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Pourquoi avons-nous tant de problèmes avec l’ Islam ?

Pourquoi avons-nous tant de problèmes avec l’ Islam ?

L’horrible attentat islamiste commis le 16 octobre dernier à Conflans Sainte Honorine a placé à nouveau sur le devant de la scène les problèmes que le développement de populations immigrées, de confession musulmane, de plus en plus importantes dans nos pays, en Europe, pose à nos sociétés. Bien évidemment, les musulmans complètement radicalisés qui commettent des attentats au nom de « Allah akbar » ne sont qu’une infime minorité, et, comme cela est sans cesse répété par nos responsables politiques : «  il ne faut pas faire d’amalgame ». Certes, mais, à intervalles réguliers, néanmoins, se produisent des attentats fomentés par des djihadistes qui veulent, au prix de leur vie, faire triompher ce qu’ils entendent être la juste cause de l’islam. Depuis 2015 il y a eu des attentats en France qui ont fait plus de 250 morts et de nombreux blessés, le plus spectaculaire ayant été celui du Bataclan, à Paris, en novembre 2015, revendiqué au nom de Daesh et qui fit 130 morts. Et, de plus en plus, se multiplient les manifestations de refus de s’intégrer à notre société de musulmans vivant dans notre pays, si bien que notre gouvernement annonce qu’il s’apprête à promulguer en début d’année prochaine de nouvelles lois sur le « séparatisme islamique ». Nous voudrions, dans cet article, traiter non pas tant de l’islam, en tant que religion, mais plutôt des raisons pour lesquelles bon nombre de musulmans qui s’installent aujourd’hui en Europe nourrissent à notre égard de vifs ressentiments.

Il faut comprendre qu’il s’agit d’une confrontation entre deux civilisations différentes, la nôtre qui a pour fondement le judéo-christianisme et la civilisation musulmane qui est basée sur l’islam. D’ailleurs, l’islam, en tant que religion, s’écrit avec un i minuscule, et, l’islam , en tant que civilisation, avec un I majuscule, comme indiqué dans le titre de cet article. Les motifs de ressentiment, nous allons le voir, ne sont pas simplement d’ordre religieux. Il faut s’en référer à ce que nous disent les anthropologues. Samuel Huntington, par exemple, dans son ouvrage « Le choc des civilisations », paru en 1996, un ouvrage qui a été traduit en trente-huit langues mais qui a été par trop dénigré par nos intellectuels parisiens, avait fort bien analysé le phénomène : il a développé la thèse qu’il faut aborder les conflits actuels en termes de civilisation, et c’est bien l’approche qu’il convient d’adopter.

Les musulmans, plus encore, sans doute, que les Occidentaux que nous sommes, font corps avec leur civilisation, car c’est leur identité, et le problème de l’identité est tout à fait fondamental pour les individus. On constate l’attachement qu’un musulman porte à son monde par le simple fait que lorsque l’on interroge un musulman vivant en Europe sur sa nationalité, il répond presque automatiquement « musulman », avant même de mentionner le nom du pays dont il est le ressortissant. C’est que, dans l’islam, il existe la notion de « oumma »,c’est-à-dire de « communauté des musulmans », une communauté transfrontalière, ce concept résultant du coran lui-même, Dieu ayant dit au Prophète Mahomet que la communauté des musulmans est la meilleure des communautés qu’il ait jamais créée. Ce problème de l’identité est un premier point à retenir dans les analyses portant sur l’un et l’autre monde. .

Il faut voir, ensuite, quelles sont les réelles raisons d’opposition entre les deux civilisations. Elles sont de trois ordres différents : religieux, historique et psychologique.

Tout d’abord, au plan religieux :

