dans le temps et vous garantit qu’une opération a eu lieu, non répudiable, du point A au point B. Les gens qui ont déplacé les fonds ne pourront pas nier qu’ils l’on fait. Ces opérations sont datées. Cela permet d’enregistrer les changements de propriété. On pourrait ainsi imaginer des huissiers utilisant la blockchain pour valider des dates et des lieux.
Qui sont les acteurs de la blockchain ? Les développeurs, les mineurs, les échanges (traders), les participants, commerçants et consommateurs.
Les développeurs proposent les codes qui seront appliqués ou non par les acteurs, et qui sont la loi gérant la blockchain. Les mineurs sont ceux qui font tourner la chaine suivant la loi, et qui investissent pour valider et sécuriser les opérations. Ils créent les nouveaux tokens, régulièrement mais en diminuant les montants. C’est eux qui émettent la monnaie initiale. Ils sont rémunérés pour ces services.
Les échanges font circuler la cryptomonnaie vers les monnaies Fiat, ou passer de crypto- monnaie à cryptomonnaie.
Les participants utilisent la cryptomonnaie pour leurs échanges.
La blockchain est déflationniste, puisque le nombre de tokets est limité, leur production .diminue dans le temps et ils atteignent un statut de rareté, un peu comme l’or. Le plafonnement prévu en bitcoin est de l’ordre de 21 millions.
La blockchain est incassable, décentralisé. Si un gouvernement voulait stopper la blockchain, il ne pourrait pas car il aurait en face de nombreux acteurs, de divers pays, des développeurs de profils très divers.
La blockchain est incensurable, contrairement à une banque qui peut refuser une transaction, ou une institution comme Tracfin d’origine gouvernementale qui peut essayer des blocages.
Il vous suffit d’avoir un accès internet et vous pouvez faire une transaction. Dès qu’une transaction est faite, elle est connue par un mineur, donc par tous les autres mineurs.
Cette blockchain a donc des applications dans la finance, mais aussi dans d’autres activités : authentification, immobilier, identité digitale, smart contracts dans lesquels on peut ajouter des conditions très particulières.
On peut faire du calcul distribué, réparti sur plusieurs unités centrales informatiques. Ceci permet par exemple, de travailler sur le repliement des protéines en recherche biologique ou pharmacologique.
Les applications dépendent de l’imagination des développeurs. Par ailleurs la blockchain peut aider à la liberté d’expression, chaque élément ne pouvant pas être censurables et restant illimité dans le temps. Un protocole a été écrit pour cet usage.

Quelques chiffres sur le bitcoin dans le monde :
17,2 millions ont été minés par plus de 10 mineurs majeurs, 400 millions de transactions, 48 millions de milliards de calcul à la seconde, 9800 nœuds qui transmettent les transactions et qui seraient impossibles à contrôler si un Etat ou un groupe d’Etats voulaient bloquer le système.
La valorisation des bitcoins, fluctuante, est en ce moment de 109 milliards $.

Conclusion :

L’innovation et la création de richesse sont liées au plaisir et à la recherche du moindre effort. Chaque innovation bénéficie des innovations acquises précédemment, qu’on ne va pas chercher à réinventer. On va toujours plus loin. Les puces des ordinateurs que vous portez sur vous, ont été conçues par des ordinateurs. Aucun humain ne pourrait concevoir les circuits imprimés qui sont dans votre poche. On est ici dans la troisième génération : c’est un ordinateur qui a créé un ordinateur, qui a créé un ordinateur.
Cette recherche ininterrompue a permis l’émergence de toutes les civilisations humaines.
Incidemment, on imagine que c’est la bière qui a permis ceci. En effet l’agriculture a été la clé du développement, non pas seulement pour nourrir, mais pour produire de la bière ! Les premiers hommes n’ont pas cultivé le blé qui demande travail et attention, mais plutôt des végétaux de base comme le houblon et l’orge donc le malt. Cette boisson festive a permis de créer des liens entre les différentes ethnies et à contribuer au développement des civilisations. En effet quand on considère les festins traditionnels organisés à travers le monde on y trouve toujours de la viande, certains types de céréales, mais pas le blé, et des alcools, dont la bière, facile à produire.
Je ne suis pas sûr qu’on puisse faire un lien entre bière et développement, entre bière et exploration de l’espace, mais il n’est pas absurde de lier la bière avec l’innovation par les liens qu’elle a facilités.

H16

Conférence donnée lors du 9ème Weekend de la Liberté Considérations sur la nature et les causes de la richesse des nations.

 

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