Loading...
Conférences

Propriété & Responsabilité : des Solutions pour la France

Propriété & Responsabilité :

des Solutions pour la France.

Essai sur le cas de certains patrimoines culturels et naturels.

 

Par Nathalie MP.

1 • La France, un pays hautement dirigiste qui croit que seul l’État est capable de dire le bien, le beau et le juste sans jamais se tromper.

 

Comme vous le voyez dans mon titre, je parle de solutions « pour la France ». En réalité, les solutions qui impliquent ordre spontané, initiatives individuelles, responsabilité, libre jeu du système des prix, bref, les solutions qui s’appuient sur le marché libre plutôt que sur la contrainte de réglementations administratives conscientes sont évidemment universelles.

Mais la France où nous habitons, travaillons, étudions… présentement n’est pas n’importe quel pays. C’est un cas, une exception, une curiosité, pour ne pas dire une monstruosité mondiale : c’est le pays champion du monde (certaines années vice-champion, mais le titre est vite récupéré) des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques.

Par rapport au PIB, c’est-à-dire par rapport à la richesse produite chaque année, les premiers représentent 45 % et les secondes 56 % (chiffres de 2018). Deux chiffres qui ridiculisent définitivement toutes les tentatives Insoumises ou autres pour faire passer la France pour un pays perclus de libéralisme débridé.

La France n’est certes pas l’Union soviétique au sens où la propriété privée n’a pas été abolie, mais c’est néanmoins un pays extrêmement administré et dirigé, aussi bien par ses dépenses publiques et ses impôts que par son nombre de fonctionnaires et sa propension compulsive à l’inflation législative et réglementaire permanente, thème de la présente conférence
Or non seulement le nombre de fonctionnaires (5,7 millions en décembre 2017) ne baissera pas (déclaration de Darmanin, juillet 2019), contrairement à la minuscule promesse de campagne du candidat Macron de baisser les effectifs de 120 000 postes ;
Mais la France, c’est aussi ce pays où le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, du haut des 56 % dont je viens de parler, estimait récemment sans rougir que « le capitalisme est dans une impasse » car :
« Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. »

Eh oui, le capitalisme, le libre marché, la libre entreprise, le libre-échange ! C’est-à-dire exactement ce qui a permis à des millions et des millions de gens de sortir de la pauvreté, de la sous-nutrition et de la maladie. En 1990, 37 % de la population mondiale vivait sous le deuil de pauvreté ; en 2015, ce chiffre est tombé à 9,6 % tandis que dans le même temps la population mondiale passait de 5 milliards à plus de 7 milliards.

Mais de tout ceci, Bruno Le Maire n’a cure. Pour lui, indéfectiblement accroché à son idée que le libéralisme, c’est le mal – un péché, m’a-t-on dit un jour – il est évidemment « indispensable » de transformer le capitalisme en un « capitalisme du bien » étroitement « encadré » par les pouvoirs publics !

Or chaque fois que le gouvernement décide de créer un quota hommes femmes, ou de fixer des salaires minimum et maximum, ou d’encadrer les loyers, ou de subventionner certaines activités plutôt que d’autres, ou d’interdire la tenue de certains propos etc., il réduit en fait le champ de ce que chacun d’entre nous peut faire avec ce dont il est propriétaire, qu’on parle de propriété foncière, de propriété de son travail ou de liberté d’expression.
Aussi, ce que d’aucuns appellent deuxième gauche ou troisième voie ou social-démocratie (ce qu’on vit en France), croyant y trouver la solution idéale entre un marxisme pur et dur qui n’a pas trop fait ses preuves dans l’histoire et un libéralisme rapidement et commodément associé à tous les malheurs du monde – cette troisième voie, donc, ne constitue qu’une différence de degré avec le marxisme, certainement pas une différence de nature.

 

2 • Titre de Libé : Acheter pour préserver ? Mon Dieu, quelle horreur !

Dès lors, on comprend la divine surprise d’un média très politiquement correct comme Libération lorsqu’il apprend en juin dernier qu’une association privée se propose d’acheter des terres pour protéger la nature et la vie sauvage.