L’islam est une religion fondée sur le message que Dieu aurait délivré au VIIe siècle de notre ère au prophète Mahomet, en Arabie. Cette religion veut que l’humanité tout entière soit régie par l’islam, et que les hommes se conforment rigoureusement au message délivré à Mahomet. En premier lieu, il faut bien voir que chaque musulman doit participer à la mission consistant à étendre le règne de Dieu sur la terre : aussi, l’islam est-il, par nature, conquérant. En second lieu il faut réaliser que Dieu, dans le coran, exige une obéissance totale des hommes à sa loi : ils doivent entièrement t se soumettre à sa volonté, les prescriptions du coran régissant à la fois l’organisation de la vie personnelle des individus, ainsi que celle de la cité. Ce qui pose problème, à nos sociétés occidentales, c’est que bon nombre de prescriptions coraniques s’opposent fondamentalement à la façon dont nous concevons le monde et organisons le fonctionnement de nos sociétés. Point fondamental : les incroyants doivent obligatoirement se convertir à l’islam, faute de quoi on devra les éliminer ; et pour ce qui est de ce que l’islam nomme les « Gens du Livre », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens, on les admettra dans la société pourvu qu’ils s’en tiennent à une pratique très discrète de leur culte, et on en fera des « dhimmis », c’est à dire des citoyens de second rang. Il leur sera interdit d’accéder à de quelconques postes de responsabilité et on les soumettra à une fiscalité spécifique, très lourde, tout à fait dissuasive. En fait, et cela se constate actuellement au Moyen-Orient, beaucoup de musulmans déduisent du livre saint de l’islam, ainsi que des hadiths, c’est à dire de ce qui a été rapporté des paroles et faits et gestes du prophète, qu’il faut combattre les « gens du Livre ». La biographie de Mahomet de Ibn Ishaq nous dit que c’est ainsi que Mahomet a agi : par exemple, il chassa de Médine deux des trois tribus juives qui y résidaient, et à la suite du soutien que la troisième, celle des Banu-Quraya, avait apporté aux Mecquois dans la fameuse bataille de la Tranchée, il fit décapiter les 600 ou 700 hommes adultes, s’appropriant leurs biens et les épouses.

Pour les Occidentaux que nous sommes, le reproche qui nous est fait est donc d’être des incroyants, et ceux-ci, dans l’islam, doivent être éliminés s’ils refusent de se convertir. Et pour ce qui est des chrétiens ou des juifs, on considérera, toujours en s’en référant au coran, que ce sont des personnes à mettre en marge de la société, les juifs étant plus encore que les chrétiens soumis à la vindicte musulmane.

Ensuite, au plan historique :

Les deux mondes se sont trouvés être, sans cesse, en conflit pour des problèmes de territoires, et cela commença très tôt, sitôt après la mort du prophète Mahomet. En effet, vers 635, les cavaliers d’Allah s’élancèrent avec fougue à la conquête du monde, le prophète leur ayant dit : « La terre appartient à Dieu et aux musulmans » . Ces luttes pour l’extension de l’islam avaient un double caractère : religieux et bassement matériel. Si un combattant y laissait la vie, il lui était garanti qu’il irait au paradis ; et, au plan matériel, il lui était promis d’avoir les trois-quarts des butins pris à l’ennemi : donc un marché tout à fait séduisant pour des bédouins aventureux et vaillants. Damas tomba en 636, puis Jérusalem, en 638. Ce fut ensuite le tour d’Alexandrie, en 643.Finalement, les musulmans envahirent toute l’Afrique du nord et ils arrivèrent au Maroc, prenant Ceuta en 704. Il y eut, ensuite, la conquête de toute l’ Espagne wisigothique, puis le franchissement des Pyrénées en 717 ; et, comme l’on sait, leur avancée fut stoppée par Charles Martel à Poitiers, en 732. Il faut rappeler que tous ces territoires conquis par les musulmans appartenaient, au Moyen- Orient et en Afrique du nord, à l’empire romain où Théodose, le successeur de l’empereur Constantin, à Byzance, avait décidé, en 380, de faire du christianisme la religion d’État.

Il y eut ensuite les croisades, déclenchées en 1095 par le pape Urbain II à Clermont, en France, pour reconquérir la terre sainte des chrétiens. Le cheminement jusqu’en Palestine fut très difficile, et extrêmement éprouvant pour les croisés. Jérusalem, finalement, fut reprise en 1099, et les historiens nous disent que ce fut un bain de sang épouvantable : aussi, cet évènement est- il resté gravé dans la mémoire des musulmans, et ils nous le reprochent encore aujourd’hui. Les croisés furent, finalement, chassés de Palestine par le fameux Saladin qui parvint à reprendre Jérusalem en 1187, après près de deux siècles d’occupation par les croisés, et malgré la vaillance de leurs ordres militaro-religieux.

En Europe, il fallut combattre l’invasion des Turcs. Constantinople, la capitale de l’empire byzantin, était tombée en 1453, et l’histoire dit que Mehemet II, monté sur son fier coursier arabe pénétra dans sainte Sophie au galop pour proclamer la victoire d’Allah, piétinant rageusement tous les objets pieux de la basilique. Il fit décapiter le cadavre du basileus Constantin XI, qui était tombé l’épée à la main : sa tête fut placée dans une boite contenant du miel, et on l’expédia ainsi à différents princes mahométans.

