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Opinions

Un « contrat » sur la tête du colonel Kadhafi ?

Un contrat fut-il mis par l’OTAN sur la tête du colonel Kadafi

La France alors dirigée par Nicolas Sarkozy  porte une très lourde responsabilité dans la désintégration de la Libye avec toutes les conséquences tant locales que régionales qui s’en suivirent et qui s’en suivent encore. Mais pourquoi donc est-elle ainsi entrée aussi directement dans une guerre civile dans laquelle ses intérêts n’étaient pas en jeu ? Pourquoi l’OTAN s’est-elle également aussi profondément immiscée dans cette guerre ? L’alibi humanitaire évoqué par BHL n’apportant pas une réponse satisfaisante, deux questions demeurent toujours sans réponse :

– La France est-elle à l’origine de la guerre contre le colonel Kadhafi ?

– Le but de cette guerre était-il la mort de ce dernier ?

Des éléments de réponse existent que je mets en lumière à l’occasion de la réédition actualisée aux éditions du Rocher de mon livre « Histoire de la Libye des origines à nos jours » et qui sont exposés dans le communiqué qui suit :

Question 1 : La France est-elle à l’origine de la guerre contre le colonel Kadhafi ?

A l’occasion des travaux de la Commission spéciale du Congrès américain enquêtant sur l’attaque de la mission américaine à Benghazi en septembre 2012, attaque qui coûta la vie à l’ambassadeur américain Christopher Stevens, furent produits des emails confidentiels de Sidney Blumenthal, conseiller d’Hilary Clinton, alors Secrétaire d’Etat.

Selon ces documents,  la DGSE française (Direction générale de la Sécurité extérieure)  aurait, sur ordre de Nicolas Sarkozy, organisé des réunions secrètes avec des opposants libyens dès le mois de février 2011, donc au tout début des évènements.

Dans l’une de ces notes intitulée « Comment les Français ont créé le conseil national libyen » nous pouvons lire que des agents français auraient « donné de l’argent et prodigué des conseils » et que ces agents parlant au nom de Nicolas Sarkozy  » ont promis que dès que le (Conseil) est conçu, la France le reconnaîtra comme étant le nouveau gouvernement libyen ».

Dans une autre note datée du  20 mars celle-là, il est écrit que Nicolas Sarkozy « prévoit que la France dirigera les attaques contre (Kadhafi) sur une période de temps étendue ».

S’il était authentique, et dans l’état actuel du dossier, rien ne permet d’en douter, ce document établirait donc que, trois jours à peine après le vote de la résolution 1973 résolution 1973 du 17 mars 2011 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui ne prévoyait que l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne autour de la seule ville de Benghazi, le président Sarkozy aurait  planifié une guerre totale contre la Libye, ce qui n’était pas prévu par ladite résolution.

Question 2 : Le but de la guerre était-il la mort du colonel Kadhafi ?

Mardi 16 décembre 2014, à Dakar, lors de la clôture du Forum sur la paix et la sécurité en Afrique, acclamé par les participants, le président tchadien Idriss Déby  lâcha une véritable bombe quand, en présence du ministre français de la Défense, il déclara qu’en entrant en guerre en Libye :  » (…) l’objectif de l’OTAN était d’assassiner Kadhafi. Cet objectif a été atteint« .

Si ce qu’a déclaré cet intime connaisseur du dossier libyen est fondé, c’est toute l’histoire d’une guerre aux conséquences dévastatrices qui doit donc être réécrite. D’autant plus que ce conflit rationnellement inexplicable  fut déclenché au moment où, paradoxalement, le régime libyen était devenu l’allié des Européens, à la fois contre le jihadisme et contre les filières d’immigration.

Revenons en arrière. :

Le 13 janvier 2011, après 42 ans de pouvoir, le colonel Kadhafi eut à faire face à  des manifestations qui se transformèrent en insurrection.

– Le 23 février, afin de soutenir les insurgés, la France demanda à l’Union européenne « l’adoption rapide de sanctions concrètes » contre le régime libyen En France, une énorme mobilisation fut alors orchestrée par le « philosophe » Bernard-Henri Lévy afin de « sauver » la population de Benghazi.

– Le 17 mars, Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, arracha la résolution 1973[1] au Conseil de Sécurité de l’ONU, ce qui permit d’ouvrir les hostilités[2]. Cette résolution autorisait simplement et uniquement la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, et non une intervention dans le conflit.

Cependant, devant l’incapacité des rebelles à entamer les défenses du régime, Paris s’immisça peu à peu dans la guerre civile, s’engageant même sur le terrain, notamment à Misrata où eut lieu une opération des Commandos de la Marine, et dans le jebel Nefusa. De fil en aiguille, violant la résolution 1973 du 17 mars 2011 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France et l’Otan menèrent une vraie guerre, tout en ciblant directement et à plusieurs reprises la personne même colonel Kadhafi.

L’attaque la plus sanglante eut lieu le 1° mai 2011 quand des avions de l’Otan bombardèrent la villa de son fils Saïf al-Arab alors que s’y tenait une réunion de famille à laquelle le colonel assistait ainsi que son épouse. Des décombres de la maison furent retirés les cadavres de Saïf al-Arab et de trois de ses jeunes enfants.  Réagissant à ce qu’il qualifia d’assassinat, Mgr Martinelli, l’évêque de Tripoli, déclara : « Je demande, s’il vous plait, un geste d’humanité envers le colonel Kadhafi qui a protégé les chrétiens de Libye. C’est un grand ami. » Telle n’était semble-t-il pas l’opinion de ceux qui avaient ordonné ce bombardement clairement destiné à en finir avec le chef de L’État libyen.

Les chefs d’État africains qui s’étaient quasi unanimement opposés à cette guerre et qui avaient, en vain, tenté de dissuader le président Sarkozy de la mener, pensèrent ensuite avoir trouvé une issue acceptable: le colonel Kadhafi se retirerait, l’intérim du pouvoir étant assuré par son fils Saïf al-Islam Kadhafi et cela, afin d’éviter une vacance propice au chaos. Cette  option fut refusée par le CNT porté à bout de bras par la France. Résultat, le colonel Kadhafi se retrouva assiégé dans la ville de Syrte soumise aux bombardements  intensifs de l’Otan.

Une opération d’exfiltration vers le Niger fut alors préparée. Or, bien renseignés (par qui ?), les miliciens de Misrata se disposèrent en embuscade sur l’axe conduisant de Syrte au Fezzan et de là, au Niger. Le 20 octobre 2011, le convoi du colonel Kadhafi composé de plusieurs véhicules civils réussit à sortir de la ville. Bien que ne constituant pas un objectif militaire, il fut immédiatement pris pour cible par les avions de l’Otan et en partie détruit. Capturé, le colonel Kadhafi fut sauvagement mis à mort après avoir été sodomisé avec une baïonnette – la vidéo de sa capture et de son lynchage est visible sur le net. Son fils Moatassem Kadhafi fut émasculé, puis il eut les yeux crevés, les mains et les pieds coupés. Leurs dépouilles sanglantes furent ensuite exposées dans la morgue de Misrata. L’Otan n’avait donc laissé aucune chance au colonel Kadhafi et à son fils.

Ces faits étant rappelés, les accusations du président Deby prennent donc toute leur valeur. Rétrospectivement, le déroulé des évènements pourrait en effet s’apparenter à un « contrat » mis sur la tête du colonel car aucune issue diplomatique honorable ne lui fut proposée et toutes ses propositions de paix furent refusées…

Bernard Lugan


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