Le titre à lui seul, avec ses trois points de suspension après « acheter », est extrêmement révélateur de l’état d’esprit qui prévaut en général dans la société française. Comment le fait d’acheter – et pas d’étatiser ni de réglementer plus – comment cette action horriblement marchande, comment cette action de marché typique pourrait déboucher sur quelque chose de bien, à part servir le goût morbide de l’argent et du patrimoine de ceux qui s’y livrent ?
L’article afférent est succinct : une association qui dit ne recevoir aucune subvention publique et se financer uniquement par des dons en provenance de particuliers et de fondations a déjà acheté et veut continuer à acheter plusieurs centaines d’hectares de zones naturelles afin de protéger efficacement la biodiversité. Pourquoi ? Parce que même si des zones naturelles publiques telles que les parcs nationaux existent, l’association juge que l’État n’accomplit pas correctement sa mission de protection et préfère faire le travail elle-même via son droit de propriété.

3 • « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon ? »

C’est là, à l’intersection de nos 56 % de dépenses publiques, de nos 45 % de prélèvements obligatoires, de notre chômage nettement plus élevé que chez nos voisins, de notre croissance faiblarde, de notre système d’enseignement médiocre, d’un accès aux soins de plus en plus critique, de la colère des Gilets jaunes et du constat récurrent (de la Cour des Comptes, par exemple) que l’État français est aussi tentaculaire que parfaitement incapable d’assurer efficacement les missions de plus en plus nombreuses et parfois farfelues qu’il s’attribue – c’est donc là, au sein de cette « incompréhensible » incohérence (tant de dépenses publiques pour si peu de résultat) que surgit la célèbre question de la célèbre Jacline Mouraud qui a peu ou prou déclenché la fronde des Gilets jaunes :

4 • Échec des systèmes planifiés, collectivisés ou très dirigés.

Derrière cette question, surgit celle de la pertinence humaine des systèmes étatisés. L’expérience nous a donné la réponse depuis longtemps : tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la planification et de la collectivisation des patrimoines et des activités humaines, tout ce qui s’approche de près (marxisme) ou d’un peu moins près (deuxième gauche) du socialisme est par nature privatif de liberté et se transforme rapidement en faillite économique. La double peine. Pas un seul petit lendemain qui chante à l’horizon.

Même au pays de « L’ouvrier et la kolkhozienne » – sculpture de 1937 à la gloire des merveilleux accomplissements de la faucille et du marteau – il a fallu restituer aux paysans un petit lopin de terre, histoire de ne pas faire mourir de faim et de désespoir tout le pays. Résultat, en 1938, ces parcelles privées qui représentaient 3,9 % des terres ensemencées généraient 21,5 % de la production agricole.

On voit l’efficacité par rapport à l’agriculture soviétique collectivisée en vigueur. C’était pourtant de très petites parcelles, 4 000 m2 au plus, et de ce fait très peu mécanisées. Mais c’était LEUR parcelle et ils avaient la liberté d’en disposer à leur guise, de la mettre en valeur, d’en consommer les produits et de les vendre sur un marché.

On peut citer aussi l’exemple des kibboutz israéliens. Clairement inspirés des kolkhozes d’où venaient les migrants juifs, ils ont maintenant renoncé à leurs principes collectivistes et égalitaristes – cocktail idéal pour attiser les rancœurs, générer de la pénurie et précipiter la faillite – pour se transformer en véritables entreprises privées soucieuses d’utiliser au mieux leurs ressources.

Les expériences d’autogestion qui furent tentées en France, dans l’entreprise horlogère LIP notamment au milieu des années 1970, relevaient des mêmes idées et finirent exactement dans la même déconfiture. Loin de stimuler les initiatives personnelles comme le fait la propriété privée, l’autogestion décourage les plus entreprenants et entretient les moins actifs dans un système de nivellement par le bas.

 

5 • Analyses théoriques de cet échec.