Un peu plus tard, les Turcs, emmenés par Soliman le Magnifique, arrivèrent par deux fois devant Vienne. Il fallut les repousser, et ce fut très difficile, les Papes déclenchant à plusieurs reprises, mais sans beaucoup de succès, plusieurs croisades « contra Turcos ».Les luttes durèrent près de trois siècles, et la Grèce, finalement, fut libérée, mais seulement en 1829. Aprés la première guerre mondiale, la Turquie qui s’était alliée à l’ Allemagne vit son empire démantelé, et Mustapha Kemal qui avait pris le pouvoir entreprit, pour redresser le pays, de l’occidentaliser le plus possible. Il accusa l’islam d’être la cause de sa décadence, et il abolit le califat. On se souvient qu’il avait dit de cette religion : « L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral est un cadavre putréfié qui emprisonne nos vies ».

Au XIXe siècle, le mouvement repartit, mais cette fois en sens inverse. Ce furent les Hollandais à Java en 1825 qui étendirent ensuite, progressivement, leur contrôle sur toute l’Indonésie (les Indes néerlandaises), les Français en Algérie en 1830, puis, ensuite en Tunisie et au Maroc, les Anglais en Egypte en 1882, les Italiens en Libye en 1911, etc… Au siècle suivant, c’est-à-dire au XXe siècle, commencèrent à apparaitre des réactions de révolte des musulmans, avec, d’abord, le mouvement panislamique qui se proposa de réunir tous les musulmans de l’ummat islamiyya, le théoricien étant Mohamed Abduh ; puis, en Egypte, les « Frères musulmans »,un mouvement très radical que créa en 1928 Hassan el Bana. Un peu plus tard, il y eut la création du mouvement panarabe, avec Nasser, en Egypte, qui voulut rassembler les différents pays arabes (l’Union des républiques arabes) ; dans son élan, il eut l’audace, contre toute attente, de s’emparer en 1956 du canal de Suez. Mais, déjà, en Iran, quelques années plus tôt, le premier ministre Mossadegh avait réussi à nationaliser l’ Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) qui appartenant aux Anglais. Se déclenchèrent alors, dans chaque pays qui avait été colonisé par des Européens, des luttes pour l’indépendance, les leaders indépendantistes s’appuyant sur l’islam pour réveiller les foules et les mobiliser contre les Occidentaux. Ce fut le cas, notamment, en Algérie avec le cheikh Abdelhamid Ben Badis. Le point d‘orgue fut la douloureuse guerre d’Algérie, déclenchée en novembre 1954, qui s’acheva huit ans plus tard par l’accès de l’Algérie à l’indépendance, bien que la France eut déployé sur place une armée de quelque 500.000 hommes.

Il a résulté des toutes ces luttes des pays musulmans menées avec succès pour s’affranchir de la tutelle des pays occidentaux et recouvrer leur indépendance la naissance chez toutes ces personnes dans le monde musulmans de sentiments de fierté. Enfin, donc , les musulmans peuvent-ils relever la tête : ils sont parvenus à remporter des victoires sur les Occidentaux, tout cela après des siècles de défaites et de soumission. Parmi les plus spectaculaires d’entre elles, il y avait eu, rappelons-le, la fameuse bataille navale de Lépante, en 1571, où toute la flotte turque avait été détruite par la flotte chrétienne de la Sainte Ligue, une coalition montée à l’initiative du Pape Pie V. Et l’un des participants célèbres à cette bataille fut Cervantès qui y perdit sa main gauche.

Enfin, au plan psychologique :

La civilisation arabo-musulmane et la civilisation occidentale sont en compétition depuis des siècles. La musulmane fut très brillante au moyen âge, supérieure à la nôtre nous disent les historiens, et son apogée va du VIIe siècle au milieu du XIIe siècle. Du fait des conquêtes musulmanes, la langue arabe s’était largement répandue en sorte que les informations purent circuler aisément de la Perse à l’Andalousie. Ainsi se répandirent les apports de l’antiquité grecque, ceux d’ Alexandrie, ceux de la Perse qui avait elle-même bénéficié de nombreuses connaissances en provenance de l’ Inde et de la Chine. Des noms comme Avicenne (980-1037) pour la médecine et Averroès (1126-1198) pour la philosophie sont restés célèbres. La civilisation occidentale, elle, commença à prendre son essor à la Renaissance, à partir du XIIe siècle ; il y eut, ensuite, comme étapes importantes, l’invention de l’imprimerie en 1453, puis la découverte de l’ Amérique par Christophe Colomb en 1492. A partir de là les découvertes de nombreux autres territoires transformèrent la vision que les Européens avaient du monde, et ils se sont mis, alors, à se doter de vastes empires coloniaux. Il y eut, ensuite, la naissance du protestantisme, en 1517, puis la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles. Tous ces éléments se combinèrent, donnant une force considérable à la civilisation occidentale qui s’est trouvée enrichie, au plan culturel, par les grands penseurs du siècle des Lumières. La civilisation occidentale a ainsi complètement éclipsé la civilisation musulmane, devenant même peu à peu dominante dans le monde. Les musulmans, au plan psychologique, s’en trouvent aujourd’hui vexés et meurtris, et beaucoup de théologiens musulmans ont donné pour explication de cet effacement de leur civilisation le fait que les croyants se sont par trop écartés du texte du coran, d’où, pour eux, la nécessité d’en revenir aux sources même de l’islam.

