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Opinions

Pourquoi l’islam met-il en échec la politique française d’assimilation ?

Notre ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a réuni le 28 novembre dernier place Beauvau tous les préfets de France pour les mobiliser dans la lutte contre « l’islamisme et le repli communautaire » que déclenche le gouvernement. Il s’agit d’un combat prioritaire, leur a-t-il dit, avec insistance. Le développement de l’islam qui a été important à partir de la fin du siècle dernier met aujourd’hui les autorités du pays face à un double problème : lutter avec succès contre les attentats islamistes et éviter le fractionnement de la société. Des musulmans radicalisés commettent, en effet, en différents points du territoire, de temps à autre, des actes de terrorisme odieux, mettant en échec la vigilance de nos services de police, et un peu partout se développent des communautés musulmanes qui s’organisent pour vivre refermées sur elles-mêmes, en revendiquant leur droit à rester fidèles à leur culture d’origine, celle de la civilisation musulmane qui est fortement différente de la notre. Un double défi, donc, pour nos gouvernants.

Tout d’abord quelques précisions sur les termes. L’islamisme, c’est le choix des enseignements du Coran comme guide pour l’action politique. L’objectif des islamistes est de répandre le message du Prophète Mahomet sur toute la planète et de faire en sorte que la loi de Dieu s’applique au monde entier. Plusieurs courants existent, les trois principaux étant les salafistes, les wahhabites et les Frères Musulmans. Dans tous les cas, il s’agit de s’en tenir à l’islam des origines, celui des « pieux ancêtres », en refusant toute altération du Coran. Les Frères Musulmans ont ainsi pour slogan : « le Coran est notre constitution », et ils ont pour emblème deux sabres croisés au-dessus d’un Mushaf (Coran). Les islamistes sont donc des musulmans radicaux qui font une lecture littérale du livre sacré de l’islam.

Le communautarisme, dans le langage politique, désigne le fractionnement de la communauté nationale en groupes ayant des identités qui leur sont propres. Dans le cas de notre pays, il s’agit de groupes qui dans leur repli identitaire se revendiquent de la civilisation islamique : ils ont leurs propres codes, des modes de pensée et d’agir spécifiques, et des manières de concevoir le vivre ensemble qui sont différentes des nôtres.

Il faut, en premier lieu, se remémorer les raisons pour lesquelles la civilisation occidentale qui est issue de la chrétienté et la civilisation musulmane qui est fondée sur l’islam sont en conflit, et, ce, depuis l’apparition de l’islam en Arabie au VIIe siècle de notre ère. Les motifs de conflit sont de trois ordres : des raisons doctrinales, des raisons historiques et des raisons psychologiques.

Pour les musulmans, le message du Prophète Mahomet vient corriger et compléter les précédents prophètes, et Il n’y en aura pas d’autres. Les gens du Livre (les chrétiens et les juifs) sont blâmés du fait qu’ils ne veulent pas se rallier au message de Mahomet : ils sont dans l’erreur.

Second point d’opposition : l’histoire même de ces deux mondes qui ont été sans cesse en conflit, des conflits guerriers souvent très violents pour des possessions de territoires. Les cavaliers d’Allah, sitôt après la mort de Mahomet, s’élancèrent à la conquête de l’Europe chrétienne et arrivèrent très vite jusqu’en Espagne. Passant les Pyrénées, ils se trouvèrent stoppés dans leur progression à Poitiers, en 732 : en 100 ans ils étaient parvenus à conquérir d’immenses territoires. Il y eut ensuite les Croisades, et en Europe orientale plusieurs siècles de guerre avec les Turcs qui s’étaient avancés jusqu’à Vienne. Les Papes, à plusieurs reprises, lancèrent des croisades « contra turcos », sans beaucoup de succès d’ailleurs. Au XIXe siècle, le mouvement repartit, mais cette fois en sens inverse : ce furent les grandes puissances européennes qui se montrèrent, à leur tour, conquérantes, avec la force que leur donnaient leurs armes et leurs avancées au plan technique. Elles entreprirent d’aller exercer leur domination sur un bon nombre de pays musulmans, en Afrique, au Moyen Orient, et en Asie. Cette période coloniale s’acheva à la fin du siècle dernier par les luttes de « Libération » menées avec succès par tous ces pays musulmans qui avaient été colonisés. La guerre d’Algérie, qui dura huit ans, a laissé de part et d’autre beaucoup de meurtrissures, encore à vif aujourd’hui.

Ces brefs rappels que nous venons d’effectuer laissent comprendre que les musulmans qui s’installent aujourd’hui en Europe puissent nourrir des sentiments de ressentiment à l’égard des Européens, et tout particulièrement des Français qui sont la nation qui a été, historiquement, à la pointe des luttes contre les musulmans. Emmanuel Macron, on s’en souvient, alors qu’il n’était que seulement candidat à la présidence de la République, n’avait-il pas déclaré, lors d’une visite en Algérie, que « la colonisation avait été « un acte de barbarie », et il était allé jusqu’à utiliser même le terme de « crime contre l’humanité » ?