À tout seigneur, tout honneur ! Comme nous sommes ici rassemblés en vertu des analyses économiques et sociales aussi percutantes que prémonitoires de Frédéric Bastiat, rappelons d’abord que pour lui :
« La fonction publique, la fonction privée ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci, que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres ; d’où il suit qu’il n’est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir. » (Aux électeurs de Saint-Sever, juillet 1846)

Et ce d’autant plus que, d’une part, les services publics dépendent entièrement des fins sociales privilégiées par le pouvoir en place :
« Par leur nature, les services publics, la loi qui les règle, la force qui les fait prévaloir, ne sont jamais neutres. » (Services privés, service public, dans Harmonies économiques, 1850)

Et que d’autre part, par élimination de la concurrence, « ce stimulant qui pousse au progrès » (idem), ils tombent inéluctablement dans l’immobilisme voire la faillite :

« À mesure donc que des services privés entrent dans la classe des services publics, ils sont frappés, au moins dans une certaine mesure, d’immobilisme et de stérilité, non au préjudice de ceux qui les rendent (leurs appointements ne varient pas), mais au détriment de la communauté tout entière. » (Idem)

À mesure donc que les services publics s’étendent, non seulement ils agissent contre la prospérité, mais ils rognent sur la propriété privée, ils rognent sur la liberté et ils rognent finalement sur l’esprit de responsabilité de l’être humain.
Car comme le dit Bastiat, toujours dans Services privés, service public :

« La responsabilité ! Mais c’est tout pour l’homme : c’est son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans elle, l’homme n’a plus de libre arbitre, il n’est plus perfectible, il n’est plus un être moral, il n’apprend rien, il n’est rien. Il tombe dans l’inertie, et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau. »

L’homme devient exactement ce que l’économie planifiée, la collectivisation des moyens de production ou même simplement l’économie dirigée et réglementée telle que nous la connaissons en France ont fait de notre kolkhozien, de notre kibboutznik, de nos ouvriers friands d’autogestion et de notre multitude de fonctionnaires, d’élus et de politiciens.
Bien à l’abri à l’écart de la concurrence et assurés d’obtenir les ressources nécessaires grâce à l’impôt (du verbe « imposer »), qu’ils fassent plus ou moins ou carrément rien ne changera rien à leur situation personnelle. Bastiat reconnait que « l’esprit de corps, le désir de l’avancement, l’attachement au devoir, peuvent être pour le fonctionnaire d’actifs stimulants », mais, à l’expérience, il estime que jamais ces éléments n’agiront comme le vif stimulant de l’intérêt personnel :

« Tout ce qui est tombé dans le domaine du fonctionnarisme est à peu près stationnaire. » (Idem)

Stationnaire ; et encore, propos bien modéré. Probablement parce que Bastiat, décédé en 1850, a surtout vécu pendant la Monarchie de Juillet, période somme toute relativement libérale en France et parce qu’il n’a pas eu le plaisir « de fin gourmet » de voir le Manifeste du Parti communiste (1848) mis en application à partir de la révolution d’Octobre en Russie.

Mais il n’empêche, la clairvoyance, la prémonition et l’incroyable actualité des réflexions de Frédéric Bastiat est absolument époustouflante. Pas étonnant dès lors qu’il ait influencé ensuite tant d’économistes libéraux parmi les plus éminents. Hayek ou Rueff notamment, dans leurs controverses avec Keynes.
Le premier a montré brillamment (dans La Route de la Servitude, chapitre 4, par exemple) qu’aucune planification consciente ne pourrait parvenir à tenir compte de la multitude de facteurs économiques et humains nécessaires. Au contraire, plus l’environnement devient complexe, plus les informations indispensables deviennent difficiles à obtenir, plus la coordination des renseignements par le système impersonnel des prix montre sa puissance et sa supériorité sur tous les systèmes de coordination « consciente ».
De son côté, l’École du choix public s’est attachée à mettre en évidence l’inefficacité publique en montrant que le développement des interventions publiques s’explique non par la recherche d’un intérêt général introuvable, mais par le désir de certains groupes sociaux, élus et fonctionnaires de conserver postes, mandats et fonds publics pour leurs projets ou leurs recherches (dans le cas des enseignants-chercheurs).