On peut donc aisément imaginer dans quelles dispositions d’esprit se trouvent aujourd’hui les musulmans qui sont contraints, du fait du grave sous- développement économique de leur pays, de venir s’installer dans un de nos pays, en Europe, et principalement en France d’ailleurs, pour y trouver de meilleurs conditions d’existence. Après des siècles de conflits entre nos deux mondes ils se trouvent dans une phase ascendante du fait des victoires qu’ils viennent de remporter sur les anciennes puissances coloniales, et de la nécessité qu’ont les Européens de faire profil bas du fait qu’ils doivent ménager la susceptibilité des pays arabes du Moyen-Orient qui les approvisionnent en gaz et en pétrole et leur achètent des armes. Les musulmans qui s’installent en Europe ont donc tendance à afficher fièrement leur identité, et, mettant à profit les facilités que leur offre notre adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme, exploitent au mieux les possibilités d’aide auxquelles ils pourraient avoir droit dans notre pays, satisfaits de pouvoir prendre, en somme, leur revanche. Et, au plan démographique, les pays musulmans sont en croissance, alors que la démographie des Occidentaux est, elle, dans une phase de déclin.

Conclusion :

On comprend donc qu’un grand nombre de musulmans qui s’installent aujourd’hui dans notre pays puissent être animés par des ressentiments à notre égard, d’autant que la France a été toujours en tète dans ces affrontements avec les musulmans. Emmanuel Macron , en visite en Algérie pendant sa campagne électorale, n’avait pas hésité, on s’en souvient, à déclarer sur une chaine de télévision locale que «  la colonisation est un crime contre l’humanité », et la France, précisément, a été une grande puissance coloniale : une telle déclaration, des plus inopportune, ne peut qu’attiser les rancœurs et induire du ressentiment. Et le ressentiment est une passion forte, nous disent les psychologues : il en résulte un besoin de punir ceux qui nous ont  blessé. Le ressentiment induit de la haine et celle-ci incite à la vengeance. Le chercheur américain Paul Eckman, de l’université de Californie, explique que les humains ont des émotions apprises et « câblées » dans leur cerveau, et dans le cas des musulmans tous ces éléments du passé meublent confusément leur psychisme lorsqu’ils se trouvent transportés dans un de nos pays européens.

Malheureusement pour les Occidentaux que nous sommes, ces arrivées de nombreux musulmans dans nos pays surviennent au moment où notre civilisation a amorcé sa phase de déclin, comme nous l’indique le philosophe Michel Onfray dans son ouvrage tout récent « Décadence », avec pour sous-titre « Vie et mort de l’Occident ».Oswald Spengler, d’ailleurs, nous en avait déjà avertis, au lendemain de la Grande guerre, dans son ouvrage « Le déclin de l’ Occident », en parlant non pas de « civilisations » mais de « cultures ». Les ressorts de nos sociétés sont cassés.

Ce dont il convient de se souvenir, c’est de la conclusion à laquelle Arnold Toynbee, mort en 1975, était parvenu en étudiant l’histoire des civilisations, qui est la suivante : « Les civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident ». On ne peut que constater que les évolutions en cours ,dans nos sociétés, sont tout à fait conformes aux constats de ce grand historien anglais : beaucoup des dispositions que nous prenons actuellement, dans nos sociétés, pour accueillir tous ces migrants confirment bien les craintes qu’avait exprimé Arnold Toynbee . Ce grand historien avait consacré toute son existence à l’étude de l’histoire des civilisations, et il nous a laissé une théorie générale, en douze volumes, une œuvre monumentale et inclassable que nos dirigeants seraient bien avisés de consulter.

Claude Sicard

Auteur de : « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l Europe »

et «L’islam au risque de la démocratie » ( Ed.François Xavier de Guibert)


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