Comment, dans ce contexte, proposer une politique d’assimilation crédible ? Une précision doit être apportée, à ce stade, sur la notion d’assimilation. La France est, en effet, un pays qui a pour politique d’assimiler les étrangers qui viennent s’installer sur son territoire : la République est « une et indivisible ». Deux possibilités s’offrent aux migrants s’installant dans un pays qui n’est pas le leur : soit s’intégrer, soit s’assimiler. S’ « intégrer » signifie conserver les caractéristiques de sa propre civilisation mais en s’adaptant aux mœurs et coutumes du pays dans lequel on a choisi de vivre. S’ «assimiler» signifie aller bien plus loin : c’est abandonner la civilisation à laquelle on appartient pour adopter celle du pays d’accueil. Dans le premier cas les personnes qui s’intègrent conservent donc leur identité, alors que dans le second elles la perdent, et en changent. Les Italiens, les Espagnols, les Portugais, etc., qui se sont implantés en France n’ont pas eu à changer d’identité, mais seulement de culture : dans une civilisation, il y a, en effet, des cultures différentes, mais les fondements civilisationnels sont les mêmes pour tous les membres. Dans le cas des musulmans s’implantant en France, s’assimiler signifierait renoncer à son identité pour adopter celle d’un Occidental : on peut comprendre que cela leur soit impossible : ce serait pour ceux qui le feraient trahir tous les leurs. Les musulmans appartiennent, nous dit le Coran, à la douma, la grande communauté des musulmans, et chaque musulman a pour patrie la douma avant d’appartenir à telle ou telle nation dont il est originaire. Un musulman qui s’assimilerait serait aussitôt envahi par un sentiment insupportable de lâcheté : un projet impossible, donc, car les musulmans ont un sens aigu de l’honneur.

Mener une lutte contre le communautarisme, comme entreprend de le faire le gouvernement, va donc être extrêmement difficile : les musulmans qui s’installent en France, ainsi que leurs descendants, veulent conserver leur identité. Bien évidemment, ils ne seront pas tous des islamistes et seuls quelques individus isolés pousseront leur fanatisme jusqu’à commettre des attentats.

Les musulmans conservant donc inévitablement leur identité, et devenant progressivement de plus en plus nombreux en Europe, il va se produire une confrontation entre la civilisation occidentale et la civilisation musulmane. Et c’est l’anthropologue Claude Lévi-Strauss qui est le mieux placé pour nous avertir de ce qui va advenir. Dans son ouvrage Race et Histoire il nous donne la réponse. Il nous dit :

« Lorsque deux civilisations en viennent à se trouver en concurrence sur un même territoire il y a conflit. Il se passe alors une des deux éventualités suivantes : Soit désorganisation et effondrement du pattern de l’une des deux civilisations ; Soit apparition d’une synthèse originale qui, alors, consiste en l’émergence d’un troisième pattern, lequel est irréductible par rapport aux deux autres ».

La civilisation occidentale, dont l’Europe est la matrice, ne disparaîtra pas complètement de ce continent, et la civilisation musulmane, de son côté, ne s’éclipsera pas, non plus, les musulmans européens étant en osmose avec l’ensemble des musulmans du monde qui en sont aujourd’hui à un peu plus d’un milliard et demi de personnes. C’est donc la solution de synthèse qui va s’imposer. On va donc voir s’opérer, peu à peu, une mutation de notre civilisation vers un « pattern » qui sera nouveau. Déjà, d’ailleurs, de nombreux signes avant-coureurs sont perceptibles, dans tous les domaines, les Européens ne défendant plus leur civilisation. Le Conseil de l’Europe, à Strasbourg, le leur interdirait, d’ailleurs, si jamais ils entreprenaient de le faire. Le Conseil de l’Europe est en effet en charge de la défense des droits de l’homme, et la France y a adhéré, en 1974 après bien des hésitations. Il a pris position de défendre, ardemment, l’islam. D’ailleurs, la Turquie en est membre. Par sa résolution 1162, qui date de 1991, il a vanté « la contribution de la civilisation musulmane à la culture européenne », et, plus récemment, par sa résolution 1743, qui date de 2010, il a indiqué aux gouvernements des pays membres que « Les musulmans sont chez eux en Europe » (article 3).

Telles sont les perspectives auxquelles nous sommes confrontés, aujourd’hui. Aussi serait-il bon de rappeler la conclusion à laquelle était parvenu Arnold Toynbee, après avoir passé la plus grande partie de son existence à étudier les civilisations qui se sont succédées dans différentes parties du monde, une conclusion des plus éclairantes pour nos gouvernants :

« Les civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident ».

Claude Sicard, auteur de Le face à face islam- chrétienté : quel destin pour l’Europe ? ; et L’islam au risque de la démocratie (Ed F.X de Guibert).

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