Quant à Milton Friedman, vous connaissez certainement sa classification des quatre façons de dépenser de l’argent : pour soi ou pour les autres avec son propre argent et pour soi ou pour les autres avec l’argent des autres. Les administrations publiques sont typiquement des entités qui dépensent l’argent des autres pour les autres, avec pour conséquence principale de n’avoir aucune considération ni pour le prix de ce qu’elles achètent, ni pour la qualité qu’elles obtiennent en échange. On atteint là le summum de l’irresponsabilité organisée, comme nous l’a clairement démontré la récente affaire des « faux steaks » pour les plus démunis.

6 • Application de l’article précédent à certains patrimoines culturels.

6.1 · Je vous disais il y a quelques instants que certaines des missions de l’État étaient « farfelues ».

Savez-vous, par exemple, que l’État fabrique de la vaisselle de luxe en porcelaine ? De la porcelaine de Sèvres, en l’occurrence. Eh oui, les artisans qui œuvrent à ces fabrications sont des fonctionnaires ! Un héritage de l’interventionnisme étatique de Colbert, évidemment, mais qui perdure au XXIème siècle et dont on a pris conscience lorsqu’il fut question l’an dernier du renouvellement de la vaisselle d’apparat de l’Élysée.

A la Manufacture de Sèvres, tout est si précieux, indispensable et exceptionnel qu’il faut quand même la subventionner à hauteur de 4,4 millions d’euros quand les ventes représentent 1,8 millions et la billetterie et le mécénat 1,2 millions. Et si l’on ne parvient pas à boucler le budget, il est toujours possible de demander une petite rallonge au ministère de la Culture, comme ce fut le cas pour les assiettes présidentielles.
Quels efforts de productivité et de créativité pourrait-elle faire dès lors qu’elle est assurée de recevoir sa subvention étatique et qu’elle se sait en mesure d’obtenir facilement des enveloppes supplémentaires qu’on pourra commodément mettre sur le compte de la fameuse exception culturelle française ?
On pourrait fort bien imaginer que l’État vende cette activité à un repreneur et se fournisse auprès de fabricants privés mis en concurrence et ainsi toujours poussés à adapter leurs productions et à en améliorer l’attractivité sur le plan du design comme sur celui de la fabrication.

6.2 · Si l’on se tourne maintenant vers tout ce qui est mobilier et œuvres d’art.

Le plus grand désordre semble régner dans les greniers et les inventaires de l’État (au sens large : ministères, régions, communes, musées, préfectures, etc.) à tel point que les « disparitions » du mobilier national se comptent par dizaines de milliers (pas loin de 40 000 selon l’IFRAP en 2009).

Un article de France Info nous racontait la chose suivante :

« Il arrive que certaines toiles soient tellement bien cachées dans les combles des musées, mairies, préfectures, ambassades… qu’on finisse par les oublier. La preuve au musée des Beaux-Arts de Menthon où la conservatrice Elsa Puharre a fini par retrouver une nature morte du peintre tchèque Othon Coubine (1883-1969) : Elle était dans les combles, cachées par d’autres œuvres empilées… Il fallait farfouiller pour la trouver. »

Quand ce ne sont pas des vols purs et simples au profit de fonctionnaires indélicats, notamment dans les préfectures et les ministères…

Il est probable que parmi les 290 000 pièces concernées, toutes ne soient pas dignes du Louvre ou du Musée d’Orsay. Pourrait-on suggérer à l’État ou aux communes d’en mettre certaines aux enchères ?

De nombreux amateurs privés seraient certainement heureux de les avoir chez eux. Ils en prendraient soin et ne priveraient personne de pouvoir les admirer puisqu’en l’état elles sont cachées, oubliées et mal entretenues dans des greniers poussiéreux dont il n’existe aucune liste fiable. Ils pourraient même leur redonner une vie muséale via la création de musées privés.

6.3 · Le fonctionnement du Mobilier national.

Les 2 exemples précédents sont finalement assez gentillets par rapport au véritable scandale que constitue le fonctionnement du Mobilier national. Tout ce que Bastiat, l’École du choix public ou Milton Friedman ont dénoncé dans le service public s’y retrouve au centuple.

Dans son rapport 2019, la Cour des Comptes n’est pas tendre pour cette institution dépendant du Ministère de la Culture chargée de la création et la restauration des objets destinés à l’Élysée, aux ambassades et aux ministères.
Organisation « sclérosée », « immobilisme », absentéisme élevé en général et très élevé s’agissant des représentants syndicaux, temps de travail ultra laxiste de 30 heures par semaine et de 120 à 176 jours par an quand un salarié du privé aux 35 heures doit travailler 228 jours par an, dotations « habillement » vagues et incontrôlées, logements « occupés à des conditions particulièrement favorables » – on en déduit logiquement que le Mobilier national brille par sa faible productivité et un médiocre accomplissement de ses missions.

Cerise sur le gâteau : il n’est même pas certain que le temps de travail effectué au profit du Mobilier national se monte à 30 heures hebdomadaires, car les horaires ne sont pas vérifiés et les agents bénéficient du système de la « perruque » : ils ont la possibilité d’utiliser les ateliers et toutes leurs ressources pendant les horaires de travail pour y réaliser des travaux personnels !
Suite à son désolant constat, la Cour des Comptes préconise quelques réformettes consistant à remobiliser les équipes et rationaliser l’organisation. Mais le système de la « perruque » suggère une bien meilleure idée :
Puisque les agents du Mobilier national effectuent des travaux pour leur propre compte, on en déduit qu’il existe un marché privé de la restauration et de la création de meubles et tapis de haute qualité. Prenons-les à leur propre jeu en restituant l’ensemble des activités protégées du Mobilier national au secteur privé !

7 • Application de l’article précédent à certains patrimoines naturels

Il est un autre domaine où le recours à la propriété privée et au libre marché se révèle extrêmement avantageux pour parvenir aux objectifs de protection et de mise en valeur souhaités, c’est celui de l’écologie.

7.1 · Bienvenue à l’ère du capitalocène !

Il est d’autant plus important de s’en rendre compte que nombre d’activistes environnementaux, ceux qu’on entend le plus en ce moment – les Barrau, Vargas, Servigne, Ruffin, Thunberg… – en plus de distiller la peur et d’agiter le spectre de la fin du monde à brève échéance, font du capitalisme l’unique coupable du désastre écologique et du réchauffement climatique.

Jusqu’à récemment, l’écolosphère parlait volontiers d’anthropocène (du grec Anthropos qui signifie homme, humain), nouveau concept spécialement créé pour caractériser la nouvelle ère (pseudo) géologique dans laquelle la Terre serait entrée en raison de l’impact global significatif des activités humaines sur l’écosystème.

Mais aux dernières nouvelles de l’écologisme radicale, ce concept s’avère trop vague et entraîne une culpabilisation qui ne tient pas compte des différences de motivations et de classes sociales parmi les hommes. Qu’est-ce que le paysan pakistanais ou l’ouvrier de chez Toyota ont à voir avec tout cela ? Rien, si ce n’est qu’ils subissent l’exploitation intensive des ressources naturelles et les dégâts environnementaux subséquents.
D’où nouveau concept : depuis la révolution industrielle enclenchée par l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1769, nous serions entrés dans le « capitalocène », cette pseudo ère géologique « du système capitaliste triomphant, incapable de contenir sa course effrénée au profit. » Dès lors, c’est bien la fin du capitalisme qui doit motiver dorénavant toute action écologique et politique digne de ce nom.

7.2 · Bisons et Rhinocéros : des vaches comme les autres !

N’en déplaise à ces prophètes anticapitalistes, l’histoire des bisons d’Amérique(XIXème siècle) et, plus près de nous (2017), celle des rhinocéros d’Afrique du Sud, démontrent au contraire les hautes capacités de la responsabilité individuelle associée à la propriété privée et au libre marché dans la protection de certaines espèces menacées.

Ces exemples illustrent ce qu’on appelle la « Tragédie des biens communs » dont, semble-t-il, Aristote avait déjà donné une excellente définition en son temps :

« Ce qui est commun à tous fait l’objet de moins de soins, car les Hommes s’intéressent davantage à ce qui est à eux qu’à ce qu’ils possèdent en commun avec leurs semblables. »

Sans forcément en passer par la fin pure et dure du capitalisme, l’écologisme étatique qui prévaut aujourd’hui considère qu’il est nécessaire de nationaliser et de réglementer ces biens qui n’appartiennent à personne tout en appartenant à tout le monde afin de les protéger des abus : chasse autorisée ou non, interdiction du commerce de certains produits comme la corne, l’ivoire, la viande, la fourrure, etc.
Il s’avère cependant que lorsqu’une demande pour ces produits existe, les réglementations administratives, parce qu’elles sont administratives – et là, je vous renvoie à l’article I – et parce qu’elles concernent précisément des « biens » qui n’appartiennent à personne, échouent à assurer leur mission de protection. C’est ainsi que malgré les règlementations, le braconnage persiste et les espèces voient effectivement leur population s’amenuiser.
En revanche, dès lors que le commerce de la viande ou de la corne est autorisé, il se trouve des propriétaires pour valoriser cette ressource comme le font tous les éleveurs classiques de vaches, moutons ou volailles de Bresse : mettre des barrières pour empêcher le braconnage, marquer les bêtes et assurer la reproduction du cheptel. C’est ce qui s’est passé pour les bisons d’Amérique qui avaient bien failli disparaître.
Et c’est probablement le sort qui attend les rhinocéros d’Afrique du Sud grâce à l’autorisation du commerce des cornes intervenue en 2017. Habilité à valoriser son troupeau, le propriétaire sera d’autant plus incité à en prendre soin. (Notamment à effectuer l’extraction de la corne dans les règles de l’art plutôt qu’à la va-vite en blessant ou tuant les animaux comme le font les braconniers qui craignent de se faire prendre).

7.3 · Le capitalisme a sauvé les abeilles !

L’histoire des abeilles est tout aussi édifiante. On les croyait vouées à la disparitionà cause des pesticides à base de néonicotinoïdes. Il semblerait finalement qu’au sein d’un ensemble de menaces variées, elles aient plus à craindre d’un acarien très féroce connu sous le sympathique petit nom de varroa destructor.

Mais grâce aux efforts des apiculteurs et grâce au vaste marché de la pollinisation, nos abeilles sont parvenues à surmonter tous les dangers ! À tel point qu’en 2016, il y avait 2,78 millions de colonies d’abeilles aux États-Unis, soit 16 % de plus qu’en 2006, année de début du syndrome.
À ce sujet, je recommande la lecture d’un passionnant article publié en 2017 par le site libéral américain Reason que j’ai traduit pour Contrepoints. Il raconte toutes les stratégies que l’industrie apicole a mises au point pour aider les apiculteurs à reconstituer leurs ruches après l’effondrement hivernal. On peut vraiment dire que l’apiculteur est un éleveur qui prend soin de son troupeau et que pour lui aussi, l’abeille est une vache comme les autres !

Les bisons et les abeilles sont des exemples qu’on pourrait qualifier de « classiques », notamment parce qu’on dispose depuis très longtemps d’une abondante littérature à leur sujet.

Mais j’aurais tout aussi bien pu évoquer des sujets d’actualité comme les éléphants, dont le Bostwana a levé partiellement l’interdiction de chasse en mai dernier sous les hurlements indignés des beautiful & famous de la planète, ou les pangolins, amusants petits mammifères très recherchés pour leurs écailles et leur viande et les plus braconnés au monde. Pour rester dans l’actualité brûlante, j’aurais pu également parler de la forêt amazonienne. Tous sujets de protection qui pourraient trouver d’utiles solutions dans le droit de propriété.

7.4 · Externalités : ça dépend !

Prenons le cas des abeilles : on considère généralement qu’elles pollinisent « gratuitement » les champs des agriculteurs ; il s’agit donc d’une externalité positive. Mais en réalité, tout dépend des circonstances, c’est-à-dire de la façon dont est répartie la valeur. Dans certains cas, ce sont les producteurs d’amandes qui paient les apiculteurs pour qu’ils installent leurs ruches à proximité de leurs vergers, et dans d’autres cas, ce sont les apiculteurs qui paient pour mettre leurs ruches dans certains champs.

On constate une fois de plus que rien ne vaut l’échange et le contrat entre personnes responsables pour optimiser les ressources. La décision unilatérale administrative qui décide que les abeilles sont une externalité positive passe à côté des nuances de l’activité apiculture / pollinisation.

S’agissant des conséquences de l’activité économique qui affectent négativement une tierce partie sans compensation prévue (produits chimiques rejetés dans une rivière, par exemple), l’écologisme étatique considère que l’État doit intervenir pour taxer et imposer des réparations (thèse de l’économiste anglais Arthur Cecil Pigou, d’où le terme de taxe pigouvienne).

Mais là aussi, ça dépend ! Dans de nombreux cas (travaux de l’économiste britannique Ronald Coase sur les coûts de transaction), on pourrait songer à « internaliser » ces externalités : le pollueur devenant propriétaire du domaine qu’il impacte négativement, son comportement global changerait. On pourrait également songer à établir des droits de propriété privée sur certains « biens communs » et laisser le régime des contrats entre les parties concernées faire son œuvre quitte à recourir à l’arbitrage du système judiciaire.

Reste la brûlante question des émissions de CO2. La question qui se pose est la suivante : est-ce une externalité négative et qui affecte-t-elle ? En réalité, ces questions se posent pour toutes sortes d’événements : le chant du coq à 5 heures du matin, les odeurs de cuisine d’un restaurant, le bruit d’un outil, etc. Le concept n’est pas dénué de marges floues et d’un certain arbitraire qui peut devenir rapidement très politique (d’où son rejet de la part des économistes « autrichiens »).

8 • Conclusion : Tous capables d’être responsables !

Solutions « pour la France » ou pas, il me semble important que le public français puisse prendre connaissance :

· d’une part, des profondes lacunes du dirigisme étatique que, dans sa grande majorité, il vénère – dans la gestion de certains « biens communs » culturels et naturels, objet de mon intervention, mais pas seulement ; dans la rétribution du travail, dans le contrôle des entreprises (via loi Pacte), dans la liberté d’expression, etc.

· et d’autre part, des avantages qu’il y aurait à redonner de l’initiative et de la responsabilité individuelle aux citoyens sur ces sujets à travers la mise en valeur de la propriété privée et le libre jeu du marché, système naturel et spontané porteur de prospérité dont pourtant il se méfie.

Naturellement, chacun à titre personnel s’estime parfaitement capable de prendre ses responsabilités et d’agir pour le mieux en toutes circonstances. Ce sont « les autres » qui posent problème. « Les autres » ne sont pas responsables, ne réfléchissent pas, ne pensent qu’à eux, ne pensent qu’à leur argent, n’ont pas le sens du collectif, se fichent pas mal de l’intérêt général etc.

Dans cette vision où chacun se situe avec satisfaction au-dessus de la mêlée du vulgaire, il faut donc contraindre « les autres » à adopter les canons du bien, du beau et du juste de celui qui parle, c’est-à-dire, lorsqu’on transpose au champ politique, de celui qui est au pouvoir. Une vision absolument autoritaire, même si c’est au nom du gazouillis des oiseaux et de la « nouvelle liberté » qui consiste à avoir un rapport « jouissif, presque orgasmique » à la beauté du monde (Aurélien Barrau).

Loin de moi l’idée de nier que certaines personnes sont effectivement en position de faiblesse et que d’autres se livrent bel et bien à des atteintes aux biens et aux personnes. Et loin de moi également l’idée de dire que toutes les propriétés privées sont parfaitement entretenues et valorisées.
Mais il est grandement exagéré, voire parfaitement idéologique, d’utiliser ces prétextes minoritaires en nombre pour retirer à l’ensemble de la population la faculté d’user de son libre jugement et faire ses propres choix.

Contre le socialisme qui encadre tout jusqu’à l’étouffement de la responsabilité, de la liberté et de la prospérité, il existe le libéralisme qui permet à chaque personne de mener sa propre recherche du bonheur, dans la limite du respect des biens et des personnes.

En France, ce n’est pas gagné, mais rien n’interdit d’en parler partout.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

Regardez la vidéo de la conférence de Nathalie PM sur notre chaîne Youtube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.